L’absence de guerre

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L'absence de guerre

Résumé de la pièce

La pièce relate le parcours d’un homme, George Jones (magnifique Normand Bissonnette), candidat du Parti travailliste lors des élections au Royaume-Uni. Les ministres, les députés, les relationnistes, les délégués, les secrétaires, les conseillers sillonneront le Parlement comme si leur vie en dépendait, stimulés qu’ils sont par l’adrénaline, pour les trois prochaines semaines de travail, et ce, jusqu’à l’épuisement. Les élections sont déclenchées. Au sein du parti travailliste, pour l’instant encore opposition officielle, il devient possible d’accéder au pouvoir. Au départ, les choses vont relativement bien. Les sondages sont parfois à la hausse, parfois à la baisse, mais il est réaliste de rêver. Le pays traverse une crise économique et il faut savoir conjuguer avec l’avantage de ne pas être le parti qui a vu naître la crise et le désavantage de ne pas être le parti conservateur – parti chouchou quand l’économie est en jeu. La guerre électorale commence, et les troupes sont joyeuses, confiantes.

Puis, il y a l’entrevue télévisée avec Linus Frank. Autour du dérapage de George, toute l’organisation entre dans un état de crise chaotique : les désaccords éclatent et poussent chacun à créer des clans, à se salir les mains ou à tenter de résister. Surtout, à tenter de survivre à l’effondrement de sa démocratie rêvée.

Encore une fois, Les Écornifleuses, depuis leur sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 2006, ne cessent de nous surprendre par leur théâtre créatif, qui sort des sentiers battus et qui porte à la réflexion.

Après Cinq filles avec la même robe qui a connu un énorme succès, puis Barbe Bleue et la maison dans la forêt s’est allumée qui a amené le suspense au théâtre, voilà qu’elles récidivent avec L’Absence de guerre une pièce politique qui dénonce les tares de notre système politique (ou plutôt celui de l’Angleterre, qui étrangement ressemble beaucoup au nôtre).

Pour cette pièce de 2 h 40 avec un entracte de 10 minutes, Édith Patenaude a fait un travail colossal au niveau de la mise en scène. Pas un instant le public ne s’ennuie, car il est trop occupé à écouter, à regarder, à se sentir happé par l’action politique qui se déroule sous ses yeux.

Normand Bissonnette et Jean-Michel Dery

Dès l’entrée des spectateurs dans la salle, certains comédiens sont déjà sur scène et discutent entre eux. Déjà, le public sent qu’il fait partie intégrante de ce qui va se jouer devant lui et autour de lui. Édith a délibérément choisi d’utiliser toute la salle comme aire de jeu,  même la salle de maquillage est mise à contribution. Ainsi à plusieurs reprises, les comédiens se retrouvent dans les gradins (qui sont situés de chaque côté de la scène, rappelant ainsila Chambredes communes) et s’adressent aux gens assis autour d’eux. Ils s’assoient parfois parmi eux, pour faire partie de notre foule rassemblée pour les débats, les conférences de presse. De plus, pour bien marquer le chaos et la frénésie qui règne au cœur du quartier général du parti, l’on voit constamment une dizaine de protagonistes en action, avec leur cellulaire, qui circulent, discutent, pendant une discussion animée que nous, le public, essayons de suivre. On se sent vraiment pris par l’action et le rythme proposé par la metteure en scène. Également, le mobilier est mobile, permettant en un instant de passer des quartiers généraux du parti, aux couloirs de l’assemblée, à la station de télévision, voire même dans un parc pour commémorer la journée du souvenir.

Au niveau des comédiens, on peut dire que nous sommes choyés d’avoir une si belle brochette de talents. Certains d’entre eux alternent entre plus d’un personnage. Par exemple, Vincent Champoux manipule la caméra, qui fait la captation vidéo des évènements qui se déroulent sous nos yeux, pour nous les projeter sur un écran de télé en simultané, nous donnant ainsi une autre vision de l’action. Il incarne également un des plus anciens membres du parti travailliste qui œuvre aux côtés de Georges.

Israël Gamache

Dans l’entourage de Georges, on retrouve entre autres Israël Gamache, qui m’a totalement séduit cet été dans la pièce l’emmerdeur au Théâtre Petit-Champlain. Cette fois-ci, il change complètement de registre de jeu, en se rendant totalement crédible dans le rôle plus sérieux d’Andrew. On retrouve également Jean-Michel Déry qui sait démontrer une fois de plus sa poigne au sein du parti. Laurie-Ève Gagnon qui joue le rôle de Lindsay, la petite nouvelle du parti, pleine de vigueur, d’idées nouvelles et d’ambition. Marie-Hélène Lalande incarne Jane, une femme politique forte et solide, qui succédera à Georges, lorsque celui-ci aura terminé son règne au sein du parti.

Il y a également Jean-René Moisan qui m’a vraiment épaté dans son rôle de Linus Frank, lors du face à face télévisé avec Georges (joué avec brio par Normand Bissonnette). En fait, cette scène, où ces deux personnages s’affrontent, ainsi que la rencontre entre Georges et Jane, sont celles que j’ai préférées. Ce sont lors de ces confrontations que le texte puissant et intelligent de David Hare prend toute sa saveur et sa valeur. Des moments délicieux, où l’on ne se laisse pas distraire par l’action tout autour (puisqu’il n’y en a pas). Normand Bissonnette incarne un Georges très sympathique et proche de ses électeurs. On comprend pourquoi autant de gens veulent travailler pour lui. En même temps, il sait bien démontrer ses faiblesses, ses failles, le rendant très humain, tout en tentant de conserver sa crédibilité au sein de la machine politique.

Normand Bissonnette

Une fois de plus, j’ai été séduite par cette proposition de pièce, qui nous fait voir les coulisses d’un parti politique et son branle-bas de combat lors d’une campagne électorale, pour mieux en comprendre les rouages et les observer de l’intérieur. Mais en plus, on nous démontre bien que malgré tout le bon vouloir d’un politicien aux grandes idées, à la capacité incroyable de soulever des foules avec sa passion et son talent d’orateur, il devient peu à peu un pantin qui ne peut plus rien dire, et doit se plier à la ligne de parti. Fini la vérité franche, la spontanéité, la démocratie au service du peuple.

En résumé, c’est une pièce qui porte à la réflexion sur notre société, notre politique actuelle, et notre implication dans celle-ci. Et je termine un peu comme cela a commencé dans la pièce, en demandant une minute de silence, en souvenir du prix de la liberté!

Texte : David Hare

Traduction : Daniel Benoin

Mise en scène : Édith Patenaude

Assistance à la mise en scène : Caroline Boucher-Boudreau

Scénographie : Gabrielle Arseneault

Éclairages : Jean-François Labbé

Conception de l’environnement sonore : Mathieu Campagna

 Conception de la vidéo : Vincent Champoux et Marilyn Laflamme

Graphisme : Philippe Jobin

 Distribution : Marc Auger-Gosselin, Vincent Champoux, Jean-Michel Déry, Gabriel Fournier, Laurie-Ève Gagnon, Israël Gamache, Catherine Hughes, Marie-Hélène Lalande, Joanie Lehoux, Jean-René Moisan, Jessica Ruel-Thériault, Claudianne Ruelland et Normand Bissonnette.

 Production : Les Écornifleuses

 

Cette pièce est présentée au Premier Acte

Du 8 au 25 novembre 2011 à 20h, et le dernier samedi, 26 novembre à 15h

 BILLETS EN VENTE SUR RÉSEAU BILLETECH – 418 643-8131

Au coût de 23 $ (régulier), 17 $ (étudiant) et 13 $ (groupe) + frais de service

 INFORMATION PREMIER ACTE : 418 694-9656

 www.premieracte.ca

 www.lesecornifleuses.com

 Crédit photos prises lors des répétitions : Vincent Champoux