Rick Miller : Vendu

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Rick Miller
Rick Miller

Après avoir fait partie de la distribution de Lipsynch l’an passé au Carrefour de théâtre, c’est avec une grande frénésie qu’il vient cette fois-ci nous présenter Rick Miller : vendu la version française, adaptée pour le Québec de son one-man show Hardsell. 

Dans la même veine que son précédent one-man show Bigger Than Jesus (qui sera présenté au Théâtre Périscope du 27 novembre au 8 décembre 2012) qui tournait autour de la question épineuse de la religion, c’est plutôt sur le thème de la consommation à outrance que Rick Miller s’investit à fond cette fois-ci.  Comme le dit une citation fort célèbre « Le marketing n’est que manipulation de la vérité… et tout le monde s’en fout un peu ». C’est avec cette prémisse que Rick présente ce spectacle mi-conférence, mi-performance théâtrale, où tour à tour, Rick et son jumeau cosmique Arnie (tout de blanc vêtu, et au visage maquillé qui n’est pas sans rappeler le Joker du film Batman, par son allure, sa démarche et son intense énergie jovialement cynique) expose les affabulations et tromperies du merveilleux monde de la consommation. Les publicités trompeuses, les manipulations des esprits, le capitalisme, l’esclavagiste, les mensonges du marché. La question de base : Peut-on vivre dans une société de consommation sans être soit une crapule bien-pensante, soit un hypocrite honteux? 

Ainsi, avec une autodérision très assumée, Rick Miller, un citoyen candide et bon père de famille s’amuse à débusquer (par le biais de son alter ego cynique et sadique, Arnie,) les mensonges et les excuses qu’il s’est donné au fil des ans dans sa carrière pour avoir vendu ses talents au détriment de ses propres valeurs. Ainsi, Miller se livre au public (sa carrière, ses enfants, ses pensées) et se rend vulnérable en démontrant comment il peut être difficile de rester constant dans ses valeurs tout en voulant gagner sa vie comme acteur ou tout simplement comme un bon citoyen-consommateur. 

Avec une première partie plus sobre, plus réservée, mettant surtout en vedette Rick lui-même (et quelques intrusions de son jumeau Arnie), avec un PowerPoint et des séquences vidéos, tel un conférencier, Miller explique la thèse du marketing agressif (hardsell) et démontre par divers exemples de corporations (banques, Exxon, Lilly cie pharmaceutique, HP, Apple, Axe, Dove, Coke…) comment derrière toute bonne action d’une corporation, il y a primordialement une intention de vente. 

Le cynique Arnie
Le cynique Arnie

En deuxième partie, c’est le cynique personnage d’Arnie (qui prend forme sous nos yeux, alors que Rick se maquille et change son costume, tout en parlant au public) qui continue de parler de cette thèse, mais de manière plus agressive, plus explosive, plus divertissante. Il ne lésine pas sur les moyens pour vendre son produit… avec des imitations (personnage des Simpsons, les looney tunes, Morgan Freeman), puis, en utilisant sa marionnette Violette, qui n’a pas la langue dans sa poche, en chantant, en dansant, en dessinant et même en allant dans la salle pour regarder les gens dans les yeux, pour mieux se les approprier. Il imite même le très célèbre et controversé « spécialiste de l’étude de marché » Clotaire Rapaille qui a écrit le livre The Culture Code et qui a déclaré en 2010 que les citoyens de Québec étaient de « masochistes » ayant un penchant irrépressible à se comparer à Montréal et ayant besoin du reste du Canada pour entretenir la relation sado-masochiste. Somme toute, Arnie n’y va pas de main morte en expliquant que le but ultime d’une corporation et du capitalisme c’est d’acheter tout pour l’exploiter, et pour y parvenir tous les coups sont permis… détruire, polluer, mentir. Dépriment n’est-ce pas?

Malgré tout, il y a de l’espoir dans tout cela, car il existe de bonnes causes, de bonnes actions qui ressortent de ce monde capitaliste. Que ce soit grâce à Bono de U2 qui joue la «game » avec les corporations pour ultimement vendre des idées pour changer graduellement le monde. Et des personnes comme Rick Miller, père de deux fillettes, qui  a créé sa propre corporation pour pouvoir garder le contrôle de son produit…lui-même et ne plus être la marionnette de quelqu’un d’autre. Il s’implique aussi dans la campagne Because I am a Girl de Plan International qui est un mouvement social visant à mobiliser le pouvoir des filles et des femmes en vue de revendiquer un avenir meilleur pour les filles des pays en développement. Il a conçu pour eux une présentation multimédia All about Eve.  De plus, chaque fois que Rick Miller présente VENDU il offre son salaire d’acteur à la campagne internationale Because I am a Girl 

Rick Miller (Arnie)
Rick Miller (Arnie)

Avec ce spectacle très instructif et divertissant à la fois, Rick Miller est décidément le mini-wheat du marketing. En alternant le côté givré, d’Arnie le cynique et flamboyant personnage, et le côté plus naturel, réservé et centré de Rick, le public passe 1 h 30 de pur délice à plonger dans les eaux obscures du marketing et de la cellule qui vend à TOUT prix (The Cell that Sells). Tout est marketing, même nous.

 Avant et après le spectacle, les gens ont pu rencontrer ce charismatique entertainer, puisque Rick s’est promené à travers les gens avant le début de la représentation. On le sentait nerveux et fébrile à la veille de cette première en français. Et à la fin du spectacle, il a discuté avec les gens, voulant avoir leurs réactions, leurs commentaires sur cette version améliorée de HardSell. Les gens ont été conquis! Le fait d’avoir incorporé dans son spectacle des évènements très proches des gens de Québec, comme l’affaire Coltaire Rapaille et l’importance des manifestations des étudiants avec leur carré rouge, a certainement permis aux gens dans la salle de se sentir encore plus concernés par son propos. 

Personnellement, ce spectacle m’a littéralement diverti et charmé. Il m’a ouvert les yeux sur bien des contradictions liées à notre consommation et me porte à de grandes réflexions par rapport aux vérités et mensonges de l’univers du marketing et l’omniprésence de la publicité et son impact dans ma vie.  

Galerie photos http://espace.canoe.ca/breton2010/album/view/861272 

Rick Miller : vendu est présenté au Théâtre de la Bordée, les 5, 7, 8 et 9 juin dans le cadre du 13e Carrefour international de Théâtre de Québec. 

www.carrefourdetheatre.qc.ca

 Le One-man Show de Rick Miller Bigger Than Jesus sera présenté au Théâtre Périscope du 27 novembre au 8 décembre 2012

http://www.theatreperiscope.qc.ca

 Fruit d’une association entre WYRD Productions, dont Miller est le directeur artistique, et la compagnie Necessary Angel de Brooks. 

Texte, traduction, conception, mise en scène et interprétation Rick Miller
Inspiré de HARDSELL, de Rick Miller et Daniel Brooks
Scénographie et vidéo Rick Miller, Beth Kates, Ben Chaisson
Éclairages Beth Kates
Sonorisation Rick Miller, Ben Chaisson
Direction de production Beth Kates
Direction technique/Régie Peter Eaton
Graphisme LoGograph
Production WYRD Productions, représenté par Menno Plukker Theatre Agent Inc.

 http://www.rickmiller.ca/

 http://becauseiamagirl.ca/

 www.necessaryangel.com

crédit photos : Lise Breton