L’Opéra de Québec ouvre sa saison 2012-2013 avec La Traviata de Verdi

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Violetta et Alfredo (Laura Whalen et Antoine Bélanger)

C’est avec un immense plaisir que j’ai assisté jeudi le 18 octobre dernier à la générale de l’opéra « La Traviata », opéra en trois actes composé par Giuseppe Verdi.

D’emblée, j’ose avouer bien humblement que je suis plutôt amateure d’opéra, « amoureuse » d’opéra. Je n’ai pas la prétention d’être érudite en la matière.  Par le biais de cette chronique, mon désir est de vous livrer bien simplement mes impressions personnelles, mes coup de coeur et de démystifier un peu ce qu’est l’histoire de ce spectacle grandiose.

Pour nous situer un peu, ce grand classique du répertoire fut présenté pour la première fois en 1853 au théatre La Fenice de Venise.

Verdi s’est inspiré du roman « La dame aux camélias », écrit par Alexandre Dumas fils pour composer son oeuvre. Alexandre Dumas fils s’est inspiré quant à lui de sa propre histoire, car a l’âge de 23 ans il est tombé très amoureux d’une belle courtisane parisienne…

La Traviata c’est l’histoire d’amour entre Violetta, cette belle courtisane parisienne, très indépendante, frivole, qui ne veux céder son coeur à aucun homme, et Alfredo, le beau bourgeois fortuné, éperdument amoureux de Violetta, pour qui, rien ni personne ne pourrait empêcher ce grand amour. Entre sa vie mondaine parisienne et cet amour paisible qu’elle vit avec Alfredo, Violetta ne sait que choisir. Elle a beaucoup d’amis et d’amants.  Finalement elle se surprend à tomber éperduement amoureuse d’Alfredo et choisi de quitter son Paris étourdissant pour suivre son amoureux à la campagne et ainsi y vivre des jours heureux en compagnie de celui qui a conquis son coeur.

Ca demeure une histoire d’amour classique, telle que racontée dans plusieurs opéras. Mais pour que le public puisse vivre durant un opéra  des moments d’émotions fortes, il faut des scènes d’amour, de haine, de joie, de tristesse… C’est ainsi que nos talentueux chanteurs nous expriment, de par leur art, toute la richesses des émotions de l’oeuvre, tout le ressenti.

Pour pouvoir vivre ces émotions, voilà qu’entre en scène le père d’Alfredo, Giorgio Germont.  La relation amoureuse que vit son fils avec Violetta ne plaît pas du tout à Germont père. Ce dernier, étant sur le point de marier sa fille cadette, n’apprécie guère que son fils ainé partage sa vie avec une femme aux moeurs légères, n’ayant pas bonne réputation. En aucun cas il ne faudrait plonger la famille Germont en plein scandale et ainsi compromettre le mariage de son « ange pure »…

Profitant donc de l’absence d’Alfredo, retourné à Paris pour affaires, Germont père rends visite à Violetta.  Il implore cette dernière de mettre fin à leur relation.

Violetta sait que sa santé est très hypothéquée, elle est très malade, elle a la tuberculose.

Tout d’abord, elle proteste vivement, car elle aime sincèrement Alfredo, mais elle finit tout de même par se résigner et accepte de rompre avec celui qui a conquis son coeur.  Une seule faveur est demandée à Germont père en retour : il devra un jour dévoiler à son fils Alfredo toute la vérité entourant leur rupture.  Et elle s’enfuit à Paris pour y rejoindre son amie Flora.

Alfredo, furieux, restera longtemps dans l’incompréhension face à cette rupture.

Les mois passent et la santé de Violetta se détériore.  Elle est maintenant au dernier stade de sa maladie.  Elle reçoit une lettre de Germont père qui lui apprend qu’il a tout dévoilé à Alfredo et que ce dernier devrait lui rendre visite sous peu.  Alfredo, en compagnie de son père, se rend donc au chevet de Violetta. Ils se retrouvent, toujours aussi éperduement amoureux l’un de l’autre.

Mais leur amour n’est que de courte durée, car c’est la fin.  Violetta est en phase terminale. Elle rend son dernier souffle dans les bras de ceux qui l’ont le plus aimé et le rideau tombe.  « Tant que mes yeux auront des larmes je pleurerai pour toi »…

Dès le premier acte on est conquis.

Avant la levée du rideau, la mélodie se présente tout en douceur, romantique.

Premier Acte
Premier Acte

Le rideau s’ouvre, et la musique devient festive.  On nous présente un décor éblouissant.  La scène fait place à un grand salon dans lequel un imposant escalier y est construit. Et, un par un, apparaissent les chanteurs du choeur de l’opéra.  C’est grandiose comme introduction.  Les chanteurs sont tous vêtus de costumes sublimes de l’époque de 1850. Les robes des dames sont romantiques, déployées de par leur crinolines, les tissus sont chatoyants, bref des robes digne de l’impératrice Sissi…

Les hommes tout aussi élégants se parent quant à eux de redingotes impeccables.  Un gros bravo pour les costumes, j’adore.

La mélodie se transforme, c’est la fête, le vin coule à flots et c’est dès lors que l’on peut apprécier pleinement l’immense talent de la soprano Canadienne Laura Whalen, interprétant le rôle principal de Violetta.

C’est durant ce premier acte festif, joyeux, qu’on a le grand plaisir d’entendre les pièces les plus célèbres de l’oeuvre de Verdi.

Violetta – Laura Whalen

Mon coup de coeur, la pièce « Sempre libera », est interprétée avec brio par Laura Whalen.  Le jeu de Laura Whalen est très convaincant, elle est joyeuse, vivante, désinvolte. (Oh Joy !!!…Oh Joy !!!)… Sa voix est claire, précise, magnifique. L’interprétation de la pièce « Sempre libera » nécessite une technique vocale des plus complexe et Laura Whalen a su relever le défi haut la main.

L’amoureux de Violetta, Alfredo, interprété par le jeune ténor Québécois Antoine Bélanger, a su nous démontrer à quelques reprises qu’il possède une voix juste et puissante.

 

 

Violetta et Alfredo (Libbiano)
Violetta et Alfredo (Libbiano)

Un autre beau moment durant le premier acte, est le superbe duo Violetta-Alfredo interprétant « Libiano », la pièce la plus connue de tous de cette oeuvre de Verdi.

Malgré toute la beauté du premier acte, alliant performances vocales, décors époustoufflants et superbes costumes, c’est sans contredit durant le deuxième acte que je fût totalement conquise, étonnée, amusée, bref, j’en suis demeurée bouche bée.

Le deuxième acte raconte la vie paisible à la campagne de Violetta et Alfredo et aussi, la visite surprise de Germont-père pour convaincre Violetta de rompre avec Alfredo.

Le rideau s’ouvre sur un jardin luxuriant avec ses statues et ses tonnelles fleuries. C’est le calme, c’est la campagne.  Encore une fois, le décor est très réussi.

Le moment fort en émotions durant cet acte, est celui où Germont-père parle à Violetta comme si elle était sa propre fille et que celle-ci renonce finalement à l’amour de sa vie.  Les émotions sont à fleur de peau.

On a droit à de superbes duos Violetta/Germont-père. Germont-père est interprété par nul autre que Gaétan Laperrière, baryton Québécois bien connu.  Celui-ci qui cumule plus de 30 ans de carrière, possède une feuille de route des plus impressionnantes.

Gaétan Laperrière - Laura Whalen
Gaétan Laperrière – Laura Whalen

Gaétan Laperrière est tout à fait époustoufflant dans son rôle de Germont-père.  Il habite entièrement son personnage, son jeu est très crédible,  et sa voix est d’une telle puissance !

Il a livré une solide performance ce soir.  Il a reçu du public une ovation du tonnerre !  J’ai rarement eu l’occasion de voir une telle ovation lors d’une générale.  Quel beau moment !

Durant l’acte deux, se déroule aussi la scène du matadore.  Comme La Traviata se veut plutôt dramatique, mélancolique, la scène du matadore insuffle une bouffée d’air à l’ensemble.  D’un seul coup, tout devient léger, on sourit, on rigole, on aime.  Cette scène est drôle, je peux même dire que l’ensemble de la salle s’est littéralement esclaffée de rire durant cette scène, où l’on y voit un matadore complètement déchaîné, électrisant.

Le troisième acte, se veut quant à lui, plus sombre, plus froid.  On le ressent dès que le rideau se lève où l’on peut y voir les chanteurs portant des costumes très sombres.  Ça contraste avec les costumes du début qui eux, étaient dans les tons pastels, clairs, joyeux.

Le décor et les costumes donnent le ton final… c’est la fin pour Violetta.

Violetta est seule dans sa chambre, abandonnée de tout ses amis, de ses amants.  La fête est terminée.   Elle attends maintenant la visite d’Alfredo mais sait trop bien que le temps est compté pour elle.

Alfredo arrive, les amoureux se retrouvent enlacés comme au tout début.  L’amour renaît, l’amour triomphe.

Mais hélas, c’en est trop pour la belle courtisane, elle s’éteint dans les bras de son bel Alfredo…

Un spectacle d’une telle envergure est possible grâce à la performance toujours irréprochable de l’orchestre symphonique de Québec, dirigée par Daniel Lipton.

Je ne peux passer sous silence que plusieurs artistes de cette production sont de jeunes artistes Québécois en émergence.  Retenez bien ces noms: Kevin Geddes dans le rôle de Gastone, Geneviève Lévesque dans le rôle de Flora ainsi que Marie-Michèle Roberge dans le rôle d’Annina.  Ils ont tous assuré une belle performance.

La Traviata, un spectacle grandiose, tout en émotions, un must du répertoire à voir et à revoir.

Version originale italienne avec surtitres français.

Présenté par l’Opéra de Québec les 20, 23, 25 et 27 octobre 2012 à la salle Louis-Fréchette du Grand Théatre de Québec

 

Chef d’orchestre  Daniel LIPTON

Metteur en scène  François RACINE

Violetta                      Laura WHALEN, soprano

Alfredo                       Antoine BÉLANGER, ténor

Giorgio Germont     Gaétan LAPERRIÈRE, baryton

Flora                           Geneviève LÉVESQUE, mezzo

Gastone                      Keven GEDDES, ténor

Marquis d’Obigny    Réal TOUPIN, basse

Baron Douphol         Andrew LOVE, baryton

Docteur Grenvil       Alexander SAVTCHENKO, basse

Annina                       Marie-Michèle ROBERGE, soprano

Giuseppe                   Guillaume BOULAY, ténor

Un commissionnaire/ Un serveur   Michel CERVANT, basse

Conférencière avant-opéra Irène Brisson

Décors  Opera Carolina (Conception Lloyd Evans)

Costumes  MALABAR

Orchestre symphonique de Québec / Chœur de l’Opéra de Québec

Simons : Commanditaire exclusif de la production d’automne

Hydro-Québec : commanditaire de la production du printemps et du Gala

Desjardins : commanditaire de soirée pour le printemps

Credit photos: Louise Leblanc