Ésimésac

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Ésimésac

J’ai vu, sur invitation de presse, le deuxième film de Luc Picard basé sur les personnages de Fred Pellerin, Ésimésac mettant en vedette, dans le rôle-titre, un acteur de Québec Nicola-Frank Vachon, et le retour des personnages du film Babine, joués par Luc Picard, Gildor Roy, René-Richard Cyr et Marie-Chantal Perron, pour ne nommer que ceux-là. Ce film a été présenté récemment lors de la semaine du Cinéma du Québec à Paris et en grande première à Saint-Élie-de-Caxton, le 19 novembre dernier. Ce film prend l’affiche le 30 novembre 2012.

Mes entrevues avec les artisans de ce film se trouvent dans la section entrevue de ce site.

SYNOPSIS

Dans un village isolé, la misère gruge son monde et leurs rêves. Depuis quelques années, les habitants de SaintÉlie-de-Caxton trouvent tout juste à manger pour se maintenir en vie. Les jardins de chacun ne fournissent pas à produire suffisamment pour subvenir à la faim. Au printemps, Ésimésac, seul habitant du village à n’avoir pas d’ombre, mais jouissant d’une grande force, décide de s’y mettre à redonner aux ventres du village. Il convainc son monde de contribuer, chacun de son mieux, pour participer à un projet de jardin communautaire. À multiplier les forces de chacun pour cultiver en grand. Et on s’y lance. À ce même moment, on entend une rumeur voulant que la construction d’un chemin de fer dans la région relie bientôt Saint-Élie-de-Caxton au reste du monde. Avec la promesse de l’abondance, des wagons remplis d’opulence et de boustifaille, le train laisse espérer à du confort et du facile. Le forgeron Riopel, dont l’ombre est immense, choisit de s’impliquer dans la fabrication de rails plutôt que dans la culture maraîchère. Et il convainc les gens de s’investir dans ses ferrailles et affaires plutôt que de jouer le jardin. L’été se déroule, et, un à un, ceux qui avaient osé le jardinage passent du côté du forgeron. Le grand projet commun d’Ésimésac perd des plumes et bat de l’aile sous le poids du métal, mais devrait-il s’opposer au progrès?

Il faut dire d’entrée de jeu que le premier film Babine m’avait beaucoup plus et j’avais de belles attentes face à ce deuxième conte et je n’ai pas été déçue.

Étant donné que nous connaissions déjà les personnages de légende venus de Saint-Élie-de-Caxton et de Fred Pellerin, il a été fort judicieux de la part de Luc Picard de ne pas s’attarder à les présenter de nouveau. Dès les premières séquences du film, où une courte narration nous permet de découvrir deux nouveaux personnages,  on voit Marie (Sophie Nélisse) assise sur les épaules de son frère Ésimésac (Nicola-Frank Vachon), et on nous présente l’ombrage de Marie, au sol, comme si elle volait. Bien étrange vous dites? C’est tout simplement le fait que son frère Ésimésac, d’une force surhumaine avait un seul défaut, soit celui d’être né sans ombre. Dès cet instant, j’ai su que j’embarquais dans l’aventure rocambolesque et magique de ce très beau conte irréel, et je m’apprêtais à m’amuser à croire à tout ce qu’on allait me proposer.

Contrairement à Babine, ce film a été tourné à l’extérieur, à Harrington, dans les Laurentides et c’est à mon avis, une très bonne idée, puisque cela permet de belles prises de vue, de beaux paysages et donne vraiment l’impression que cet endroit existe. À une époque indéterminée, on aime penser que cela se passe dans le temps dela PremièreGuerre, mais en fait cela n’a vraiment pas d’importance. Car ce sont les valeurs humaines qui sont mises de l’avant dans ce magnifique film. L’entraide, la solidarité, la richesse qui se calcule en relation humaine, plutôt qu’en accumulation des biens matériels.

Pour mieux faire passer la pilule de démontrer nos travers en tant que collectivité et société d’aujourd’hui, Fred et Luc font appel à la métaphore et aux jeux de mots inventifs. Ainsi donc, l’ombre qu’Ésimésac n’a jamais eue, est synonyme d’égo qu’il n’a pas non plus. En allant se faire greffer une ombre par la sorcière, Ésimésac fera un premier pas vers le monde des gens normaux. À mesure qu’il gagne en fierté et en orgueil, son ombre en forme de gland se transforme pour laisser pousser l’ombre d’un arbre. Bientôt, son ombre en forme d’arbre prend de l’ampleur, au point de ne plus distinguer ce qui est le plus important.

Toussaint Brodeur (Luc Picard), Méo Bellemare (René-Richard Cyr)

Avec une belle brochette de comédiens qui reviennent dans leurs personnages du premier film, Toussaint Brodeur (Luc Picard), le forgeron Riopel (Gildor Roy), sa fille, la belle Lurette (Maude Laurendeau), et le coiffeur Méo Bellemare (René-Richard Cyr), on a l’impression de retrouver ses vieilles pantoufles confortables. On rigole franchement des jeux de mots de Méo, joué brillamment par René-Richard Cyr. Mais soyez attentifs, car vous pourriez en manquer quelques-uns de ces délicieuses métaphores et détours du langage. Je me dois de donner un exemple de ces expressions que j’adore : « Ésimésac est tellement fort que lorsqu’il pète, ça ne sent pas, ça goûte.»

Oui, c’est un film engagé, un cri du cœur contre l’individualisme et le retour aux valeurs traditionnelles du collectivisme. Mais c’est aussi un divertissement poétique, une franche détente auprès de personnages colorés et vivifiants et une belle fable qui nous permet de faire ressortir nos yeux d’enfants et d’être émerveillés!

Je dois mentionner le travail colossal qu’a nécessité la magnifique reconstitution de l’époque ancienne du village, cette fois-ci filmé vraiment à l’extérieur plutôt que dans un studio. C’est plus dégagé et plus réaliste. Les costumes, coiffures et accessoire sont fabuleusement bien réussis et réalistes.

Ésimésac (Nicola-Frank Vachon)

Je dois lever mon chapeau à la performance de Nicola-Frank Vachon qui en est à son premier film, mais qui réussit haut la main à nous faire croire à sa candeur, derrière ses beaux yeux bleus très pâles. Il a en lui une transparence, une naïveté au début du film, qui nous fait vraiment penser qu’il est un jeune enfant qui a encore l’œil ouvert à l’émerveillement. Puis, peu à peu, on le voit subtilement se transformer et adapter un comportement plus normal et Nicola-Frank prouve qu’il est à la hauteur de ce rôle qui lui a été confié.

Finalment, je dois donner une mention particulière à René-Richard Cyr, dont les jeux de mots farfelus et rigolos permettent de détendre l’atmosphère et bien établir la ligne entre le trop dramatique et le bouffon.

Pour moi, fini les contes de la belle aux bois dormants, ou blanche-neige, Fred Pellerin et Luc Picard nous amène de nouveaux contes qu’il fait bon de croire. Tout en poésie et en jeux de mots, rigolos parfois, et ingénieux pour la plupart, on se laisse raconter cette fable de ce grand garçon plus fort que tout, mais démuni d’ombre.

Ésimésac prend l’affiche le 30 novembre.

 

ACTEURS

Nicola-Frank Vachon

Luc Picard

Maude Laurendeau

Marie-Chantal Perron

Isabel Richer

Marie Brassard

René-Richard Cyr

 

RÉALISATEUR

Luc Picard

SCÉNARISTES

Fred Pellerin

PRODUCTEURS

Lorraine Richard

Luc Martineau

STUDIO DE PRODUCTION

Cité-Amérique

DISTRIBUTEUR AU QUÉBEC

Alliance Vivafilm

Avec la  chanson Nous aurons de Richard Desjardins

http://www.esimesac.com

 

crédit photos : Courtoisie

 

 

 

 

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