La Guerre des Tuques, un conte pas pour tous… mais plaisir garanti!

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Cléo la chienne narratrice de la Guerre des Tuques

Après l’adaptation d’Agaguk, présentée en 2008 et saluée par la critique, le Théâtre Sous Zéro (TSZ) investit à nouveau le Musée national des beaux-arts du Québec du 7 février au 3 mars 2013 avec La Guerre des tuques. Pour la première médiatique, j’étais parmi les heureux spectateurs qui ont pu assister à cette production, bien au chaud à l’intérieur de l’auditorium à regarder la pièce par l’une des immenses baies vitrées du Musée national des beaux-arts du Québec. Eh oui ! vous avez bien compris… la pièce était présentée dans l’élément naturel de l’hiver québécois. Neuf comédiens assez audacieux ou inconscient ?! qui ont décidé de sortir des sentiers battus et d’amener le théâtre au cœur de l’hiver et dans la cour du musée. Quelle idée géniale !

L’adaptation de ce film en pièce de théâtre a été réalisée par l’auteur et metteur en scène Fabien Cloutier, que j’avais déjà vue dans son premier solo, Scotstown. Bien qu’il a repris la trame de fond de ce film tant aimé des années 80, soit : deux bandes qui s’affrontent dans une guerre de balles de neige autour d’un fort, avec un butin qui sera partagé par les vainqueurs et un amour impossible entre deux membres de clans ennemis, on peut dire que cette pièce n’est plus vraiment un « conte pour tous ». Écrit en langage joual fort populaire, ce sont des adultes qui jouent à se faire la guerre, tellement leur vie d’adulte est ennuyante.  Cette guerre des Tuques est vécue et narrée par la chienne Cléo. Cette chienne de Pierre, qui dans le film est malade, urine partout et grogne après les gens. Dans cette pièce, cette chienne nous parle et nous raconte, à nous, public, son malaise face à cette guerre et au fait que depuis que Pierre et sa blonde ont eu un enfant, il y a moins de place pour elle, cette chienne si affectueuse. 

Cette chienne est interprétée par Sophie Thibeault, qui ne cesse de m’étonner par les divers rôles qu’elle incarne au théâtre. On peut dire qu’elle réussit fort bien à rendre crédible cette affectueuse boule de poil et je dois mentionner l’effort qui a été mis sur son costume pour lui donner une allure animale. 

Jean-René Moisan, Lucien Ration, Joelle Bourdon, Philippe Durocher

En fait tous les comédiens sont excellents dans cette pièce et se donnent à fond. On les voit retrouver leur cœur d’enfant. Lucien Ratio joue son rôle du petit boss des bécosses, avec un sérieux et une hargne qui ne peut que nous faire rire. Jean-René Moisan est tellement comique dans le rôle de Ti-Jacques plaignard et peureux. Danielle LeSaux-Farmer nous donne une Sophie sans peur et sans reproche, forte et inspirante. Maxime Perron se laisse aller complètement dans la folie avec son rôle de Ti-Guy La Lune. Il est hilarant. Mais c’est Simon Lepage qui m’a le plus épaté dans le rôle du petit frère handicapé. Avec une démarche particulière, un langage fort étrange, mais le cœur sur la main, il est attachant et émouvant. Une vraie belle performance. 

Cette pièce est drôle, touchante et complètement débile par moment. On ne peut que rire de voir ces grands enfants se crier des noms, se battre avec des épées en bois et en éponge, se lancer des balles de neige… comme si la vraie guerre c’était cela… 

Joëlle Bourdon (François Les Lunettes)

À -24 degrés dehors, il faut vraiment le faire… pour ces 9 comédiens pendant 1 h 15 environ, nous jouer la comédie, dehors, pendant que nous, au chaud, on les regarde se faire la guerre de balles de neige. C’est un peu comme regarder ses enfants jouer dehors, par la fenêtre.  Ces comédiens sont équipés de micros pour que l’on puisse bien entendre ce qui se passe dehors. On oublie rapidement qu’il y a une fenêtre entre eux et nous. La musique aussi vient agrémenter les moments dramatiques, ou farfelus et rend le tout très surréel. Un éclairage sommaire, mais efficace amène le jour et la nuit, selon ce qui est requis ou met parfois l’emphase sur un personnage en particulier qui vient parler au public pendant que les autres en arrière-plan interagissent. 

On retrouve aisément les personnages du film pour la plupart, avec quelques distorsions parfois. On a également droit à certaines des répliques du film. La romance entre Luc et Sophie naturellement, y est reproduite,  mais adaptée aux adultes…. Bref, on passe un moment magique, à rire, à redevenir des enfants, se faisant raconter une histoire de notre enfance, à la manière des grands. 

Je dois mentionner un travail formidable au niveau des décors et de la mise en scène. Ce n’est pas facile de recréer un fort et des batailles dans la neige, alors que depuis des semaines le sol est gelé, la neige est plutôt tapée et non adaptée pour faire des boules de neige. Il y a beaucoup d’action dans cette pièce qui doit se jouer dans un cadre de scène plutôt réduit, et je trouve que ces neuf comédiens s’en sont fort bien tiré pour nous donner une soirée divertissante et nous faire apprécier la chaleur de nos sièges. Reste à voir comment, avec la température des prochains jours à venir, la troupe saura s’adapter à notre climat chaotique.

La Guerre des Tuques

Si vous êtes nostalgique du film La guerre des tuques ou nostalgique des forts et jeux dans la neige du temps de votre enfance, si vous aimez les styles parodies, ou satires,  si l’idée de voir une pièce de théâtre originale, innovatrice, en dehors des normes établies vous intéresse alors vous serez choyés avec cette pièce. 

Avant ou après le spectacle, il est possible, pour ceux qui le désirent, d’acheter le livre de la pièce, car le 5 février dernier, les éditions l’Instant Même ont publié le texte de cette pièce écrite par Fabien Cloutier. On peut également se procurer un souvenir, en achetant une tuque au coût de 5$, ou encore le DVD du film original, ou le jeu de société La guerre des Tuques, qui est sorti il y a quelques années et qui a fait fureur comme nouveau jeu québécois.

Texte et mise en scène : Fabien Cloutier (d’après le scénario de Roger Cantin et de Danyèle Patenaude)

Avec : Guillaume Boisbriand(Pierre), Joëlle Bourdon(François, les Lunettes), Philippe Durocher(Chabot), Simon Lepage(Madame Sirois et le petit frêre), Danielle LeSaux-Farmer(Sophie), Jean-René Moisan(Ti-Jacques), Maxime Perron(Ti-Guy La Lune), Lucien Ratio (Luc) et Sophie Thibeault (Cléo) 

Et Stéphane Caron (Voix de Daniel Blanchette) et Marie-Louise Arseneault (Voix du téléjournal) 

Costumes : Dominique Giguère

Éclairages : Bernard White

Musique : Stéphane Caron 

LA GUERRE DES TUQUES UN CONTE PAS POUR TOUS… POUR PARENTS AVERTIS!
Du jeudi au dimanche, du 7 février au 3 mars, 20 h Auditorium
Adultes : 28 $ (Abonnés-Amis et étudiants : 25 $)
Billets en vente maintenant à la billetterie ou au 418 643-2150

 http://www.mnba.qc.ca/Accueil.aspx

Pour le livre de la pièce :

http://www.instantmeme.com/ebi-addins/im/ViewBooks.aspx?id=3017

 Le Théâtre Sous Zéro

http://theatresouszero.wordpress.com/la-guerre-des-tuques/la-guerre-des-tuques-sous-zero/

 Crédit photos : Philippe Moussette