Le vent en parle encore de Michel Jean

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Le vent en parle encore
Le vent en parle encore

Ayant découvert Michel Jean, l’auteur de fiction, l’an passé avec son livre Elle et nous qui retrace, de manière romancée, en alternant réalité et fiction, la vie, mais surtout l’enfance de sa grand-mère Shashuan Pileshish (devenue Jeannette Gagnon), au sein de la communauté indienne Innu, j’avais hâte de lire ce deuxième roman, Le vent en parle encore basé sur la réalité qu’ont vécus de jeunes Innus, alors qu’ils ont été déracinés et envoyés de force dans des pensionnats indiens pour tenter de les assimiler.

Voici ce que Michel Jean m’avait dit sur le sujet de ce livre, alors que je l’avais rencontré au Salon du livre de Québec l’an passé. Et sur quel projet travaillez-vous maintenant?

 « Je suis en train d’écrire un autre livre, qui sera complètement différent, mais qui va traiter des autochtones. Cela va parler des pensionnats indiens. Je ne savais même pas que cela existait au Québec. J’ai fait des reportages là-dessus dans l’Ouest canadien, et je me suis rendu compte que des membres de ma famille se sont faits envoyés dans des pensionnats à la Baie James, à l’Ile de Fort Georges, où ils ont été agressés sexuellement. Ce sera un livre plutôt dans le style d’un thriller, genre d’enquête, avec comme trame de fond, le pensionnat.»

Résumé

À quatorze ans, Virginie, Marie et Thomas sont arrachés à leurs familles sur ordre du gouvernement canadien. Avec les autres jeunes du village, ils sont envoyés, par avion, dans un pensionnat perdu sur une île à près de mille kilomètres de chez eux pour y être éduqués. On leur coupe les cheveux, on les lave et on leur donne un uniforme. Il leur est interdit de parler leur langue. Leur nom n’existe plus, ils sont désormais un numéro. Soixante-dix ans plus tard, l’avocate Audrey Duval cherche à comprendre ce qui s’est passé à Fort George, l’île maudite balayée par l’impitoyable vent du large, et ce qu’il est advenu des trois jeunes disparus mystérieusement, sans laisser de trace. Une histoire où l’amour et l’amitié offrent parfois les seuls remparts contre les  agressions et la violence.

Ainsi, dans ce livre, on alterne d’un chapitre à l’autre entre ce qui s’est passé pour Virginie, Marie et Thomas en 1936, lorsqu’ils ont été amenés de force au pensionnat de Fort Georges et entre les démarches entreprises aujourd’hui par l’avocate Audrey Duval pour tenter de retrouver les survivants, les rescapés de ces pensionnats pour leur donner une compensation monétaire qui leur a été accordée. Elle tente aussi de faire la lumière sur ce qui s’est passé pour ces 3 jeunes victimes des pensionnats.

Je mets quiconque au défi de lire le premier chapitre de ce livre, bien qu’il n’ait que 5 pages, et de le refermer, sans lire la suite. Personnellement, j’en aurais été incapable. Dès les premiers mots, les premières phrases, j’ai été happée par cette histoire que nous raconte Michel Jean. De savoir que cette fiction est en fait basée sur des faits véridiques qui se sont vraiment déroulés, cela ajoute une profondeur supplémentaire à ce qu’on lit.

J’ai été profondément touchée par les personnages de ce livre, que l’auteur a le don de nous les décrire autant de l’intérieur que de l’extérieur, si bien qu’en peu de temps, on a l’impression de les connaitre et de savoir ce qui fait battre leur cœur, ce qui les motive, ce qui les touche. De plus, Michel Jean a une plume extraordinaire, où il peut nous décrire de manière concise et précise les paysages, les divers lieux, mais aussi l’atmosphère qui règne. On a immédiatement une image mentale en 3D de ce qu’il veut nous décrire. C’est magique!

Dans ce livre, tous les mots semblent adéquats, bien pensés, et agencés de manière à ce que notre lecture soit fluide, notre intérêt soutenu et nos émotions constamment en demande. On rit et on pleure, on souffre et on se désole pour le sort de ces jeunes Innus qui n’ont vraiment pas mérité ce qui leur arrive.

Extrait du livre à la page 25 : « Au début du XXe siècle, les jeunes Amérindiens y avaient été envoyés de force par le gouvernement canadien, qui espérait ainsi les assimiler… plus de cent cinquante mille Amérindiens, Inuits et Métis avaient été arrachés à leurs parents, volontairement coupés de leur culture et beaucoup avaient subi des sévices, des agressions sexuelles… Comment un peuple qui lutte contre l’assimilation a-t-il pu tenter d’en assimiler un autre ?… les pensionnats étaient dirigés par le même clergé qui s’était autrefois posé en rempart contre l’assimilation des francophones aux anglophones..» Ouf! Comment peut-on croire que ceci ait vraiment existé et pourtant, le «Le Canada reconnaît maintenant publiquement que l’objectif des pensionnats était d’assimiler les Autochtones… Le Canada a créé en 2007 la Commission de vérité et réconciliation, qui a pour mandat de lever le voile sur les agressions physiques, sexuelles et mentales qu’ont subies de nombreux enfants ayant fréquenté les pensionnats.» (Dernière page du livre.)

Suite à la lecture de ce livre, il me reste des questions en suspend concernant la part de réalité et fiction, par rapport à ces évènements, car je trouve cela tellement épouvantable ce qui peut être arrivé à ces enfants, que mon cœur qui saigne à lecture de ces pages, aurait plutôt envie d’espérer que ce ne soit pas aussi horrible que cela est décrit. J’ai également une certaine honte face à mes ancêtres, à mon peuple, à ma religion catholique et leurs dirigeants de l’époque et notre gouvernement de l’époque qui ont pris la décision d’agir ainsi. Ce livre remet en question mes convictions concernant les Autochtones. J’ai souvent pensé que certains d’entre eux semblaient se laisser aller, ne pas aider leur cause dans la société d’aujourd’hui. Mais à voir ce que plusieurs ont vécu, je pense qu’à leur place, je n’aurais peut-être pas fait mieux.

Merci Michel Jean de m’ouvrir les yeux et le cœur sur une réalité insoupçonnée!

Michel Jean
Michel Jean

Avec un baccalauréat en histoire et sociologie et une maîtrise en histoire, Michel Jean est surtout connu du public grâce
à sa coanimation à l’émission JE à TVA, en compagnie d’Annie Gagnon. Le succès de ces enquêtes hebdomadaires donne lieu à la publication de son premier ouvrage aux Éditions du Trécarré, JE – Le guide de survie du consommateur québécois, en 2007.  Dès lors, le goût de l’écriture saisit Michel Jean, qui fait paraître Envoyé spécial l’année suivante chez Stanké. Il y décrit son métier de reporter avec brio et sensibilité. Cet ouvrage, chaudement salué par la critique, est réédité dans la collection de poche « 10/10 » en 2011. Puis il se tourne vers la fiction, chez Libre Expression, avec Un monde mort comme la lune en 2009 et Une vie à aimer en 2010. En 2012, l’auteur livre un récit poignant inspiré de la vie de sa grand-mère, Elle et nous, qui est sa troisième œuvre de fiction.

 

 

Date de parution : Septembre 2013
Nombre de pages : 240 pages
Prix : 24,95 $

 

Éditions Libre Expression

http://www.editions-libreexpression.com

 

crédit photo de Michel Jean : Robert Etcheverry

 

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