« Sans Pays », aux frontières, une expérience humaine

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Sans Pays 01. crédit Myriam Baril Tessier
Sans Pays 01. crédit Myriam Baril Tessier

A l’aéroport de New York deux femmes se rencontrent fortuitement et progressivement échangent. L’une a choisi d’immigrer au Québec il y a 47 ans,  l’autre y est née et est le fruit d’un métissage. Toutes deux traversent un moment charnière de leur vie. Celui de faire le point, toutes deux avec leurs bagages inter-culturels, leur vécu et leurs ambitions. C’est de cette collision inattendue que va naître une réelle complicité entre Lourde incarnée par Anna Moulounda, une jeune femme de 30 ans et Aimée incarnée par Murielle Metellus, une sexagénaire d’origine haïtienne.

La MAI de Montréal nous présente les 14 et 15 février une pièce issue de son laboratoire « Sans Pays » d’Anna Moulounda. Le sujet de l’identité culturelle et de sa transmission est d’actualité. La jeune génération d’artistes aborde et questionne le trouble identitaire provoqué par le métissage des cultures, réfléchissant autant sur celui des premières que sur celui des deuxièmes générations de populations immigrées et sur la nouvelle ampleur que prend le conflit inter-générationnel. Récemment on a vu les pièces d’Olivier Keimed « Furieux et désespérés » en 2013 ou de Mani Soleymanlou “Un” et “Deux”.  Sans être une redite, Anna Moulounda dans sa pièce « Sans Pays » nous en apporte un nouvel aperçu ou y paraît sa vision féminine.

Sans Pays 02. crédit Myriam Baril Tessier
Sans Pays 02. crédit Myriam Baril Tessier

Sur la scène se développent les questions derrière les situations de la vie quotidienne. Le poids des origines et celui des décisions de vie. Le rêve espéré et la réalité vécue. Le ressenti des femmes immigrées de tout temps qui fondent des familles métissées et leur rapport maternel à ce métissage qui au delà d’une couleur de peau est un mélange de valeurs et de mode de vie. La difficulté à faire grandir un enfant dans une société où l’on atterri avec ses propres bagages et le fossé culturel parents-enfants qui se creuse alors dû à l’impossibilité de transmettre les valeurs et les références. On aperçoit une souffrance des parents pour qui la culture originelle a du mal à être comprise et prise en compte et qui se retrouvent face à un sentiment d’impuissance et d’incompétence. Souffrance aussi ressentie par les enfants qui se sentent différent et ne savent plus quelle société choisir et quelle attitude adopter. La peur enfin, peur des femmes métissées à avoir un enfant car elles ne savent plus quoi transmettre d’elles-mêmes et ou est leur place.

Anna nous offre ici une œuvre réfléchie subtile et pleine d’émotion. La pièce se déroule dans un environnement neutre judicieusement choisi où se crée une intimité. Les deux personnages évoluent dans un décor sobre. La mise en scène très bien structurée alterne la mise en lumière de l’échange et le cheminement intérieur des deux femmes. Le jeu des actrices est touchant.

Anna Moulounda, artiste originaire d’Abitibi-Témiscamingue, écrit le texte « Sans Pays » après son voyage en Afrique ou elle arrive avec l’espoir de retrouver ses origines et repart avec le malaise de ne pas s’être reconnue dans la culture et les préoccupations de la population locale. Elle a été sélectionnée pour faire partie du programme adressé aux artistes émergents mis en place par le MAI depuis 2005.

La pièce présentée les 14 et 15 février 2014 pour la première fois en laboratoire public, verra le jour en tant que création durant la saison 2015-2016. Une occasion à ne pas manquer pour découvrir et contribuer un nouveau talent.

Pour plus d’information :
MAI (Montréal, arts interculturels)
3680 rue jeanne Mance, Montréal

« Sans Pays »
Mise en scène: Marie-Ève Gagnon
Comédiennes: Anna B. Moulounda et Mireille Métellus
Scénographie et costume: Ariane Genet de Miomandre
Prochaine représentation : le 15 février à 16h

Crédit Photos : Myriam Baril Tessier