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Meurtre à l’hôtel Despréaux, de Maryse Rouy, une plongée saisissante dans ce 14ème siècle tourmenté

18 octobre 2014 17 h 50 min 0 commentaire
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Auteur:

Christiane Dubreuil

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Maryse Rouy Meurtre à L'hôtel Despréaux © photo: courtoisie

Maryse Rouy Meurtre à L’hôtel Despréaux © photo: courtoisie

Nous sommes en France au 14ème siècle, un royaume au sortir de la grande Peste Noire et ravagé par la Guerre de Cent ans, en plein Moyen-Âge. Gervais d’Anceny est oblat dans un monastère normand. Ce statut bien particulier lui permet de vivre comme les moines sans toutefois prononcer ses vœux et donc être soumis à la règle de la clôture. C’est dans ce cadre qu’il peut se rendre à Paris à l’occasion des fêtes entourant la venue à Paris de l’Empereur du Saint-Empire Romain Germanique, Charles IV, en visite auprès de son neveu le roi de France Charles V. Gervais séjourne alors chez son fils qui a repris son négoce de draps puis chez  sa nièce Mathilde Despréaux, riche négociante en vin. Elle fournit d’ailleurs en victuailles les festivités publiques qui sont données dans la capitale à l’occasion de la visite impériale. Mais la fête tourne court quand Simon, son fils, est accusé d’avoir poignardé l’une des comédiennes de la troupe avec laquelle il se produisait lors des réjouissances et en cachette de sa mère. Très vite Simon apparaît comme le seul suspect et le sort qui lui est réservé par une justice bien loin des canons d’aujourd’hui en matière de droits de la défense et d’enquête de police paraît guère faire de doutes : la peine capitale par pendaison après humiliation en place publique par exposition dans la charrette d’infamie. L’amitié entre Gervais D’Anceny et le prévôt adjoint du Châtelet de Paris (siège de la police et de la justice criminelle comprenant notamment les cachots et les salles de tortures) lui permet de gagner un peu de temps et surtout d’avoir ainsi le droit de mener l’enquête pendant que ce dernier est accaparé par la sûreté publique durant la présence de Charles IV en la capitale.

Son enquête, qui le conduit dans toutes les couches de la société parisienne, riches négociants des grandes corporations berceau de la bourgeoisie émergente, leurs commis et domesticité, comédiens mis au banc de la société, fonctionnaires de police, clercs, cet État dans l’État, nous permet de découvrir la vie de la capitale durant ce difficile 14ème siècle : insalubrité, précarité, hiérarchies sociales exacerbées, poids du religieux, mais dans laquelle, aussi, les fidélités à la communauté et aux liens du sang sont fortes, protectrices et souvent prépondérantes et où les plaisirs de la vie sont aussi ceux des émois des rapports amoureux. Une société aussi où, pour ceux qui mangent à leur faim, les plaisirs de la table sont riches de couleurs et de saveurs.

La grande originalité, et de ce fait réussite du livre, dont l’intrique est bien menée sans être complètement originale et surtout surprenante (tout habitué des romans policiers devine bien vite les véritables tenants et aboutissants de l’histoire) est le mode de narration et les voyages dans le temps qu’il nous permet. En effet, l’auteure Maryse Rouy, qui a fait du Moyen-Âge sa période de prédilection, choisit de nous conter cette enquête sous la forme d’un rapport, écrit après les faits, par Gervais D’Anceny une fois de retour au monastère. Un rapport demandé par le prévost adjoint pour servir de modèle du genre pour une police qui en est au stade des balbutiements méthodologiques. Dès lors, il y a deux romans et même trois en un : l’enquête policière au cœur d’une époque et d’une société dont elle devient le miroir; la chronique très riche de la vie monacale, austère mais calme, apaisante et riche en spiritualité dans ce 14ème siècle tourmenté et des rapports humains qu’elle rythme; et le récit émouvant des souvenirs communs, confessions et bilans de vie comme des liens d’amitié et d’affection entre deux hommes au crépuscule de leur vie, Gervais et son vieil ami. Un ami qu’il a suivi au prieuré dans son appel de Dieu et auquel il lit, au fur et à mesure, son manuscrit dont le suspense devient le fragile fil qui retient à la vie cet ami agonisant. Un roman multiple dont les parties s’imbriquent avec naturel et sans incohérence.

Avec ce nouveau roman, Maryse Rouy nous offre un voyage attachant, plaisant et en nuances dans une période et une société que nous avons trop souvent retenues de façon manichéenne comme étant uniquement celles des troubles et de la violence tant physique que sociale, politique et  humaine, à l’enseigne de leur nom …le Moyen-Âge. Une fois encore Maryse Rouy, auteure d’une trentaine de romans pour adultes comme pour la jeunesse, nous ravit en alliant intrigue policière et roman historique rigoureux dans ses reconstitutions, comme déjà dans Au nom de Compostel le roman pour lequel elle s’est vue décerner Le Prix Saint-Pacôme. Une dynamique qui lui est chère mais dont l’inspiration lui est venue cette fois ci, comme elle le souligne elle-même en postface, dans le hasard des promenades-déambulations dans les librairies auquel tout amoureux des livres aime à se livrer : “Le hasard est le meilleur ami de la littérature. C’est grâce à lui que ce roman existe. Dans une librairie où je flânais, deux œuvres du Moyen-Âge finissant se côtoyaient sur un présentoir thématique : Le livre des faits et bonnes mœurs du sage roy Charles V, de Christine de Pisan et Le Journal d’un bourgeois de Paris. Drôle de couple que celui-là. Elle toute passionnée d’Histoire, de poésie, et lui, de la prospérité de ses affaires. Après avoir butiné un moment l’un et l’autre volume, je les ai finalement rajoutés au polar que j’étais venue acheter. Je les ai lus en même temps…Tandis que je m’efforçais à mon habitude d’imaginer ce que l’on pouvait ressentir à l’époque de Charles V, la littérature policière dont je suis une lectrice assidue, me rappelait qu’il n’y a rien de mieux qu’une enquête pour découvrir les sensibilités d’une société et un moment de l’histoire…
Un plus appréciable, pour nous permettre de mieux comprendre le vocabulaire, que l’auteure reprend, des structures séculières et monacales comme de la vie quotidienne du 14ème siècle, le livre comporte un glossaire.

Nous espérons que ces Chroniques de Gervais d’Anceny ne seront que les premières d’une longue série. D’ores et déjà le tome 2 est attendu pour 2015.

Les chroniques de Gervais d’Anceny: Meurtre à l’hôtel Despréaux
Maryse Rouy
Roman
Éditions Druide http://www.editionsdruide.com
296 pages
24,95 $
En librairie le 24 septembre 2014
isbn papier : 978-2-89711-141-0
isbn epub : 978-2-89711-142-7
isbn pdf : 978-2-89711-143-4

Les Libraires :
http://www.leslibraires.ca/livres/meurtre-hotel-despreaux-maryse-rouy-9782897111410.html/284b4f549f324c8d6dfcfc35838ffe7c079cfc5d4132fde46027c442a116731c42b01b9e54b195778d701c1b5197a9ca2d09a2281883973cde40af9f52a0cb3c/?u=4850

© photo: courtoisie

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