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Sortie Blu-ray: Nightcrawler – Reporter nihiliste

15 février 2015 20 h 33 min 0 commentaire
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Auteur:

Émilien Maubant

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Nightcrawler

Nightcrawler

Certains films sont portés par un enjeu du scénario, d’autres par des dialogues bien écrits et judicieusement orchestrés, ou encore par un suspense imposant ou tout simplement par notre volonté de découvrir le fin mot de l’histoire. Nightcrawler est porté par son personnage, et c’est là tout l’attrait du film.

Premier film du réalisateur Dan Gilroy,Nightcrawler impressionne avant tout sur sa forme. D’entrée de jeu, on est porté dans un Los Angeles plongé dans la pénombre. Les différentes lumières, lampadaires, néons et autres phares donnent à l’image un éclairage mesuré et maîtrisé. La direction de la photographie est assurée par Robert Elswit, que l’on connaît surtout pour son travail remarquable sur les films de Paul Thomas Anderson (There Will Be Blood, Magnolia, Punch Drunk Love). Le film est donc maîtrisé dans sa forme, ce qui joue un rôle essentiel à la tenure du personnage et à son intégration dans l’univers du film. On remarque par ailleurs que le personnage est particulièrement à l’aise dans les scènes nocturnes, et ne paraît pas à sa place dans les rares scènes de jour. La bande sonore est aussi très réussite, et colle parfaitement au rythme et à l’ambiance d’un Los Angeles de nuit.

Louis Bloom est jeune, ambitieux et perfectionniste. Il est présenté dans la scène d’ouverture du film, entrain de rôder autour d’une zone interdite. Il semble vouloir s’introduire de force, quand il est arrêté par un garde de sécurité. Bloom aperçoit la montre du garde, l’agresse et reprend le volant, montre au poignet. Cette courte scène à le mérite d’introduire rapidement le personnage, dont le désir et l’ambition semblent être ses seuls moteurs. Toutefois, le film ne fait pas l’erreur de présenter un personnage violent, dont la moindre chose pourrait justifier un accès de colère.    Au contraire, Bloom paraît toujours très calme, mesuré, poli et charmant.

En chemin vers on ne sait où, il tombe sur un accident de voiture filmé par des reporters amateurs. Après une brève discussion, ils lui expliquent qu’ils suivent ces petits évènements nocturnes pour vendre les images à des chaînes de télévision sensationnalistes. Séduit par l’idée, Louis Bloom commence à parcourir Los Angeles de nuit à la recherche de ces petits délits, accidents et autres évènements susceptibles d’intéresser un public en manque d’images chocs. Le film suit son progrès dans ce milieu. On ne sait jamais trop ce qui motive réellement le personnage, ni d’où vient cette fascination et ce perfectionnisme pour les images qu’il filme. Au fur et à mesure du film, Bloom va de plus en plus loin pour obtenir des images chocs. Complètement insensible au carnage qu’il filme, il en vient même à altérer les scènes pour les rendre plus spectaculaires.

Comme annoncé plus tôt, tout l’intérêt du film réside dans le personnage de Louis Bloom. Jake Gyllenhaal, dans ce qui est sans aucun doute une des performances les plus convaincantes de sa carrière, incarne avec brio ce personnage fascinant. Le génie du film réside dans la présentation un personnage très étrange et inquiétant, mais qui est toutefois attachant. Cet émerveillement constant dans les yeux de Gyllenhaal évoque la naïveté d’un enfant, et pourtant le personnage paraît toujours en parfaite maîtrise de ce qu’il fait. On est à la fois charmé et terrifié par le personnage, qui semble prêt à exploser à tout moment. Le film ne fait pas l’erreur de tomber dans le côté pervers et/ou sadique du personnage. Le sujet aurait pu pourtant s’y prêter, mais ça aurait retiré tout intérêt au film. C’est justement cette absence de justification, cette impossibilité de complètement saisir ce qui ne va pas avec le personnage qui le rend si fascinant et réussi. Il est finalement tellement rassurant de se dire « Ah, c’est juste un dégénéré, un creep, toutes ses actions prennent sens maintenant. »

Louis Bloom rejoint le corpus des personnages nihilistes. Il évoque tout d’abord Travis Bickle de Taxi Driver (Scorcese). Tous deux rôdent à travers la nuit, à la recherche d’on ne sait trop quoi. Ils semblent complètement déconnectés et incapables de fonctionner socialement. Là où Bickle finissait par trouver un moyen d’interaction avec son monde via la violence, Bloom ne semble connecter qu’à travers l’ambition démesurée et le perfectionnisme. C’est cet aspect qui rappelle directement Daniel Plainview de There Will Be Blood (P.T Anderson). Personnages complètement insensibles à ce qui les entourent, seuls l’ambition, le profit et le succès les animent. Prêts à tout sacrifier pour leur art, au sens d’ouvrage; ces personnages ne vivent qu’à travers lui.

Le film présente bien entendu une critique un peu simpliste du voyeurisme et du sensationnalisme des médias, et on ne va d’ailleurs pas s’y attarder. On a cependant surtout une critique bien plus amusante de l’individu ultra rationnel et carriériste. Le film semble jouer avec cet idéal type du personnage qui est prêt à tout pour le succès de ce qu’il entreprend. On a là une analyse plutôt amusante et finalement assez originale du capitalisme extrême. Incapable de connecter avec qui que ce soit, Bloom n’existe que pour l’ambition et le profit. Cela donne lieu à des dialogues curieusement drôles tant le décalage entre ce qui est montré et ce qui est dit est frappant, ce qui ajoute au succès du personnage. Le film présente un humour constant, et ce presque malgré lui.

On pourrait encore s’attarder sur de nombreux éléments réussis, comme le jeu sur la frontière entre ce qui est montré à l’image et ce qui est filmé par le personnage. On a finalement accès à une dimension du film, de l’histoire, qu’à travers les « yeux », du personnage, et c’est d’ailleurs la dimension la plus violente. On pourrait aussi parler de l’absence totale de sanction morale du personnage à travers le film, ce qui ajoute encore à son intérêt.

Le film est rafraichissant, beau, surprennament drôle et maîtrisé. Louis Bloom est l’un des personnages les plus convaincants de ces dernières années, et Nightcrawler marque un début particulièrement réussi pour Dan Gilroy dans le monde de la réalisation.

Nightcrawler
Distribution:
Jake Gyllenhaal: Louis Bloom
Rene Russo: Nina
Riz Ahmed: Rick
Ann Cusack: Linda

Durée: 117 minutes
Langues: Anglais et Français
Prix: 24,99 $ (Blu-ray + DVD)

© photo: courtoisie

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