Collection printemps-été au théâtre Espace Libre

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Salomé Corb. © photo: Christine Bourgier
Salomé Corbo. © photo: Christine Bourgier

Le théâtre Espace Libre porte bien son nom. Sur une scène aménagée comme celle d’un défilé de mode, trois femmes revêtent différentes tenues et déclament des extraits choisis de poésies de différentes auteures. Les spectateurs entourent la scène comme dans un vrai défilé de mode. Six collections de poésies féminines sont ainsi déclamées pour eux. Leurs textes sont tendres ou drôles, loufoques ou tragiques. Un mélange hétéroclite de mots mêlé à une gestuelle qui allume l’esprit du spectateur, le fait rire ou sourire, l’inquiète, l’émeut, le stimule et lui permet de réfléchir.

Le metteur en scène du spectacle, Christian Vézina, qui a choisi les textes présentés, transforme les textes de poésie en un véritable objet théâtral. Le résultat est extrêmement réussi. Si à mon sens, les soirées poésies atteignent rarement leur objectif de faire apprécier les poèmes lus par des lecteurs souvent hésitants ou monocordes, il en est tout autrement dans ce spectacle distrayant et bien enlevé qui donne envie de revenir aux écrits, ou peut-être de les entendre de nouveau. Il faut dire que les trois actrices (Salomé Corbo, Danielle Proulx et Elkahna Talbi), très différentes dans leurs allures et leurs personnalités ont toutes trois énormément de talent. S’ajoute à ce trio un concert de guimbarde interprété par la musicienne Marie-Sophie Picard.

Salomé, Corbo,Elkahna Talbi et Danielle Proulx © photo: Christine Bourgier
Salomé, Corbo,Elkahna Talbi et Danielle Proulx © photo: Christine Bourgier

Il s’agit bien d’un spectacle de théâtre où ce que l’on entend s’associe à ce que l’on voit. Les premières tenues des trois mannequins du défilé sont trois hijabs qui masquent et dissimulent entièrement les corps, même les yeux des mannequins, mais pas leurs bouches. Les lèvres remuent beaucoup, l’air de dire que sous ces vêtements qui cachent tout de la femme, celle-ci n’en pense pas moins. Et une fois déshabillées et revêtues de tenues toutes plus étonnantes les unes que les autres, les voilà qui entonnent leurs textes avec vivacité et émotion. Joyce Mansour, Hélène Monette, Suzanne Jacob, Marie Étienne, Brigitte Fontaine et Ananda Devi sont les poétesses convoquées. Certains de leurs textes sont d’un humour désopilant. J’ai adoré la déclinaison loufoque sur l’âne et l’analyste, le côté blasé du Montréal qui brûle ou les écrits de l’eau, mais aussi la drôlerie du ménage n’est pas fait et j’ai été émue par la tragédie de la petite Mina. En sortant de ce beau spectacle d’une heure trente sans entracte, je me souvenais de quelques bons mots : « la réalité dépasse l’affection » ou « quelque fois il fait si beau que tout est pardonné ». Un spectacle qui ne m’a pas laissée indifférente…

Collage de textes et mise en scène: Christian Vézina
Avec Salomé Corbo, Danielle Proulx et Elkahna Talbi
Musique Marie-Sophie Picard
Une production du Nouveau Théâtre Expérimental
Du 24 mars au 11 avril 2015 à Espace Libre, 1945, rue Fullum, Montréal
Informations 514.521.4191 ?www.nte.qc.ca