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Cent mètres de Pierre Gagnon, comme un hymne à la lenteur

13 septembre 2015 18 h 22 min 0 commentaire
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Auteur:

Christiane Dubreuil

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Pierre Gagnon Cent mètres © photo: courtoisie

Pierre Gagnon Cent mètres © photo: courtoisie

« Aller plus vite, toujours plus vite » notre société n’a dirait-on que cette incantation à la bouche. Plus vite pour savoir se qui se passe partout et ailleurs, plus vite pour se réaliser « pleinement », plus vite pour dépasser l’Autre, plus vite pour être au top de ses capacités quitte à y introduire une dose de stress comme stimulant. Et si, finalement, cette course à la vitesse ne cachait que notre incapacité à être et à aimer, n’était qu’une fuite en avant, pour fuir les réalités, se fuir soi-même, ses traumatismes? Devant un tel traumatisme, un accident mortel de bateau provoqué par un groupe de jeunes qui croyaient exister en brulant la vie par les deux bouts, Henri a choisi ou plutôt s’est laissé entraîner dans cette quête de la vitesse par son père. Pour oublier, pour s’oublier. Construire toujours plus des buildings, faire toujours plus de profits. Mais au fond de lui-même Henri est-il vraiment sur cette trajectoire? Ne fait-il pas de la « résistance passive » face à cette résilience que d’autres ont choisi pour lui? Car autrement comment interpréter que ce propriétaire d’une maison de chambres ait fixé son propre domicile personnel dans ce bien immobilier et qu’il soit plus au service et surtout à l’écoute de ses locataires trop souvent des laissés pour compte de la vie qu’un propriétaire qui leur fournit un logement au moindre coût pour lui et au maximum de ses profits? Ralentir pour vivre, s’accepter. Si Henri le fait presque en cachette, Pierre, face au même drame, puis, face à ceux concomitants de la rupture amoureuse et de la disparition de ses parents en a, lui, fait le choix. Un choix qu’il assume et même revendique : “…Je ne suis plus le sprinter que j’ai été. J’opte pour l’attente là où autrefois je fonçais tête baisée. Je cède volontiers ma place à quiconque se fais insistant, Je ne cherche plus à me présenter sur la ligne de départ, aux côtés de l’élite. Désormais je me positionne en queue de peloton satisfait qu’une marée d’hommes et de femmes me ralentisse. On peut me rire au nez, j’assume ma lenteur…” Un choix assumé qui lui permet de se reconstruire guidé dans cet art de vivre pleinement au rythme lent du temps par ses mentors, ses parents et leur amour envers lui comme envers eux-mêmes comme par l’œuvre du chanteur compositeur poète Léo Férré. Une lenteur qui loin d’être stérile, purement contemplative est une plénitude. Elle permet d’être disponible pour un nouveau départ vers le possible de l’amour et d’une vie à deux avec Axelle et de la construction d’une famille. Face à cette vie apaisée celle d’Henri, pris dans le conflit entre le rythme effréné décidé par d’autres mais auquel il ne sait ouvertement dire non et ses aspirations profondes, tourne au tragique d’un cheminement sans retour, destructeur, happé par les fantômes de ceux auxquels il a ôté la vie et dans laquelle son seul repère, l’amitié de Pierre, ne suffit pas à l’arrimer.

Cent mètres est un roman court (140 pages à peine qui se lisent en guère plus de deux heures). Mais ce n’est assurément pas un roman « rapide », qui effleure la réflexion sur la vie et le sens à lui donner, qui va trop vite, cette vitesse contre laquelle l’auteur nous met en garde. L’auteur, Pierre Gagnon, dit de son écriture : « …J’écris ce que me dicte mon âme. Sans filet, sans souci de plaire ou déplaire. J’écris pour moi, mais tous et toutes sont les bienvenus dans mon jardin…» Nous lui en sommes redevables tant pour le plaisir de lire qu’il nous offre que pour le choix de vie qu’il nous propose.
Cent mètres, est un roman riche, apaisant, qui nous marque. Une respiration qui nous permet, grâce à la poésie et à la sérénité qui s’en dégagent, de nous autoriser à accepter, comme le narrateur, à écouter cette voix qui au fond de nous nous dit à nous aussi de ralentir, d’être, enfin, à l’écoute de soi, des autres, des possibles qui s’ouvrent à nous. De prendre le temps de vivre et d’aimer.

Pierre Gagnon © Christine Bourgier

Pierre Gagnon © Christine Bourgier

A propos de l’auteur
Après des études au Conservatoire de musique de Québec, Pierre Gagnon fonde le groupe Slick and the Outlags avec le comédien Yves Jacques et devient compositeur de musique publicitaire et de thèmes d’émissions. En 2002, il est victime d’un cancer qu’il racontera d’une façon infiniment touchante dans 5-FU, remportant un succès critique et public immédiat. Suivront C’est la faute à Bono, Je veux cette guitare et Mon vieux et moi. À la suite de la vente des droits aux Éditions Autrement, ces deux derniers titres seront découverts par le public européen (plus de 15 000 exemplaires de Mon vieux et moi ont été vendus en France)


Cent mètres

Pierre Gagnon
Roman
Collection reliefs
Direction littéraire : Anne-Marie Villeneuve
Œuvre de la couverture : Michel Rabagliati
Maquette de la couverture : Gianna Caccia
Éditions Druide : http://www.editionsdruide.com
140 pages
17,95 $
ISBN PAPIER : 978-2-89711-220-2
ISBN EPUB : 978-2-89711-221-9
ISBN PDF : 978-2-89711-222-6
Parution le 9 septembre 2015
© photo de la couverture: courtoisie
© photo de l’auteur : Christine Bourgier

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