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« Elektra » de Richard Strauss, une mise en scène monumentale et une distribution parfaite

22 novembre 2015 10 h 23 min 0 commentaire
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Sophie Jama

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L’Opéra de Montréal n’aura pas lésiné sur les moyens pour monter le chef-d’œuvre de Richard Strauss, Elektra.

De manière à reconstituer l’atmosphère expressionniste qui caractérise l’art du début du XXe siècle en Allemagne : une scène plongée dans une quasi-obscurité d’où n’émergent que la statue superbe et gigantesque du personnage absent de l’histoire, et les ombres de celles et ceux qui se déchirent pour lui.

Agnes Zwierko (Clytemnestre), Lise Lindstrom (Electre) © Yves Renaud

Agnes Zwierko (Clytemnestre), Lise Lindstrom (Electre) © Yves Renaud

L’expressionnisme, ce mouvement artistique considéré comme dégénéré par les nazis, opère directement sur l’émotion des spectateurs en leur servant tous les tourments de la psyché des personnages représentés. Proposé pour la première fois en 1909 au public de Dresde en Allemagne, l’opéra Elektra est né de l’étroite collaboration de la musique intense et audacieuse de Richard Strauss et du très poétique livret d’Hugo von Hofmannsthal, pour offrir au monde l’œuvre lyrique désormais emblématique de la modernité.

Mais pour cette première mise en scène d’Elektra par une compagnie québécoise, l’Opéra de Montréal s’est en plus associé au sculpteur espagnol Victor Ochoa, qui a fourni une œuvre superbe et monumentale représentant le roi Agamemnon, le visage grimaçant de douleur au moment précis où il est frappé dans son bain par la hache meurtrière. La statue de 25 pi de haut (presque 8 m), et qui s’élèverait à 85 pi (environ 26 m) si le roi était représenté debout, envahit littéralement la scène et les esprits de tous les protagonistes de l’histoire.

Électre, fille du roi assassiné par sa mère Clytemnestre avec l’aide de son amant Égisthe, pleure l’absence de son père Agamemnon. Allein, « seule », est le premier mot d’un long et douloureux monologue où la jeune femme raconte sa tragédie. Elle est totalement amoureuse de son père, et ses tourments n’auront de cesse qu’il soit vengé. Quasiment prisonnières du château où règnent désormais Clytemnestre et Égisthe, Électre et sa sœur Chrysothémis courent en plus le risque d’être enfermées et oubliées au fond d’une tour.

Électre recherche l’aide de sa sœur. Mais les deux femmes qui s’aiment sont aussi très différentes. Face à une Électre hystérique, obsédée par la seule vengeance de leur père, Chrysothémis incarne la douceur de la féminité et espère vivre simplement pour avoir des enfants. Électre devra-t-elle agir seule? À moins qu’Oreste, leur frère exilé, ne soit pas mort comme certains le font croire et revienne accomplir l’acte salvateur pour elle.

Statue d'Agamemnon  © Yves Renaud

Statue d’Agamemnon © Yves Renaud

Dans cette œuvre ramassée d’une heure quarante minutes, le rôle d’Électre est non seulement central mais présent d’un bout à l’autre sur scène. Difficile de trouver une artiste suffisamment talentueuse pour l’incarner, et c’est sans doute l’une des raisons qui font que l’œuvre n’est pas souvent montée. La soprano américaine Lise Lindstrom est une Électre parfaite, tant par sa voix puissante, tragique ou douce quand il le faut, mais aussi son physique et son jeu de scène qui lui demande en plus de danser et de déplacer la statue pour permettre au public d’en découvrir tous les aspects. C’est une véritable performance, et que Lise Lindstrom accomplit en tout point.

Richard Strauss adorait les voix de femmes, et les autres rôles de l’œuvre sont pour la plupart féminins également. Vêtue d’une robe rouge sombre, la soprano allemande Nicola Beller Carbone incarne une très belle Chrysothémis, et la voix enveloppée de la mezzo-soprano polonaise Agnes Zwierko en fait une parfaite Clytemnestre, royale et angoissée par ses cauchemars récurrents. D’autres voix féminines et les chœurs des servantes se font aussi entendre pour cette œuvre exigeante et sombre mais qui produit une foule d’émotions. Les voix masculines, dont la présence est plus discrète, sont également très bien choisies, en particulier celle du baryton-basse américain Alan Held dans le rôle du sauveur Oreste.

Elektra à l’Opéra de Montréal est une vraie réussite.

La musique n’est pas toujours facile et la  brutalité des sentiments remue les émotions des spectateurs. Visuellement, les costumes simples et le décor dépouillé qui met en seule vedette la statue d’Agamemnon selon différents angles et éclairages est superbe. Les surtitres en anglais et en français font en plus découvrir un texte très poétique et profond, ce qui n’est pas le cas de tous les opéras.

Elektra à l’Opéra de Montréal, Salle Wilfried-Pelletier, du 21 au 28 novembre 2015

Musique : Richard Strauss / Livret : Hugo von Hofmannsthal

Électre : Lise Lindstrom / Chrysothémis : Nicola Beller Carbone / Clytemnestre : Agnes Zwierko / Égisthe : John Mac Master / Oreste : Alan Held / Le précepteur d’Oreste : Tomislav Lavoie / La confidente : France Bellemare / La porteuse de traîne : Caroline Gélinas / Un jeune serviteur : Isaiah Bell / Un vieux serviteur : Claude Grenier / Première servante : Catherine Anne Daniel / Deuxième servante : Alexandra Beley / Troisième servante : Carolyn Sproule / Quatrième servante : Chantal Dionne / Cinquième servante : Kimy Mc Laren / Une surveillante : Aidan Ferguson  /

Chef : Yannick Nézet-Séguin

Mise en scène : Alain Gauthier / Scénographie : Victor Ochoa / Costumes : Opéra de Montréal / Éclairages : Etienne Boucher /

Chœur de l’Opéra de Montréal / Orchestre Métropolitain

Décors : Victor Ochoa

Informations : http://www.operademontreal.com/fr

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