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Le Sans-papiers le magnifique nouveau roman de l’auteur d’Animata, Lawrence Hill

26 septembre 2016 10 h 22 min 0 commentaire
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Auteur:

Christiane Dubreuil

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Lawrence Hill, le Sans-papiers © photo : courtoisie

Lawrence Hill, le Sans-papiers © photo : courtoisie

Keita est un jeune sans histoire du Zantoroland, une île d’Afrique. Une famille heureuse et aimante, une passion pour le marathon, une spécialité dans son pays, forme le cadre de vie paisible même si guère aisée du jeune Keita Ali qui rêve de victoire aux jeux Olympiques. Mais peu à peu la situation se dégrade et son pays glisse inexorablement vers la dictature sur fond de conflits ethniques. Sa famille appartenant à l’ethnie longtemps majoritaire se retrouve menacée et le métier de son père journaliste d’opinion met rapidement sa famille au cœur de la tourmente. Très vite, tout s’enchaîne: mort de sa mère, puis de son père tué par le régime. Sa sœur Charity a réussi à partir, à temps, à Harvard grâce à une bourse d’étude. Mais Keita lui ne doit son salut qu’à un départ précipité sous la férule de Anton Hamm un recruteur de jeunes poulains pour son « écurie» de marathoniens à Libertude. Libertude, l’île riche et majoritairement Blanche à seulement quelques heures de vol. Sauvé.? Très vite Keita comprend que le sauveur a tout de l’exploiteur et il fuit ce « bienfaiteur » perdant de ce même fait son statut légal dans ce pays qui vient d’élire le Parti de la famille qui fait de la lutte contre les immigrés sans-papiers son fonds de commerce. C’est ainsi que Keita se trouve doublement menacé par le gouvernement et son ancien « mentor ». Il doit apprendre très vite à survivre. Mais vivre totalement caché, se fondre dans la masse comme le font tant d’« illégaux » n’est pas une option pour lui. Car la course et les prix qui reviennent aux gagnants restent pour lui le seul moyen de survie sans compter que des ravisseurs ont réussi à faire revenir sa sœur au Zantoroland et la retienne prisonnière contre rançon. Keita court donc toujours et encore malgré les risques, malgré aussi, une maladie qui l’handicape au point de lui faire perdre des courses et menacer sa vie.

Mais les courses, ses entrainements, sont aussi des occasions de rencontres, uniques : Peu à peu le réseau social de Keita se peuple. Se peuple de solidarités, d’amitiés mais aussi de respect entre lui et des gens que pourtant tout devrait opposer. John le jeune élève boursier d’une école de surdoués qui réalise un reportage sur la condition des sans-papiers. John, Noir lui-même et habitant du quartier Noir, La Petite Afrique. Le quartier des laissés pour compte, des déshérités, des exclus, de nombreux sans-papiers. La Petite Afrique que justement le Parti de la famille a promis de raser et d’en renvoyer tous les habitants dans leurs pays d’origines. Un quartier qui, en attendant, survit sous la protection de la tenancière de maison close et de salle de « spectacle » Lula DiStefano. Lula, moitié bienfaitrice, moitié exploiteuse et pour qui, tous les moyens sont bons pour protéger autant qu’assoir son pouvoir sur « son quartier », et sa population y compris (?) les compromissions avec le nouveau pourvoir en prêtant la main à leurs dérives et méthodes expéditives pour « libérer Libertude » des sans-papiers. Mitch Hitchcock, le directeur des courses, qui remarque ce jeune coureur prometteur et qui lui procure toute l’aide et la protection que son statut et sa fonction lui permettent. Viola Hill, la jeune journaliste sportive qui rêve de devenir une grande journaliste d’investigation et saisit l’opportunité d’enquêter, sur les drôles de contacts que le gouvernement de Libertude entretient avec ceux de Zantoroland. DeNorval Unthank le médecin réfugié devenu simple assistant médical pour cause de non reconnaissance de ses diplômes. Ivernia, la vieille dame Blanche digne, mais aussi un peu indigne, que tout devrait tenir éloignée du monde des sans-papiers et qui, pourtant, ouvre sa porte à Keita. Candace, la jeune femme Noire, originaire de la Petite Afrique qui s’en ai sortie et est devenue policière; Rocco Calder, enfin, comme lui coureur marathonien et qui est …le Ministre de l’immigration. Des rencontres qui, si elles le sortent de sa solitude et lui procure aussi un fragile mais inestimable sentiment de sécurité vont aussi le placer au cœur du scandale politico-sexuel et financier sur fond de chasse aux immigrés clandestins qui est sur le point d’exploser à Libertude et qui met directement sa vie en danger.

Lawrence Hill, l’auteur de Animata nous livre avec Le Sans-papiers est un nouveau vrai grand, très grand roman et nous fait ainsi une démonstration implacable de sa parfaite maîtrise de cet art si difficile tout entier fait d’équilibre : Équilibre de la place occupée par chacun des personnages dans le récit. Des personnages qui, bien de chacun d’entre eux incarne l’un des corps constitutifs de nos sociétés, ne sombrent jamais dans l’archétype manichéen ou caricatural. Équilibre entre les différentes trames de l’histoire. Toutes se déroulent selon leur propre logique mais savent se rejoindre, sans jamais s’y perdre, pour former la principale, cohérente, sans lourdeur, sans artifice et mener, sans recours au mauvais stratagème du Deus ex machina, vers une fin réaliste, véritablement plausible, même si un peu idéalisée. Équilibre entre récit romanesque et témoignage sur notre époque contemporaine, le sort que nous réservons aux exclus de la croissance et de la paix, la vie dans ces pays que fuient ces réfugiés, pays qui s’enfoncent dans les guerres civiles et les dictatures. Équilibre dans la description de ces scandales et dérives de nos temps modernes, qui sait être claire, et sans compromission sans tomber dans la démonstration lourdement appuyée. Une dénonciation qui n’en est ainsi que plus forte et incontournable. Équilibre entre le temps de l’action et celui de la description. Équilibre, comme dans la vraie vie, la nôtre, entre les différentes émotions que ce roman éveille: Peur, rire, tendresse, colère, indignation… sans jamais aucune outrance.
De cet équilibre naît une œuvre puissante, dense mais également très bien servie par une langue belle, puissante, riche, créant une force évocatrice de l’image toujours présente, sûre. Comme tous les grands romanciers, Lawrence Hill n’a pas eu besoin de truffer ses dialogues de niveaux de langages aussi pauvres que pseudos réalistes pour nous faire pénétrer pleinement dans l’univers mental ou socio-économique de chacun des personnages et de leur environnement.
L’auteur a également eu la pertinence de situer son récit dans deux pays imaginaires. Deux pays imaginaires mais suffisamment réalistes pour que l’on ne puisse pas ni se réfugier dans le prétexte du romanesque ni dans le manque de précisions ou des erreurs factuelles ni dans l’éventuel éloignement géographique de notre propre réalité pour se dédouaner d’entendre et de réfléchir à ce qu’il décrit, dénonce.
Le Sans-papiers est aussi un hommage à tous ceux qui, à un moment de leur vie, qu’ils soient fonctionnaires, politiciens, hommes d’affaires, escrocs, journalistes, au tout simplement citoyens ordinaires, ont le courage de dire non au nom de leurs valeurs ou de l’humanité partagée, à ce qu’ils voient, font, ou tout simplement laissent faire pour savourer la quiétude et la facilité de leur vie. Ils le font, comme les personnages de ce récit, souvent au péril de leur vie. Dans nos époques, dures pour les faibles, et adeptes de l’individualisme du chacun pour soi, nous devons être redevables à ces auteurs qui, comme Lawrence Hill, leur rendent cet hommage et nous rappellent à nos propres devoirs de solidarité et de courage.
Comme tous les grands auteurs Lawrence Hill sait aussi, une fois encore, à travers ce livre, transcender la seule histoire romanesque pour donner à son roman une dimension humaine universelle.
Alors, il est vrai que le Sans-papiers s’inscrit peut-être dans la longue tradition du happy-end, à l’américaine comme disent souvent les Européens. Mais ne boudons pas notre plaisir de nous laisser croire que, dans la vie réelle, ce serait aussi possible et que tous les adeptes du « retourne dans ton foutu pays » seront toujours du « mauvais côté de l’Histoire ».

Lawrence Hill © photo: Lisa Sakulensky

Lawrence Hill © photo: Lisa Sakulensky

À propos de l’auteur
Lawrence Hill est l’auteur de plusieurs romans, dont le bestseller Aminata sur l’esclavage.
En 2015, la version anglaise du roman Le Sans-papiers figurait parmi les «meilleurs livres de l’année» du Toronto Star et du Globe and Mail. En mars 2016, ce roman remportait aussi le «Canada Reads» de la CBC. C’est la première fois qu’un auteur remporte deux fois ce prix. Une adaptation pour la télévision du roman Le Sans-papiers est en cours.
Fils d’un Noir et d’une Blanche ayant quitté les États-Unis pour venir s’établir au Canada le lendemain même de leur mariage, Lawrence Hill a grandi au cours des années soixante dans une banlieue de Toronto. Le travail de ses parents, qui militaient dans des organismes de défense des droits de l’homme, l’a profondément influencé. L’identité et l’appartenance sont en effet des thèmes qu’on retrouve dans la plupart de ses écrits. On peut certes dire de lui que c’est un grand humaniste, préoccupé par des problématiques contemporaines: le sort des Noirs et des réfugiés, le racisme, la discrimination, l’exclusion.
Parfaitement bilingue, Lawrence Hill détient un baccalauréat en sciences économiques de l’Université Laval, à Québec. Il a vécu et travaillé en Espagne et en France avant de fréquenter la Johns Hopkins University à Baltimore, où il a obtenu une maîtrise en création littéraire. L’University of Toronto et la Wilfrid Laurier University lui ont décerné des doctorats honorifiques. Il a travaillé en Afrique de l’Ouest, notamment au Niger, au Cameroun et au Mali, pour le Carrefour Canadien international, avant de devenir journaliste pour le Winnipeg Free Press et le quotidien The Globe and Mail. Il se consacre présentement entièrement à l’écriture. C’est aussi un grand conférencier. Il vit avec sa famille à Hamilton (Ontario) et à Woody Point (Terre-Neuve).

Le Sans-papiers
Lawrence Hill
Roman
Titre original : The Illegal
Traduit de l’anglais par Carole Noël et Marianne Noël-Allen
Collection «Traduction»
Mise en page : André Leclerc
Illustration de la couverture : Adaptation d’une photographie originale de Ryan Hefferman/Aurora Phoots avec l’autorisation de HarperCollins Canada.
Éditions Pleine Lune : http://www.pleinelune.qc.ca
456 pages

Version papier : ISBN 9782890244627 – 29,95 $
Version PDF : ISBN 9782890244634 – 21,99 $
Version ePub : ISBN 9782890244641 – 21,99 $

© photo de l’auteur : Lisa Sakulensky
© photo : courtoisie

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