« Une mort accidentelle », une œuvre excellente pour démarrer l’année

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Une mort accidentelle (ma dernière enquête) © Suzane O’Neill
Une mort accidentelle (ma dernière enquête) © Suzane O’Neill

Une dispute banale dans un couple sans problème. Lui, Philippe Désormeaux, est un chanteur déjà connu. Elle, Lucie d’Amour, est une présentatrice de télé extrêmement populaire. Son père à lui, Pierre Désormeaux, est ancien ministre, député, candidat bien placé aux prochaines élections. Sa mère à elle, Lise Latreille, est gérante d’artiste, et s’occupe des brillantes carrières de sa fille et de son futur gendre. Le couple est fiancé et va bientôt se marier. Tout est déjà organisé pour la grande cérémonie. Même la robe est achetée. L’événement sera très médiatisé, excellent pour le futur de la carrière de tous.

Mais voilà que la dispute tourne mal. Il l’a poussée et elle est mal tombée. C’était un accident, mais qui risque de nuire à l’avenir de ceux qui sont encore vivants. « Les gens aiment tant voir ceux qui ont du succès se planter »… Il faut faire croire à la visite d’un rodeur dans la maison de campagne. C’est Jeff Dubois, un flic solitaire et un peu dépressif, amateur de Heavy metal qui va mener l’enquête, et c’est Mona Louvain, une journaliste névrosée et un peu alcoolique qui va la médiatiser…

Sur un ton proche de l’absurde de Ionesco, la pièce écrite par François Archambault démarre sur les chapeaux de roues. Le drame est immédiatement traité sur un ton très comique. Les huit acteurs sont excellents, parlent à toute vitesse, changent de ton sans qu’on sache trop comment. Leurs rôles tout comme la mise en scène passent très habilement du jeu à la narration, de la tragédie à la comédie, car le texte est très maîtrisé et permet tous ces revirements. Avec une relative économie de moyens pour un décor bien pensé qui n’a pas besoin de grande transformation, l’écriture de la pièce permet tous les changements de situation. On rit beaucoup mais on rit jaune. Car pour la plupart des protagonistes, c’est l’image qu’ils projettent sur le public qui fait œuvre de réalité.

Combien de like a reçu la page Facebook? Que disent les sondages sur la cote de popularité du candidat aux prochaines élections? Comment tirer parti de l’événement pour la sortie du prochain album du chanteur à succès? Ce sont ce genre de questions qui intéressent les protagonistes, auxquelles on peut ajouter quelques catastrophes comme l’absence de romarin dans la préparation de l’osso-buco ou le fait que la robe de mariée a déjà été achetée…

Une mort accidentelle (ma dernière enquête) © Suzane O’Neill
Une mort accidentelle (ma dernière enquête) © Suzane O’Neill

L’intrigue aurait pu conserver toute l’ambiguïté de son ton humoristique, absurde et presque loufoque jusqu’au bout. Ça n’a pas été l’option prise par l’auteur. Selon moi, la pièce aurait été encore meilleure mais elle est déjà excellente. François Archambault est un auteur brillant, exigeant vis-à-vis de ses acteurs qui réussissent vraiment une très belle performance.

Une mort accidentelle (ma dernière enquête) est une œuvre excellente pour démarrer l’année.

Une mort accidentelle (ma dernière enquête), du 17 janvier au 11 février 2017, à Théâtre La Licorne à Montréal

Production La Manufacture

Texte François Archambault

Mise en scène Maxime Denommée

Avec Annick Bergeron, Denis Bernard, Micheline Bernard, Pierre-Yves Cardinal, Stéphane Jacques, Marie-Pier Labrecque, Roger La Rue, Marie-Hélène Thibault

Assistance à la mise en scène Marie-Hélène Dufort Décor, costumes et accessoires Elen Ewing

Éclairages André Rioux Musique Éric Forget Direction artistique du spectacle Jean-Denis Leduc