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Slow Joe and the Ginger Accident, Let me be Gone, Album posthume. Jamais trop vieux pour être aimé!

12 février 2017 14 h 09 min 0 commentaire
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Auteur:

Carmen Dallaire

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Let me be Gone

Let me be Gone

L’improbable aventure de Joseph Manuel Da Rocha, dit Slow Joe, le chanteur perdu de Bombay, ne laisse personne indifférent. Ce crooner et rocker inné au passé de toxicomane a eu droit (à 64 ans) à une renaissance et à un étonnant succès grâce à la rencontre du guitariste Lyonnais Cédric de la Chapelle. Cette rencontre fut le début de la grande aventure Slow Joe & The Ginger Accident qui a marqué la critique et le public de France. Plus de 300 concerts et trois albums : Sunny Side Up (2011), Lost for Love (2014) et Let me be Gone, album posthume (Le 1er mai 2016, alors que se finalise le mix de son troisième album, Slow Joe est emporté par une rupture d’anévrisme foudroyante. Il a alors 73 ans. Il s’éteint chez lui, à Lyon, où il résidait depuis 2011.)

Let me be Gone, c’est de la poésie à l’état pure, une poésie sonore aussi bien que textuelle, un mélange de sonorités indiennes et de blues chanté par une voix grave et profonde surgie du fond des abîmes et de l’errance. Let me be Gone, c’est une voix et une âme qui reviennent de loin.

Let me be gone est sorti le 3 février 2017. Sentant son corps épuisé par une existence chaotique, le poète a chargé de toute son âme chacun de ses mots, pour les faire résonner au-delà des ténèbres qui s’approchaient. En dix chansons, Slow Joe se livre sans détour, un testament, l’ultime envol d’un artiste hors norme.

L’album s’ouvre sur Tambde Roza, un chant traditionnel en Konkani, la langue de Goa. Il parle d’une idylle impossible. Puis Swing Your Love laisse entrevoir sa philosophie qui fait de l’amour une aventure mystique, métaphysique. L’amour, encore, dans l’aérien Temple Mosque Church où Slow Joe, sur un ton de prière, le reconnaît comme son unique religion.

Avec My Sway, le poète se fait roublard et décrit une relation miroir entre deux personnes complices et contraires… On pense tout de suite à son amitié avec Cédric de la Chapelle, à leurs destinées croisées au-delà de toute convention. I Was a Stooge est une incantation à la gloire des marginaux, des égarés, des démunis, dont il se revendique avec force et fierté.

“So this is my song for all the losers
Those who have lost all they have loved
Suddenly they find no piece of mind
Just like me. We’re left behind
For I belong to all the above
All those who have lost in love”

Candy Sparkles invente une mélopée blues aux sonorités indiennes dans laquelle Slow Joe se dit avoir été gâté par tous ces petits moments de grâce qui égaient une existence, même précaire. Grandes influences indiennes encore dans Black Moon avec son groove conquérant et sa vision d’un monde proche de l’apocalypse.

GodDamn The Pusherman laisse s’échapper la colère de Slow Joe, qui supplie Dieu de maudire les dealers d’héroïne. Il est allé à leur rencontre pour apaiser ses souffrances, mais en échange ils lui ont volé ses plus belles années et ont anéanti tous ses amis.

She Makes Love Like Crazy nous fait vivre son rêve le plus intime, une liaison à la fois tendre et passionnée, amour charnel, amour apothéose, amour symbiose. Le rêve de toute une vie, une vie sans concession, sans compromis, une vie de fierté, une vie épique, une vie de liberté.

L’album se referme sur Silent Waves où Slow Joe demande à la mort de le réduire au silence, doucement, au milieu de la nuit, à l’heure où les gens s’aiment. Le chant du cygne.

Histoire d’un karma:

J’ai pris de la drogue très jeune, disait Slow Joe. La première fois que j’ai fumé du haschich, j’avais 14 ans. Ça m’a tellement explosé la tête que je n’y ai plus touché pendant un an. Mais la deuxième fois, c’était un bon trip, et je suis devenu psychologiquement accro. Puis quelqu’un m’a fait essayer l’héroïne, la pire des drogues. Je vous le dis : si vous essayez l’héroïne, vous ne serez plus jamais la même personne. Quand on m’a envoyé dans un centre de désintoxication, je vivais dans la rue depuis douze ans. Avant de monter dans l’avion, j’ai pris ma dose de brown sugar. Au centre, pendant deux mois et demi, je me suis littéralement senti comme un poisson privé d’eau. Je ne pouvais pas marcher, on devait me porter, je ne pouvais même pas pisser tout seul. Mais tout finit bien : si je n’étais pas passé par tout ça, je n’aurais jamais rencontré Ginger et je ne serais pas là en train de vous parler.”

“D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours chanté. Petit, j’avais un Gramophone avec des 78t américains et j’écoutais la radio. Je chantais Frank Sinatra, Dean Martin, Hank Williams, Gene Autry… Plus tard, on m’a proposé un contrat pour chanter tous les soirs dans un night-club à Bombay. Mais j’ai dit non : je ne chantais que le dimanche, et jamais pour de l’argent.”

Cédric de la Chapelle raconte“J’aimais le gars, je me sentais bien avec lui. Et il avait cet instinct de chanteur que je n’avais jamais entendu avant. Dès que j’ai entendu sa voix, j’ai aussi entendu de la musique derrière, j’ai su que je reviendrais l’enregistrer.”

De retour à Lyon, il crée avec ses potes des morceaux autour des enregistrements  a capella du chanteur. “Pendant un an, il ne savait pas ce que je faisais avec sa voix. Je lui envoyais des MP3, mais il n’a jamais su s’en servir. ”

L’histoire aurait pu s’arrêter là mais le karma s’en mêle à nouveau et les maquettes arrivent en 2009 aux oreilles de Jean-Louis Brossard, directeur des Transmusicales de Rennes, et défricheur de talent hors pair. Il n’a pas une seconde d’hésitation : il veut Slow Joe à l’affiche de son festival.

Cédric de la Chapelle retourne à Goa, retrouve Slow Joe, qui accepte l’invitation. Après des mois de discussions avec l’administration indienne pour redonner une identité officielle à celui qui vivait depuis des décennies sans le moindre papier, ils mettent tous deux le cap vers Rennes.

À son arrivée, Slow Joe découvre The Ginger Accident : Cédric lui a taillé un quatuor sur mesure pour l’accompagner sur scène. Devant des milliers de personnes, la magie opère. Le clochard céleste se révèle être un rockeur insoumis.

C’est le début de la grande aventure Slow Joe & The Ginger Accident, marquée par plus de 300 concerts, deux albums : Sunny Side Up (2011), Lost for Love (2014)  et l’album posthume: Let me be Gone (2017).

Non, jamais trop vieux pour être aimé!

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