“Folk-s / Will you still love me tomorrow?” Alessandro Sciarroni à l’Usine C à Montréal

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Folk-s © Andrea Macchia
Folk-s © Andrea Macchia

Probablement très ancienne, le schuhplattler, qui signifie « battre la semelle », est une danse traditionnelle bien connue de la Bavière et du Tyrol. Particulièrement éprouvante physiquement, ce sont les hommes qui s’adonnent généralement à cette danse au cours de laquelle ils claquent des mains et des pieds, sautillent, frappent leur cuisse ou leur pied qu’ils projettent en arrière ou en avant, retombent en une fente au sol comme à l’escrime, ajoutent certaines figures acrobatiques, et recommencent selon un rythme saccadé et uniforme. Quelques minutes à ce régime et l’on se sent épuisé juste à observer les danseurs qui s’agitent…

C’est à une sorte de jeu étrange que nous convie l’artiste italien Alessandro Sciarroni, tête de file de la danse contemporaine, dans ce spectacle à l’Usine C qui met en scène six danseurs (cinq hommes et une femme) pour une séance de schuhplattler qui semble devoir se poursuivre jusqu’à épuisement des danseurs… et aussi des spectateurs.

Quand ceux-ci pénètrent dans la salle pour s’installer à leurs places, les danseurs sont déjà là dans une semi obscurité à pratiquer leur échauffement qui n’est déjà pas sans effort. Puis, quand le spectacle est sur le point de vraiment commencer, un danseur nous prévient : ils danseront jusqu’à qu’il ne reste plus qu’un seul danseur sur la scène, ou plus qu’un seul spectateur dans la salle…

Il s’agit donc bien d’expérimenter le concept d’épuisement dans ce spectacle particulier de danse; d’épuisement et de répétition : car la danse reproduit les mêmes gestes selon une séquence complexe et longue de quelques minutes, pour se répéter indéfiniment. Mais à la répétition s’ajoutent toutefois de nombreuses variations : variations de lumières qui éclairent et font voir les danseurs selon différents angles, certains parfois très réussis d’un point de vue esthétique; variations de musique qui peut s’ajouter par moments à celle produite par les claquements et autres gifles des danseurs eux-mêmes; variations enfin des mouvements des uns par rapport aux autres car les danseurs ne demeurent pas en cercle mais occupent tout l’espace scénique en ajoutant à la base dansée du schuhplattler des déplacements savamment orchestrés.

Folk-s © Andrea Macchia
Folk-s © Andrea Macchia

Et au fil du spectacle, les danseurs en effet, l’un après l’autre, se retirent du groupe, sans doute par épuisement. Ce qui est intéressant c’est que ce retrait n’apparaît pas forcément comme une libération car la répétition des gestes semble avoir aussi un aspect addictif, comme si c’était ce côté répétitif qui poussait les danseurs à poursuivre en anesthésiant pour une grande part la douleur physique indéniable qu’ils éprouvent.

Alessandro Sciarroni fut sélectionné en 2013, pour être le premier artiste italien soutenu par “Modul-Dance”, un projet de coopération entre 19 centres de danses européens, et il a été récompensé par le prix du meilleur espoir par le magazine italien Danza&Danza.

Pour trois soirs seulement, Folk-s / Will you still love me tomorrow?, est l’occasion d’éprouver son travail à Montréal

Folk-s / Will you still love me tomorrow?, du 21 a 23 février 2017 à l’Usine C à Montréal

Informations: http://usine-c.com/folk-s

Création et chorégraphie Alessandro Sciarroni

Interprêtes Marco D’Agostin, Pablo Esbert Lilienfeld, Francesca Foscarini, Matteo Ramponi, Alessandro Sciarono, Francesco Vecchi

Musique originale Pablo Esbert Lilienfeld

Une production de MARCHE TEATRO Teatro di Rilevante interesse Culturale — Progetto