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Comme les nuages, de Louise Gaudette, renouer avec la vie après la perte d’un enfant

13 mars 2017 14 h 49 min 0 commentaire
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Auteur:

Christiane Dubreuil

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Louise Gaudette Comme les nuages © : courtoisie

Louise Gaudette Comme les nuages © : courtoisie

Longtemps, Élisabeth a choisi, comme beaucoup de jeunes de sa génération, hommes ou femmes, de vivre libre : Pour eux vivre libre se conjugue avec aventures amoureuses dans le souci de ne pas s’attacher tout comme ne pas avoir d’enfants. À moins qu’il ne s’agisse aussi d’une exigence de la perfection d’une vie socialement aboutie préalable à se lancer dans l’aventure d’une vie à deux et de parent perçue peut-être comme le risque d’un renoncement ou tout simplement d’un échec à venir. « …N’avais-je pas longtemps affirmé que je ne voulais pas avoir d’enfant et tout fait pour ne pas en avoir? N’ai-je pas scandé sur tous les tons et à qui voulait m’écouter que le rôle de mère était trop ingrat et lourd et grand et injuste? Que je ne me sentais pas la fibre maternelle? » Pourtant, à l’approche de la quarantaine, comme cela arrive parfois, les paramètres de vie d’Élisabeth se transforment : « …J’ai été franche sur mon changement de cap à trente-cinq ans, qui ne se serait jamais produit sans l’emballement de mon horloge biologique…Et j’ai bien vite compris qu’à trop attendre les conditions parfaites (un amoureux stable, un emploi stable, un lieu de vie stable) on risque de se retrouver l’utérus à sec…Qu’y avait-il de mal à cela, dis-moi? Une femme n’a-t-elle pas le droit de changer d’avis et de mûrir? Quand j’ai su que j’étais enceinte, j’ai tout de suite pensé : Ah! Quelle chance! Quel bonheur! Je vais TOUT FAIRE cette fois pour que mon bébé soit heureux et bien, et en sécurité avec moi… »
Pour atteindre ce désir d’enfant Élisabeth a, un temps, envisagé, jusqu’à s’y lancer, dans le processus lourd et difficile de l’adoption. Mais l’enfant tant espéré lui est repris au dernier moment. La rencontre avec Saul rend possible, certain, la concrétisation de l’espoir : « …Et puis j’ai rencontré Saul, ton père, et tout a changé… ». Jusqu’à ce que la mort de l’enfant à naître bouleverse tout. Le couple, le projet de vie parental dans lequel déjà on se projetait si entièrement, totalement : «… J’étais prête Sofia, j’y croyais. J’avais hâte à toutes nos premières fois…Et ta vie liée à la nôtre qui allait suivre son cours. Tout était là bien réel et concret, dans mon esprit puisque tu avais pris corps en moi et que tu nous avais choisis du moins j’aimais à le croire… ».

Le deuil pour Élisabeth est impossible à faire. Remord, culpabilisation, douleur de la perte, Élisabeth ne peut se détacher de cet enfant qui n’a pas vécu et ses gestes, sa vie s’organisent autour d’une mort que l’on voudrait effacer: La chambre d’enfant qui reste intacte et dont on déplace tous les jours les objets comme pour lui donner vie; les dialogues que l’on tient avec l’enfant disparue, voire les lettres qu’on lui écrit, l’isolement dans lequel on s’enferme et dans lequel Saul n’a plus sa place ni aucun proche, le refus de demander de l’aide parce que l’on va s’en sortir seule…Peu à peu pourtant, en autant de lieux qui sont des étapes sur le chemin du deuil, Saul comme Élisabeth vont parcourir séparément le chemin après le long temps, chacun à sa façon du déni. Élisabeth parce qu’elle n’imagine pas tourner la page pour vivre sans Sofia, Saul parce qu’il pense qu’il n’y a pas de page à tourner juste à continuer comme si le drame n’avait pas bouleversé sa vie. Si l’un parle trop de l’enfant disparu l’autre s’enferme dans un mutisme aussi ravageur, chacun reprochant à l’autre son attitude. Pour Saul le parcours s’effectue lors d’une tournée de son groupe de musique en Europe. Un cheminement en solitaire malgré un entourage omniprésent mais peu ou pas concerné. Pour Élisabeth ce sont des rencontres, le Taï-chi, une pratique d’art martial qui est aussi une concentration philosophique, l’amitié de Sandrine qui, du bout du monde, la soutient et lui procure le livre tibétain support essentiel de son acceptation. Autant d’approches qui, réunies, vont lui permettre de comprendre que chacun de nous porte dans sa vie le deuil d’un autre et que cette communauté de douleur permet de surmonter le sien, les siens pour reprendre le cours de sa vie et peut-être renouer avec des possibles riches de ses nouvelles amitiés et d’un retour à la vie amoureuse avec Saul.

Comme les nuages est un très joli roman sur la perte mais aussi sur le temps qui passe et que pourtant on ne doit pas laisser filer sans aller au bout de soi, sans toujours chercher à vivre et à se relever au-delà des ruptures et des drames. Pour y parvenir le livre nous ouvre la porte pour comprendre que pour cela il faut accepter, contrairement à l’Élisabeth, jeune post-trentenaire, du début du roman, que vivre ce n’est pas se réfugier dans une liberté artificielle et lisse de toute attache qui pourrait vous faire souffrir. Les drames, les douleurs eux aussi construisent notre vie et nous font appartenir à l’humanité comme les rencontres avec d’autres êtres et leurs drames personnels qui nous font nous-mêmes aussi avancer pour peu que l’on écoute et partage. Dans une langue naturelle et limpide Louise Gaudette nous invite à ce récit tendre, sensible au ton toujours juste et pudique. Une narration à plusieurs voix pour aller au fond des âmes et des parcours personnels : Celles de Saul, d’Élisabeth mais aussi de Sandrine, Clara et Théo qui chacun jouera un rôle dans la résilience d’Élisabeth. Un roman qui aussi célèbre cette terre, la côte Est de la Nouvelle-Angleterre actrice à part entière comme si souvent dans les œuvres qui disent le ressourcement et la découverte de soi par l’écoute et l’attention à l’autre

Louise Gaudette © Marc-Antoine Zouéki

Louise Gaudette © Marc-Antoine Zouéki

À propos de l’auteur
Louise Gaudette est née à Sherbrooke. Elle est traductrice et vit à Montréal. Elle a fait des études en traduction et en littérature. Elle est l’auteure du recueil de nouvelles Contre toute attente, paru à la Pleine Lune en 1999, que le critique Réginald Martel avait commenté en ces termes : « Voici réunies vingt nouvelles d’une écriture exemplaire, surtout pour sa sobriété et son élégance. » Comme les nuages est son premier roman.

Comme les nuages
Louise Gaudette
Roman
Collection «Plume» dirigée par Marie-Madeleine Raoult
Mise en page : André Leclerc
Photo de la couverture : Cloé (sur le chemin des framboises) de la série voyage à domicile, St-Jacques de Leeds, Québec 1991. ©Bertrand Carrière, 2017 / courtoisie de la Galerie Simon Blais.
Éditions Pleine Lune : http://www.pleinelune.qc.ca
140 pages
Version papier : ISBN 978-2-89024-471- 9. 20,95 $
Version PDF : ISBN 978-2-89024-472-6 – 14,99 $
Version ePub : ISBN 978-2-89024-473-3 – 14,99 $
© photo de l’auteur : Marc-Antoine Zouéki
© photo : courtoisie

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