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Une splendide interprétation du Roi Arthur de Purcell par les Violons du Roy et la Chapelle de Québec sous la direction de Bernard Labadie.

17 mai 2017 19 h 07 min 0 commentaire
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Auteur:

Christiane Dubreuil

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© photo: Marc Giguere

© photo: Marc Giguere

Pour leur dernier concert montréalais de la saison les Violons du Roy et la Chapelle de Québec, sous la direction de leur chef fondateur Bernard Labadie, nous offraient, le samedi 23 mai à la Maison symphonique, le splendide Le Roi Arthur, du compositeur anglais Henry Purcell. Une catégorie d’œuvre particulière dans le répertoire puisqu’il s’agit, comme les qualifiera un demi siècle après leur disparition, le musicologue Charles Burney, d’un semi opéra. Alors que l’Europe du 17ème se prend d’engouement pour l’opéra italien, de l’autre côté de la Manche on résiste. Comme on l’écrit dans The Gentleman’s Journal en 1692 «  le génie anglais n’apprécie pas ce chant ininterrompu ». Le public anglais préfère toujours allier en un seul spectacle un peu hybride des pièces de théâtre et des divertissements d’inspiration aristocratique de musique et de danse (ou masques) souvent sans rapport direct avec l’intrigue elle-même et ses personnages et à thématique souvent mythologique et allégorique. Purcell a excellé dans ce genre notamment avec, outre Le Roi Arthur, Dioclesian et The Fairy Queen.

Le Roi Arthur comporte ainsi sept digressions musicales ou masques : Sacrifice, Bataille, (acte I), Esprits bons et mauvais, Divertissement pastoral (acte II), Scène du froid (acte III), Divertissement sylvestre (acte IV) et Vision de la Bretagne (acte V). Sa spécificité par rapport à d’autres semi-opéras est que Le Roi Arthur a été écrit par Purcell et Dryden, dès le départ, dans ce but et donc moins que dans d’autres œuvres de cette période les masques sont séparés de l’intrigue. Quatre y sont même véritablement intégrés, Sacrifice, Bataille, Esprits bons et mauvais et Scène du froid. Le récit même de ce semi-opéra est assez loin de l’histoire traditionnelle la plus véhiculée de ce roi légendaire. L’intrigue se concentre autour de la guerre contre le roi saxon Oswald tant pour le territoire que pour la conquête d’Emmeline l’amour d’Arthur. Dans la bataille Oswald dispose du soutien du magicien Osmond et de l’esprit malin terrestre Grimbald tandis qu’Arthur peut lui compter sur Merlin et Philidel esprit de l’air précédemment au service d’Oswald mais repenti. Mais ne cherchez pas Arthur lui-même dans la distribution des masques de cette œuvre que l’on ne joue plus que dans sa partie musicale. Il en est totalement absent.

Une fois encore avec Le Roi Arthur que les Violons du Roy n’avaient pas interprété depuis 1995, Bernard Labadie a démontré que sa réputation internationale d’excellence pour la musique baroque des XVII et XVIIIème notamment anglaise, n’est absolument pas usurpée et que ses deux formations sont au cœur de cette maîtrise. Notamment, il a su donner une véritable cohérence à ce concert et restituer l’œuvre dans sa plénitude. C’est pourtant toujours un défit pour des œuvres, comme Le Roi Arthur, dont des thèmes ou des morceaux ont été repris à de multiples reprises et dans d’autres contextes parfois très éloignés de la création originale. Il est ainsi souvent difficile de capter en continu un auditoire qui a tendance à attendre l’interprétation des morceaux les plus célèbres souhaitant souvent que toute l’emphase soit mise sur eux au détriment de l’œuvre dans son ensemble. L’interprétation des musiciens, choristes et solistes sous la direction de Bernard Labadie a su éviter ce risque réintégrant parfaitement ces pièces, notamment la Scène du froid à l’acte III et Comus « Old england » dans le masque Vision de la Bretagne à l’acte V, à l’ensemble de l’œuvre et de son cheminement. Le public pouvait ainsi pleinement (re)découvrir et apprécier une œuvre dans ce qui fait son unicité autant que son unité. Pareillement, l’orchestre a su parfaitement restituer ce semi-opéra dans cette dimension qui lui appartient tant d’être une œuvre nourrie de modes musicaux différents mais parfaitement intégrés les uns aux autres au service de la création finale. C’est ainsi que des thèmes de chansons traditionnels « populaires » côtoient sans rupture ceux de la musique savante de l’époque venue des opéras italiens et des comédies-ballets françaises et prisée du monde aristocratique. Les trois solistes, Daniel Moody (contre-ténor), Andrew Staples (ténor), Tyler Duncan (baryton) ont particulièrement brillé dans cet exercice difficile. La complexité d’interpréter plusieurs rôles dans un même concert a été surmontée magnifiquement par l’excellence tant de leur interprétation musicale que de leur présence sur scène. La soliste Anna Prohaska (soprano) maîtrisait parfaitement elle aussi son art malgré un problème de santé. Mais est-ce pour cela que sa présence sur scène était plus lointaine, plus détachée, que celle des solistes masculins? Saluons les deux choristes Josée Lalonde et Marie Magistry, qui l’ont remplacée pour certaines de ses interventions et lui permettre ainsi de se concentrer sur les plus importantes de l’œuvre notamment le rôle de Cupidon.

Une fois encore, le plaisir d’être là, sous la direction de leur chef, et de partager avec nous cette œuvre magnifique étaient évident pour tous les interprètes de ce concert. Lors de son retour, il y a un an, Bernard Labadie, encore affaibli, avait dirigé le Requiem de Mozart assis et sans baguette. Il déclarait alors qu’il avait trouvé là une autre expérience de direction et qu’il n’était pas sûr d’y renoncer pour le contact plus riche, intense que cela procure avec les musiciens, comme s’il prenait l’œuvre dans ses bras pour la transmettre et emmener avec lui l’orchestre. C’est encore cette même sensation que nous avons connu lors de ce Le Roi Arthur qu’il a pareillement dirigé assis et sans baguette. Souhaitons qu’il maintienne cette vision et pratique de son art pour l’humanité et l’intensité que cela lui donne.

Bernard Labadie dit à propos du Roi Arthur : «Pour moi, c’est une expérience absolument extraordinaire, c’est une musique d’une beauté qui, après 30 ans de carrière, me chavire complètement, parce que Purcell a une façon de faire les choses qui n’appartient qu’à lui. ». Merci à ce chef d’orchestre exceptionnel et aux 60 artistes qui ce soir-là l’accompagnaient de nous avoir fait partager sa passion avec autant de finesse et de maestria.

Le Roi Arthur (King Arthur, Z. 628)
Semi-opéra d’Henri Purcell.
Direction : Bernard Labadie
Anna Prohaska (soprano)
Daniel Moody (contre-ténor)
Andrew Staples (ténor)
Tyler Duncan (baryton)
Sheila Dietrich, (Soprano)
Marie Magistry,
Josée Lalonde (contralto)
Robert Huard. (baryton-basse)
Marie Magistry (soprano)
La Chapelle de Québec
Les Violons du Roy,
Maison symphonique de Montréal,

Samedi 13 mai.
© photo: Marc Giguere
© photo Bernard Labadie : François Rivard

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