Entrevues avec les artisans du film Les Rois Mongols de Luc Picard, présenté lors de la soirée d’ouverture officielle du FCVQ.

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Entrevue pour les Rois Mongols
Entrevue pour les Rois Mongols

Le 13 septembre dernier, au Palais Montcalm de Québec, le film Les Rois Mongols a ouvert le Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ)  en première mondiale. Pour l’occasion, le réalisateur Luc Picard, les comédiens Milya Corbeil- Gauvreau, Henri Picard, Anthony Bouchard et Alexis Guay, ainsi que les producteurs Luc Châtelain et Stéphanie Pages étaient sur place pour parler du film et sur le tapis rouge pour la soirée d’ouverture.

Je les ai rencontrés pour leur poser quelques questions. Mon appréciation du film sera disponible sur ce site, le 22 septembre prochain, lors de la sortie du film en salle, partout au Québec.

Synopsis :
Montréal, octobre 1970. La famille de Manon, 12 ans, est sur le point d’éclater : elle et son petit frère Mimi seront placés en famille d’accueil. Manon est révoltée. Inspirée par l’actualité politique, elle élabore un plan et prend en otage une vieille femme pour revendiquer le droit de choisir son avenir. Aidée de ses cousins Martin et Denis, elle quitte la ville avec Mimi et la vieille dame, déterminée à trouver un refuge où ils seraient enfin tous libres et heureux.

Réalisateur Luc Picard

Luc et Henri Picard
Luc et Henri Picard

Pourquoi ce film? Comment est venue l’idée de ce quatrième long métrage pour vous?  « Je me fais offrir assez régulièrement des projets de réalisation. Je ne les prends pas tous, car j’ai aussi ma carrière d’acteur. En 2013, Écho média m’a approché avec ce scénario de Nicole Bélanger. Mais j’ai ensuite lu le roman également Salut mon roi mongol, de Nicole Bélanger. Et j’ai vraiment aimé ce roman. C’est vraiment dans mes thèmes, comme ceux que j’avais dans le film L’audition. Comment on fait pour rester honnête, soi-même en vieillissant? Et la pureté des enfants, comment on fait pour la garder en vieillissant? Donc, j’ai décidé d’embarquer, mais en retravaillant le scénario avec Nicole. »

Comment s’est déroulé le tournage avec ces quatre jeunes? Et est-ce que c’est de tourner à l’époque des années 70 qui fut votre grand défi dans ce film, ou de jouer avec majoritairement des enfants? « C’est assurément le manque de budget qui rend le tournage un si grand défi. Faire le plus qu’on peut avec le peu qu’on a.  Le tournage, a commencé le 1er novembre 2016 et s’est déroulé sur une période de 35 jours à Montréal et en Montérégie avec un budget de 4 millions de dollars. Il fallait des automobiles de l’époque. Et chaque char d’époque ça coûte 2000 $ par jour. Donc, c’est sûr que je dois mettre une croix sur l’idée de montrer des plans larges de Montréal des années 70.  Ce qui nous sauvait c’est que la moitié du film se passe à la campagne. Et les arbres, ça ne change pas à travers les époques. Ils sont pareils maintenant que dans les années 70. Pour ce qui est des enfants, mon gros stress c’était de trouver le quatuor idéal, car ce sont eux qui font mon film. Ça m’a donc pris deux mois pour les trouver. J’en ai vu au moins 170 jeunes. »

Vous cherchiez quoi chez ces jeunes ? « D’abord la capacité d’être juste là.  De pouvoir être simplement, sans essayer de faire autre chose.  Ensuite, je cherchais la chimie entre eux et les ressemblances. Quand on regarde Alexis et Henri, ils pourraient être deux frères.  Ensuite, une fois que je les ai eu choisis, trois ou quatre semaines avant le début du tournage, je les ai invités chez moi et on a fait des soupers, on a regardé des films. Et j’espérais que la chimie pogne entre eux. Et j’ai été très chanceux, cela a marché dès les premières minutes. »

Pour la musique, vous avez choisi de mettre que du québécois, en français et de faire contraster la musique avec les événements qui surviennent. Comment avez-vous choisi cette musique? « Dans les 2 ou trois mois qui ont précédé le tournage, je me suis mis à écouter des chansons des années 69-70-71 en boucle, et j’en avais déjà choisi 2 avant de commencer à tourner.  Le reste est venu au courant de l’année et en montage, en essayant des chansons ici et là. Je voulais que ce soit des chansons québécoises parce que le sujet ici, pour moi, c’est tellement une métaphore du Québec. Pis on en a de bonnes chansons, alors pourquoi pas les utiliser? Et ça coûte pas mal moins cher que d’acheter des chansons américaines. Et je trouvais qu’en contrastant les images que l’on voit, les chansons venaient ponctuer le film. J’en ai 6 chansons comme ça.  »

Les archives de la télé, ce sont des vrais, est-ce que ce fut difficile à obtenir et intégrer? « Oui ce sont de vraies archives. Et surtout, je voulais trouver des archives qu’on avait peu vues. Il y a des archives qui existent qu’on a vues un peu partout dans des documentaires. Et je ne voulais pas ça. On a donc fait beaucoup de recherches pour trouver des bouts de films, peu connus. De plus, on a aussi trouvé des audios de Bernard Derome qui rapporte en direct la nouvelle sur la mort de Pierre Laporte. Je voulais essayer de créer l’impression que c’était les nouvelles qu’on regardait en direct à la télé. »

Milya Corbeil- Gauvreau est  Manon (12 ans)

Milya Corbeil- Gauvreau
Milya Corbeil- Gauvreau

Ceci n’est pas ton premier film, puisque tu as joué aussi dans Les démons et Nelly. Mais c’était ton premier grand rôle ici. Est-ce que tu sentais la pression d’avoir une bonne partie du film sur tes épaules? « C’est sûr que je la sentais la pression. Mais c’était tellement une belle expérience de tournage. Et j’en veux d’autres des rôles grandioses comme ça. Et même si j’avais de la pression, je me sentais capable de la prendre cette pression-là. » 

Comment est-ce que ça s’est passé pour les auditions, pour toi et les autres jeunes? « Luc a d’abord fait des auditions sauvages (de non-acteurs) pour commencer. Et c’est comme ça qu’il a trouvé Anthony Bouchard qui joue mon frère Mimi dans l’histoire. C’est son tout premier rôle. Il n’a jamais joué avant. Ensuite, Luc a contacté des agences pour avoir des jeunes, dont moi. Et j’ai passé 3 auditions pour obtenir le rôle. »

Comment trouves-tu les années 70 ? Est-ce une époque qui te plait? « Pour vrai, j’ai vraiment aimé ça. Les costumes étaient vraiment fous. Et ils ont fait une superbe job pour les décors. Donc, chaque jour on se plongeait dans l’époque en mettant nos costumes, même si certains manteaux n’étaient pas très chauds. On avait même des pads chauffants que l’on mettait sous notre manteau pour se réchauffer. Même si on n’a jamais vécu cette époque, c’était vraiment drôle de s’y retrouver. La seule chose que j’ai trouvé un peu difficile c’est de m’habituer à parler comme à cette époque, avec des moé, toé … car je ne parle pas comme ça dans la vie.»

As-tu des frères et sœurs? Comment as-tu vécu ça cette relation avec le jeune Mimi? « J’ai deux petites sœurs, mais elles ne sont pas du tout comme le jeune qui incarne Mimi. En fait, un petit frère ce n’est pas du tout pareil que deux petites sœurs. Mais Anthony est adorable, mais il a besoin d’être contrôlé. Alors sur le plateau, même en dehors de nos scènes, je jouais un peu le rôle de sa maman. Il y a aussi Felixe Ross, notre coach de jeu qui aidait aussi à le gérer. Mais il est très très bon à l’écran, c’est juste qu’il a 7 ans et donc, il faut s’en occuper pas mal. »

Henri Picard est Martin, cousin de Manon et Mimi (15 ans) 

Henri Picard
Henri Picard

Pour obtenir ce rôle, même si tu es le fils du réalisateur, tu as aussi passé des auditions n’est-ce pas? « Oui j’ai passé des auditions comme les autres, même si je ne suis pas dans une agence de casting. Quand j’ai su que mon père réalisait ce film, j’ai lu le scénario et j’ai trouvé ça bien intéressant. Alors, je lui ai demandé si je pouvais passer l’audition. Mais au départ, il ne voulait pas. Il me disait que je n’avais pas le look petit bum des années 70. Mais j’ai insisté pour passer l’audition comme les autres quand même, pour au moins me donner une expérience d’audition, pour l’avenir. Donc, j’y suis allée juste pour vivre ce qu’était une audition, sans jamais penser que je pourrais obtenir le rôle. Et pourtant, j’ai eu un call back et c’est comme ça que j’ai eu le rôle. »

Est-ce intimidant, stressant d’être dirigé par son père?  «Pour certaines choses, c’est plus stressant, pour d’autres choses ce l’est moins. Mais au final, Luc m’a dirigé comme les autres acteurs. Sur le plateau, je ne l’appelais pas papa, mais Luc. Et lui, il me traitait comme les autres, pas moins sévère ou plus sévère qu’avec les autres. C’est sûr que l’avantage c’était qu’il y a une certaine intimité et proximité qui fait que je pouvais être moins gêné que d’autres pour lui poser des questions sur certaines scènes par exemple. » 

Comment as-tu trouvé ça toi de jouer dans l’époque des années 70? « C’est agréable. Et au-delà des costumes et des décors, il y avait l’accent avec lequel on devait s’habituer, comment les gens parlaient. Donc, Luc nous a fait visionner plusieurs films des années 70, comme les ordres, et Octobre, pour qu’on pogne un peu l’accent de l’époque, avec les moé, toé, et  les anglicismes de l’époque, comme au lieu d’épicerie, on dit aller à la grocerie. Ce n’était pas si pire à faire, mais lorsqu’il a fallu aussi que j’essaie de rouler mes R, alors là, ça, j’ai jamais été capable de le faire, et j’ai dû laisser faire. Par contre, Sophie Cadieux qui joue la travailleuse sociale, elle a réussi à le faire durant tout le film. » 

Et la chimie avec les 3 autres jeunes s’est faite comment pour que ça ait l’air de la réelle amitié? « Avant le tournage, Luc nous a tous invités chez lui à souper une fois et ensuite une autre fois, on est tous allés pratiquer le tir, puis on est allé diner les 4 ensemble. Tout ça, dans le but de créer des liens, se rapprocher. Et ça s’est fait tout seul, on est devenus rapidement des amis pour vrai. »

On pourra voir Henri au petit écran dans la série Jenny, réalisée par Jean-Sébastien Lord.

Alexis Guay est Denis cousin de Manon et Mimi (9 ans) 

 Alexis Guay et Anthony Bouchard
Alexis Guay et Anthony Bouchard

Vous aviez l’air tannant toi et Anthony dans le film, à vous chamailler. « Je ne pense pas que c’était moi le tannant. C’est plutôt de contenir Anthony qui était difficile. »

Comment s’est passé le tournage pour toi? Tourné dans l’époque des années 70 ? «Disons j’ai pu vivre ce qu’ont vécu ma grand-mère et mon père, car eux, ils sont nés dans ces années-là. C’était drôle de voir mon père qui m’accompagnait sur le plateau, il me parlait des souvenirs que cette époque-là lui rappelait. Donc, je suis choyé. Mon père peut voir comment je vis mon enfance présentement, et moi j’ai pu voir sur le plateau, comment mon père a vécu son enfance. » 

Qu’est-ce que tu as trouvé de plus difficile à jouer? « En fait, mon personnage Denis, il est plus introverti, tandis que moi, dans la vie, je suis plutôt extraverti. Donc, je trouve que c’est ce qui a été le plus dur à jouer. Car je suis habitué de m’exprimer et donner mes opinions, tandis que là, il fallait que mon personnage reste dans son coin ou qu’il suive les autres. »

Luc Picard mentionne ceci : « Le rôle que joue Alexis est un peu ingrat. Il est moins en avant que les autres. Il a moins de choses à dire, même s’il est toujours là. Mais, vous allez voir, chaque fois que Denis (Alexis) parle, c’est pour dire quelque chose de pertinent ou quelque chose de drôle. Il punch pas mal le petit.»

Et Luc il te dirigeait comment? «Il était formidable. Il était un peu comme un père dans le tournage. Il savait comment nous rassurer avant une scène d’émotion. Et surtout, il nous disait. ‘Donne-moi pas ce que t’as pas’»

Pour la galerie de photos des entrevues, du tapis rouge et du FCVQ :

https://www.flickr.com/photos/48796411@N07/albums/72157688963211385

Sur le tapis rouge
Sur le tapis rouge

Sortie en salle : 22 septembre 2017

Réalisation: Luc Picard

Direction photo: François Dutil

Scénario, adapté du roman Salut mon roi mongol: Nicole Bélanger et Luc Picard

Musique : Viviane Audet

Montage : Carmen Mélanie Pépin

Photographie : François Dutil

Production: Luc Châtelain et Stéphanie Pages

Producteur délégué: Daniel Morin

Distribution: Milya Corbeil, Anthony Bouchard,  Gauvreau,  Henri Picard, Alexis Guay, Clare Clouter, Julie Ménard, Maude Laurendeau, Jean-François Boudreau, Martin Desgagné, Sophie Cadieux, Bobby BeshroNicola-Frank Vachon, Emmanuel Charest et Gary Boudreault.

Durée

101 min.

Les rois mongols est produit par Écho Média et distribué par Téléfiction, Distribution & Marketing.

Lien vers la bande-annonce : youtube.com/watch?v=0guqsv2wR_U

Lien vers le site Web : lesroismongols.com

Lien vers Facebook : facebook.com/lesroismongols/

Lien vers Instagram : instagram.com/lesroismongols/

Festival de cinéma de la ville de Québec

L’édition 2017 du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ) se déroulera du 13 au 23 septembre.

www.fcvq.ca

Crédit photos : Lise Breton