Entrevues avec les artisans du film Pieds Nus dans l’aube qui prend l’affiche dès le 27 octobre prochain

Roy Dupuis, Justin Leyrolles-Bouchard, Julien Leclerc , Francis Leclerc
Roy Dupuis, Justin Leyrolles-Bouchard, Julien Leclerc , Francis Leclerc

Après avoir été présenté en grande première mondiale au Palais Montcalm de Québec, le 20 septembre dernier, au FCVQ, le 4e film de Francis Leclerc, Pieds nus dans l’aube, une adaptation librement inspirée du roman du même nom écrit par son père Félix Leclerc, prend l’affiche dès le 27 octobre partout au Québec. J’ai rencontré Francis Leclerc, Roy Dupuis, ainsi que Justin Leyrolles-Bouchard et Julien Leclerc qui m’ont parlé du film.

Mon article sur mon appréciation du film est disponible via ce lient :

http://info-culture.biz/2017/10/27/pieds-nus-dans-laube-de-francis-leclerc/#.WfMh_tThDvY

Synopsis

Adaptation libre du roman de Félix Leclerc, Pieds nus dans l’aube relate toute la richesse de cette enfance typique de l’entre-deux-guerres à la Tuque, sa ville natale. Sans être fidèle au roman, l’adaptation cinématographique tisse des liens entre les personnages – forts et surprenants – avec des situations dramatiques ayant marqué profondément l’imaginaire de l’auteur. Réunis dans un seul et même film, des évènements inattendus viennent bouleverser la vie de village de cette famille habitant les rives du Saint-Maurice.

Francis Leclerc signe le scénario à quatre mains avec Fred Pellerin.

Francis Leclerc
Francis Leclerc

Francis Leclerc (coscénariste et réalisateur du film)

En lisant le livre d’abord, avant de voir le film, je me demandais comment cela pourrait se transposer à l’écran et je dois dire que vous avez très bien réussi. Comment avez-vous fait? « Je crois avoir été capable d’aller chercher les éléments clés du livre pour les intégrer au film. Il y a la traversée de la rivière, le bal des Anglais, la noyée…Et les scènes qui sont différentes, elles demeurent quand même dans l’esprit du livre. Par exemple, le cheval dans le bois, cela vient de moi. Il fallait un élément dramatique au milieu du film, une confrontation avec la mort. Alors, en cherchant, je me suis souvenu qu’étant jeune, à 13 ans,  j’ai tué un bœuf de cette même façon avec mon père, pour la boucherie. En fait, je tenais le bœuf et c’est lui qui a asséné le coup de masse. Voir un animal mourir ainsi, ça m’avait marqué. Donc, on a décidé de l’inclure dans le film. Ça ne vient donc pas du roman, mais ça s’inscrit dans l’apprentissage père-fils. »

Comment est venue la collaboration pour écrire le scénario avec Fred Pellerin?  « C’est venu de moi. Je connaissais un peu Fred et je l’ai appelé pour m’aider. J’avais écrit une version du scénario, sans les dialogues et je cherchais quelqu’un pour écrire les dialogues. Car pour moi, c’est très souffrant d’écrire des dialogues. Fred, c’est une facilité qu’il a. Je lui ai passé comme commande de ne pas écrire du Fred Pellerin, ni du Félix Leclerc. Je ne voulais pas que cela soit un peu vieillot comme dans le roman. Et Fred a cette âme poétique qui comprend très bien l’univers de Félix, alors je savais qu’il pourrait me créer mes dialogues. »

Comment avez-vous trouvé les deux jeunes pour incarner Félix et Fidor? Quels étaient les critères pour les choisir? « Dans ce long processus d’audition, ce que je cherchais c’est une énergie et un plaisir immédiat à travailler ensemble. Et c’est toujours ça que je recherche, peu importe que ce soit un enfant, ou un adulte. Donc, j’ai vu plein d’enfants qui étaient bons, mais étaient soient gênés, ou ne semblaient pas vraiment vouloir être dans ce projet. Tandis que Justin et Julien, ils n’étaient pas parfaits, mais ils voulaient y être et à les voir travailler ensemble en audition, il y a eu une chimie qui s’est opérée entre eux.  Et physiquement, je cherchais deux grands, de mêmes gabarits si possibles. J’ai voulu aussi respecter l’âge des personnages, 12-14 ans. Aussi, je voulais deux jeunes sans expérience, qui n’avaient pas déjà fait de la télé par exemple, et qui n’ont pas encore pris de mauvais plis, pour que je puisse les façonner moi-même. Ensuite, une fois trouvé, on a travaillé ensemble le texte et les intentions.  »

Les endroits du tournage sont magnifiques, la nature si belle. Comment avez-vous trouvé et choisi les lieux de tournage? « C’est beaucoup de travail en amont. Par exemple, c’est mon directeur photo qui a voulu aller dans le parc de la Jacques-Cartier. Il est un adepte du kayak là-bas. On y est monté à environ 35 km dans le bois, au plus haut, où il y a les trois montagnes en lignes. Étrangement, ces trois montagnes portent le nom adagio, allégro et andante, les noms des trois recueils que mon père a écrit après Pieds nus dans l’aube. Quelle coïncidence! Et ces montagnes, on les voit dans le film. On a donc tourné dans ce mont escarpé de 800 pieds»

Quels ont été vos défis dans ce film? « On dirait que je fais exprès de me rendre la tâche difficile, en tournant avec enfants, chevaux, chiens et même une chèvre. Mais le plus difficile, pour moi, ce fut de tourner avec des chiens. En fait, travailler avec des enfants j’adore ça. Car ils ne réfléchissent pas trop. Ils font les choses pour la première fois, alors ils m’écoutent et font ce que je dis. Les adultes ont souvent plus tendance à penser plus, et donc à être un peu moins naturel. Le plus long et pénible c’est d’avoir tout ça en même temps une journée. Enfant, chevaux, chien, et famille autour de la table par exemple. Pour ce qui est des chevaux, ils ont été extraordinaires. Et la fameuse scène avec le cheval qui tombe, on s’était préparé beaucoup. On avait préparé le sol, avec de la mousse,  et on l’avait fait tombé souvent à cet endroit. Et il aimait tomber à cet endroit. Et après la prise, il s’est amusé à se rouler dans cet espace qu’on lui avait préparé, comme si c’était un lit douillet. »

Et la musique? Le choix s’est fait comment pour la trame sonore? Quelle a été votre commande pour eux Luc Sicard et Martin Roy ? «Tout d’abord, je veux dire que la trame sonore sera bientôt disponible sur Itunes. Ensuite, Luc et Martin, je travaille depuis 3 ans avec eux sur marche à l’ombre. Comme on parle de nature, il fallait du bois et du vent, mais pas trop pour le vent. Il y a un peu de piano, mais surtout de la guitare. Et cette guitare, c’est celle de mon père. Je l’ai pris du musée et je l’ai laissé aux gars pendant 2 mois. Et je crois que cela les a nourris.  Donc, toutes les tracs de guitare qu’on entend dans le film, c’est la guitare de mon père. Et c’est la même chose pour la chanson du générique avec Martin Léon qui chante, c’est aussi avec la guitare de mon père. Et cette guitare a les cordes originales dessus, installées par mon père à la fin des années 70. Maintenant la guitare est retournée au musée. »

Et Martin Léon comment est venue sa collaboration pour la reprise de la chanson Tu te lèveras tôt de Félix Leclerc ? «C’est venu parce que Martin c’est mon ami depuis 20 ans. J’adore Martin et ce qu’il fait. Et comme je revisitais l’œuvre de mon père dans ce film, je voulais aussi revisiter sa chanson aussi. Donc, Martin a bien compris cette chanson, et comme c’est un grand interprète, il a fait tous les arrangements de la pièce. Et je voulais terminer, avec le générique, sur une note positive et courageuse sur le départ, alors il l’a retravaillé en conséquence. »

Roy Dupuis
Roy Dupuis

Roy Dupuis

Vous avez souvent le choix des rôles, des films à jouer. Pourquoi ce projet vous plaisait-il pour vouloir en faire partie? « C’est Francis. Je suis pas mal sûr que si cela n’avait pas été Francis le réalisateur, je ne l’aurais pas fait. Premièrement, il m’a donné le scénario le jour de ma fête, en me proposant le rôle de Léo (son grand-père), (Francis a aussi lui-même appelé son fils Léo). Donc, en partant, je comprenais que c’était une grande preuve de confiance de sa part. Et en plus, il m’a dit n’avoir jamais pensé à qui que ce soit d’autre pour le rôle de Léo. Donc, en partant, ceci m’a convaincu. Ensuite, j’ai lu l’histoire. C’est une histoire bien écrite. Et je savais que Francis en ferait quelque chose de bien particulier. J’ai beaucoup de respect pour le talent de Francis et de Steve Asselin, le directeur photo. Ce que j’aimais aussi, c’était de pouvoir voir à l’écran un modèle d’homme ou de père, sain, solide, et créatif, avec une passion. On voit trop souvent des hommes alcoolique, qui trompent leur femme, un peu mou, etc. ça fait du bien de voir un beau modèle d’homme, sans pour autant être plate.   »

Vous avez joué entre autres avec le jeune Justin (dans la peau de Félix), qui en était à sa première expérience de jeu. Est-ce que vous l’avez guidé un peu, ou si vous avez surtout laissé ça à Francis, pour la direction du jeu? « Francis a fait pas mal le gros de la job. Il aime beaucoup travailler avec les enfants, avant qu’on commence à tourner. On a fait aussi quelques ateliers avec Francis, les enfants, moi et Catherine Sénart. Ensuite, lors du tournage, c’est la job de Francis de diriger. Par contre, quand je vois où Francis veut aller, je peux aider à l’occasion. J’ai un peu d’expérience, alors si j’ai une bonne idée, je m’en mêle. Sinon, j’aide pour le côté technique. Par exemple, Justin avait tendance à décrocher quand la caméra n’était pas sur lui. Donc, je lui ai expliqué que pour faire un bon film, il faut rester en personnage même lorsqu’on n’est pas dans la mire de la caméra et qu’on ne fait que donner la réplique à l’autre. Apprendre la rigueur du métier. Savoir conserver son énergie, car les journées sont longues. Si tu dépenses trop d’énergies entre les prises, à la fin de la journée, si tu as une scène d’émotion à jouer, comme ça prend de l’énergie, si tu n’en as plus, alors tu ne feras pas une bonne job. »

Quelles ont été les réactions des gens à date, parmi ceux qui ont vu le film? « Les gens ont été très touchés. Et ce, à tous les âges, même les jeunes. Oui, c’est un film d’époque, mais en même  temps, c’est du cinéma très moderne, au niveau de la photo, de l’écriture, du montage, de la musique. C’est vraiment une histoire d’époque, mais racontée à la 2017, avec toute la connaissance du cinéma que l’on a aujourd’hui. »

Il y a une scène dont tout le monde parle, celle avec le cheval parlez-moi en un peu? « C’est un seul plan séquence cette scène. C’est du vraiment cinéma. Il n’y a aucun trucage et pour moi, c’est un petit bijou. Et c’est une scène qu’on ne fait pas des dizaines de fois. Une fois, en fait il parait qu’on en a fait deux, mais dans ma tête, il me semblait qu’on l’avait fait juste une fois. Malgré tout, ce genre de scène normalement, pour que ça marche, pour que ce soit crédible, tu dois la découper. Tu dois tourner plusieurs plans et faire du montage. Mais là, le cheval est tellement bien tombé, mon geste était bon, et Guy, qui contrôlait le cheval a été impeccable. Ça marchait tout simplement! » 

Julien Leclerc et Justin Leyrolles-Bouchard
Julien Leclerc et Justin Leyrolles-Bouchard

Justin Leyrolles-Bouchard (Félix)

Première expérience de cinéma. Raconte-moi un peu comment c’était pour toi ?  « C’est impressionnant! Et d’être le rôle principal sur un aussi gros projet, c’est vraiment spécial pour moi.»

Et jouer avec Roy Dupuis c’est intimidant ou au contraire, vous le regardez travailler pour vous inspirer ou encore il vous donne des conseils? « Roy m’a beaucoup aidé dans les scènes émotives. Il me donnait des conseils. Je suis privilégié d’avoir appris des meilleurs dans ce projet. Ces grands acteurs dégagent une énergie particulière qui nous incite à pousser plus loin notre jeu et nous donner à fond.»

Et il est comment Francis comme réalisateur? «Il nous aidait à ne pas être stressés, à nous calmer avant le tournage des scènes. » 

Francis a dit vous avoir choisi, car il a vu une belle chimie entre vous deux, dès votre première audition. « Au début, il y a eu 800 vidéos de jeunes garçons qui ont auditionné. Ensuite, on a été 20 jeunes à être appelés à l’audition, et à ce moment, Julien et moi, on ne s’est pas vu. Et c’est lorsqu’on est revenu au callback pour les 8 gars, que là, Julien et moi on s’est vu et qu’on a tout de suite fraternisé et qu’on a eu cette belle chimie que Francis a voulu avoir sur son film. Et c’est sûr que maintenant on est des amis aussi dans la vie. »

Est-ce qu’il y a eu des scènes difficiles à jouer? « Pour moi, c’était les scènes d’émotions, surtout dans les cinq premiers jours de tournage, c’était difficile, parce que c’était mes premières expériences et j’apprenais à le faire. Mais par la suite, j’ai trouvé ça plus le fun que difficile. »

Tourné dans une autre époque, tu trouves ça comment? « Je trouve que ça aide à l’interprétation du personnage que d’avoir à mettre des costumes d’époque. On plonge encore plus dans le rôle dans ce temps-là. C’est une immersion complète dans l’univers de 1927.» 

Julien Leclerc et Justin Leyrolles-Bouchard
Julien Leclerc et Justin Leyrolles-Bouchard

Julien Leclerc (Fidor)

Premier rôle d’importance au cinéma. Raconte-moi un peu comment c’était pour toi ? «Je ne pensais vraiment pas qu’il pouvait y avoir autant de monde sur un plateau de tournage, en arrière de la caméra. C’est vraiment impressionnant. Ensuite, j’ai vraiment trouvé ça le fun, on riait beaucoup avec Francis et toute l’équipe. » 

Et jouer avec Roy Dupuis et d’autres acteurs chevronnés c’était comment ? « Pour moi, je n’ai pas eu beaucoup de scènes à jouer avec Roy ou encore Guy (Thauvette), mais c’était toujours agréable de tourner avec eux. Pour les voir jouer, mais aussi pour rigoler avec eux.» 

Et il est comment Francis comme réalisateur? « Il est drôle, gentil avec nous. Il est plus devenu un ami qu’un collègue de travail pour nous. »

Est-ce qu’il y a eu des scènes difficiles à jouer? « Pour moi, c’était mon premier jour de tournage. On faisait la scène où le personnage de Roy Dupuis me crie après pour le vol que je viens de faire dans le magasin. C’était assez difficile pour moi cette scène, surtout parce que c’était ma première scène et que mon personnage n’a pas bien agi. Je ne me sentais pas bien disons. »

Pieds nus dans l’aube fera partie aussi de la programmation du Festival du cinéma international de l’Abitibi-Témiscamingue (FCIAT), pour sa36e édition qui aura lieu du 28 octobre au 2 novembre prochain.

Sortie cinéma du film Pieds nus dans l’aube 27 octobre 2017

Galerie de photos pour les entrevues :

https://www.flickr.com/photos/133521308@N05/albums/72157661648769888

Origine

Canada

Un film de : Francis Leclerc

Scénario adapté du roman de Félix Leclerc et dialogues : Francis Leclerc et Fred Pellerin

Producteur : Antonello Cozzolino (Attraction Images)

Conseillère à la scénarisation : Johanne Larue

Producteurs exécutifs: Marleen Beaulieu, Louise Lantagne et Richard Speer

Productrice Déléguée : Marie-Claude Beaulieu

Direction photo : Steve Asselin

Direction artistique : Marie-Claude Gosselin

Direction des costumes Josée Castonguay

Montage Isabelle Malenfant

Musique Originale : Luc Sicard et Martin Roy

Son : Stéphane Houle, Olivier Calvert, Luc Boudrias

Distribution des rôles : Brigitte Viau et Isabelle Thez Axelrad

 

Distribution

Justin Leyrolles-Bouchard : Félix Leclerc

Roy Dupuis : Léo Leclerc

Julien Leclerc :  Fidor Languelot

Claude  Legault : Bérubé

Marianne Fortier : Garde Lemieux

Robert Lepage : Oncle Rodolphe

Catherine Sénart :  Fabiola

Mickael Gouin : Gaspar le coiffeur

Eric Robidoux : Napoléon

Guy Thauvette : Oncle Richard

Tristan Goyette Plante : Jean-Marie Leclerc

Mathieu Lepage : Monsieur Gravel

 

Crédit photos : Réjeanne Bouchard