Entrevue avec les artisans du film Nous sommes les autres qui prend l’affiche dès le 10 novembre.

Entrevue film Nous sommes les autres
Entrevue film Nous sommes les autres

Après avoir été présenté en grande première le mardi 7 novembre au Festival de films CINÉMANIA, le film Nous sommes les autres de Jean-François Asselin prend l’affiche au cinéma dès le 10 novembre. Mon appréciation du film est disponible via ce lien :

http://info-culture.biz/2017/11/10/nous-sommes-les-autres-de-jean-francois-asselin-coup-de-coeur/#.WgWE09ThDvY

Voici mes entrevues avec le réalisateur Jean-François Asselin ainsi qu’avec les acteurs Émile Proulx-Cloutier, Pascale Bussières et Jean-Michel Anctil.

Jean-François Asselin (coscénariste et réalisateur)

Jean-François Asselin
Jean-François Asselin

J’ai vu Plan B, François en Série, et maintenant ce film, dans lesquels vous créez des univers fascinants, surréalistes qu’on aime croire. D’où vous viennent ces univers? D’où est venue l’idée de ce film, très original et intrigant? «Une des raisons qui fait que ce fut long avant je fasse du cinéma, c’est que ce que je proposais, était bien différent de ce qui se fait au Québec. J’ai souvent l’idée de traiter de manière onirique la réalité. Sur François en Série, c’était un homme qui voyait les diverses facettes de sa personnalité. Plan B, c’était un homme qui pouvait revenir dans le passé, et dans ce film, c’est un homme qui va se transformer en quelqu’un d’autre. Donc, j’aime cette façon d’utiliser un élément surréaliste pour illustrer de façon allégorique un état ou un questionnement humain. Et à chaque fois, il faut que cela puisse nous questionner comme humain, même si l’élément fantaisiste n’existe pas. Par exemple, dans Plan B, personne ne peut revenir dans le passé, mais plusieurs personnes se demandent ce qu’ils feraient s’ils pouvaient revenir à un moment de leur vie. Dans Nous sommes les autres, ce que j’espère, c’est que les gens se questionnent aussi : Jusqu’où je vais pour plaire aux autres? Jusqu’où je me transforme, je me travestis pour appartenir à un groupe? Pour être en amour avec quelqu’un? »

Vous avez travaillé avec JACQUES DROLET sur François en Série, Plan B et ce film pour la scénarisation. Qu’est-ce qui fonctionne si bien entre vous deux?  «On a les deux une fascination pour la psychologie humaine. Donc, il y a 8 ans, quand on a cherché un sujet qu’on aurait en commun pour écrire un film, on est arrivé à ce sujet. On trouvait tous les deux qu’on avait perdu beaucoup de temps dans nos vies à se transformer pour plaire aux autres. Et qu’on accordait beaucoup trop d’importance à ce que les gens allaient penser. On a voulu faire un film sur cela. Étrangement, le film aussi a eu son lot de transformation pour plaire aux gens, dans les diverses versions du scénario, ce qui a augmenté le temps pour faire le film. Ce film, il faut le dire, il est un peu inclassable. Ce n’est pas un drame psychologique, ni un thriller, ni un drame fantastique. On a fini par lui donner le genre de fable contemporaine pour régler la question. Ainsi, on n’est pas dans la réalité, avec les allégories et la fantaisie. Mais le questionnement, on espère qu’il sera réel chez les gens. »

J’adore les éléments visuels que vous avez ajoutés (le corps sans tête, la maison qui se transforme, l’architecture qui se crée dans les airs). Vous avez pensé à ça comment?  «Quand on a décidé de fixer notre film dans le domaine de l’architecture, il était essentiel que les gens comprennent quand on parle architecture. Et ce qui est bien au cinéma, c’est que c’est toujours plus intéressant de montrer des choses que d’en parler. Donc, lorsque Frédéric parle à sa blonde de son rêve de transformer la maison, on le voit et donc ça devient magique de le voir, plutôt que de se l’imaginer.»

J’ai adoré ce film, mais malheureusement, il y a certaines choses que je n’ai pas comprises à la fin. Sans vouloir dévoiler des punchs, j’aimerais savoir pourquoi ça se termine sur une note floue, avec possiblement deux choix de fin ? « Dès le départ, on se disait que si on faisait un film sur le regard des autres, on s’est dit que le regard du spectateur devait être impliqué. Ainsi, dans le film, on se rend compte assez vite en le regardant que c’est le parcours psychologique des personnages qui est le plus intéressant à suivre, plutôt que l’enquête sur la disparition. Et ainsi, à la fin on a voulu que cela appartienne au spectateur de faire son propre choix de fin. C’est donc pour cela qu’il y a deux fins possibles. Et c’est au spectateur de se positionner et c’est pour cela probablement que les gens vont sortir de la salle et que le film va les habiter pendant un certain temps. »

Comment s’est fait le choix des acteurs principaux? Pascale, Émile? Jean-Michel? «Tout le monde passe des auditions. Quand j’écris, j’essaie de ne pas penser à un acteur, pour vraiment créer un personnage qui ne soit pas influencé par rien d’autre que mon imaginaire. Ensuite, quand je fais des auditions, ce n’est pas pour vérifier leur talent, c’est pour voir dans quel corps dans quelle voix je vais voir le mieux mon personnage. Par exemple, Jean-Michel, c’est un humoriste, mais quand on voit le film, je ne pense pas qu’on voit Jean-Michel, mais plutôt un personnage. Pascale, je savais qu’elle avait un côté glamour et la façon de bien paraitre en société. J’ai voulu voir en audition si elle avait la névrose du personnage. Émile, je le connaissais bien, car il a joué dans plusieurs de mes œuvres. Je ne trouvais pas qu’il avait le physique de l’emploi. Je ne l’imaginais pas si grand, plus freluquet. Mais c’est son regard qui m’a convaincu. En deux regards, tu vois l’avidité, et le fait qu’il est prêt à aller loin pour ce qu’il veut.   »

Émile Proulx-Cloutier
Émile Proulx-Cloutier

Emile Proulx-Coutier (Frédéric)

C’est tout un rôle pour vous. Un personnage qui se transforme, pas juste au niveau du look. Parlez-moi de votre personnage. «C’est un gars qui a tellement pas confiance en lui, qui a tellement besoin de l’approbation des autres, de satisfaire leurs désirs, qu’il va être à l’affut de tous les indices possibles pour savoir Qui veux-tu que je sois? C’est sûr que c’est un gars qui a des désirs, des ambitions. Ce n’est pas un être vide. Mais il a l’impression que pour exister, il a besoin, de façon maladive de correspondre à l’image que les autres attendent de lui. Et c’est sûr que son parcours et sa transformation sont extrêmes. Mais on a tous, un jour, rêvé d’être quelqu’un d’autre, d’avoir le pouvoir, la stature, l’énergie de quelqu’un d’autre. C’est juste que mon personnage est un peu plus extrême. » 

Qu’est-ce qui vous plaisait au départ de jouer ce rôle? «Ce que j’aimais c’est qu’il y avait vraiment beaucoup de choses à jouer. Oui, la transformation était un défi assez vertigineux, mais on l’a pris une étape à la fois. Et moi, ça m’a permis d’exprimer une palette de jeu très large, autant dans la fragilité, la maladresse, puis peu à peu, mon personnage devient attachant, jusqu’à en devenir totalement inquiétant. J’aime ça jouer ainsi avec la perception du spectateur. »

Vous aviez travaillé avec Jean-François sur Plan B, et maintenant, pour son premier long métrage. Comment est-il comme réalisateur? «Il est un très bon constructeur d’histoires. Avec Jacques Drolet, il scénarise avec beaucoup de précision et de finesse. Et sur le plateau, il est un gars qui n’a pas peur de se dévoiler. Certaines des hantises et des angoisses du film, sont également les siennes et il ne s’en cache pas. Cette ouverture, cette honnêteté aident à créer une complicité avec nous les acteurs, donc avec moi aussi. Cela nous invite à investir notre fragilité, notre part d’ombres. Jean-François a aussi un très grand sens du récit.  Il fait énormément confiance au spectateur. Ce film a tout ce qu’il faut pour être grand public. Ce qu’on y voit, on peut tous s’y reconnaitre un peu dedans et en faire le parallèle avec notre propre vie. Donc, Jean-François c’est un gars qui a une grande affection et une haute estime pour le public et il veut que ce dernier embarque dans ses idées pour le faire sortir des sentiers battus. Jean-François fait du bon cinéma qui parle aux gens. » 

Quel a été vos autres défis, au-delà de la transformation? « Il fallait que je sois clair et crédible lorsque je parlais d’architecture, ce qui n’est pas vraiment mon domaine, je dois le dire. J’avais aussi un autre défi, lorsque je jouais avec mes partenaires féminins du film, Pascale Bussières et Gabrielle Fortier, c’était de rendre crédible ces deux relations troubles, très intimes, et avec des scènes parfois très dures à jouer. Ça prenait une grande confiance mutuelle pour jouer certaines scènes assez intimes, c’est certain. Il fallait que ce soit tolérable sur le plateau pour bien le jouer, mais que cela paraisse intolérable à l’écran. J’ai eu deux partenaires de jeu formidables.»

Vous avez d’autres projets? « Je sors mon deuxième album de musique la semaine prochaine (le 17 novembre). Ça s’appelle MAREE HAUTE. Ce sont 12 nouvelles chansons. Comme j’ai toujours voulu faire de la musique de film, il y a un côté assez cinématographique dans mes chansons. Je me dévoile un peu plus aussi sur cet album. On s’est permis plus d’envolées musicales aussi sur cet album avec le réalisateur Guido Del Fabbro. C’est plus éclaté. Et pour les 5000 premières copies vendues, il y a un album live du premier spectacle qui est inclus. »

Pascale Bussières
Pascale Bussières

Pascale Bussières (Myriam)

Quel personnage savoureux vous jouez! Parlez-moi de votre personnage. Comment l’avez-vous abordée?« Myriam est une femme qui peut paraitre comme machiavélique, et ne pas avoir beaucoup d’empathie pour les autres. Mais dans le fond, Myriam est plutôt une survivante qui a un mécanisme qu’elle met en marche pour sa survie. Elle tente de contrôler les hommes autour d’elle. Ainsi, il y a Alexandre qui est disparu, sans qu’on ne sache pourquoi. On sent que Myriam est blessée, humiliée et extrêmement fragile dans le fond, au bord de la destruction. Et par instinct de survie, elle va se ressaisir et tasser cette douleur pour faire place à une manipulation assez fine, mais redoutable, pour tenter de rétablir l’équilibre autour d’elle. »

Quel a été votre principal défi?«Le défi de ce personnage c’est de jouer justement cette douleur-là, qui casse parfois lorsqu’elle est avec des gens qui ne sont pas menaçants. Avec Frédéric ou Robert, elle se permet d’ouvrir la porte à son désarroi, sa tristesse. Car derrière sa façade, il y a un vide immense qu’elle ne peut pas supporter elle-même. Donc le défi c’était d’avoir en sous-couche cette douleur-là et par-dessus cette apparence de contrôle et de maitrise. »

Qu’est-ce qui vous plaisait dans ce film, hormis le rôle que vous jouez? «L’idée derrière ce scénario. C’est comme si le film explorait plusieurs aspects de la même question identitaire, Qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui nous appartient? Comment on devient tout à coup une part de l’autre, ce qu’il veut voir ? Et aussi le pouvoir de conviction, comment cela peut être fort, pour nous faire croire à ce qu’on veut voir? Et je pense que c’est un film qui peut faire écho chez pas mal tout le monde. C’est universel. C’est un film qui nous permet par la suite de réfléchir longuement, qui reste en nous plusieurs jours et peut même susciter des discussions intéressantes par la suite. »

Il était comment Jean-François comme réalisateur? «Il était très consciencieux. Il était extrêmement bien préparé pour son premier film. Lors du tournage, il a fait beaucoup de prise. Il sait ce qu’il cherche et il est très précis et patient. Et malgré tout ce que peut comporter comme défis de tourner un film, Jean-François n’était jamais dans le rush, ou dans la panique et donc, en apparence détendu. » 

Vous avez d’autres projets? «Je viens de terminer un film en anglais que j’ai tourné au Luxembourg, en Irlande et à Montréal. Ça s’appelle JUSTICE.NET. C’est un genre de thriller psychologique. Je joue une policière, l’équivalent de la RCMP. Je mène une investigation sur une prise d’otage par un jeune hacker qui veut dénoncer les dérapages des grandes multinationales en matière d’environnement. C’est un film très dénonciateur et très pertinent.»

Jean-Michel Anctil
Jean-Michel Anctil

Jean-Michel Anctil (Robert)

Qu’est-ce qui vous plaisait au départ de jouer dans ce film ? «D’abord, ce qui m’a attiré, c’est de pouvoir faire du cinéma. Ensuite, de pouvoir travailler avec Jean-François Asselin que j’ai connu sur les pêcheurs. Et finalement, j’aimais pouvoir jouer ce genre de personnage, qui est très différent de moi, je dirais. »

Un rôle dramatique que vous défendez très bien. Parlez-moi de votre personnage. « Robert est quelqu’un qui n’est pas très lumineux. Il est plutôt brun et très en retenu aussi. Mais plus ça avance dans le film, plus il devient lumineux, moins brun. Émile Proulx-Cloutier disait qu’on voit que les autres personnages sont en train de se noyer, dans un univers qui n’est pas le leur, tandis que Robert, c’est l’inverse. Au départ, il est en train de se noyer dans une vie où il n’est pas heureux, dans un métier qu’il fait pour faire plaisir à sa femme et son beau-père. Mais à la fin, c’est le seul qui sort la tête de l’eau et va vraiment aller vers quelque chose qui l’allume. »

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle?« Je me suis vraiment laissé diriger par Jean-François. Et lui va te dire qu’il n’avait pas beaucoup d’indications à me donner peut-être. Je me suis mis dans la peau d’un homme qui n’est pas heureux dans sa job qu’il fait pour subvenir aux besoins de sa famille. Et il veut plaire aux autres aussi. Il se transforme en fait pour plaire aux autres. Et c’est justement le sujet principal du film. Le jour où Robert cesse de vouloir exister pour le regard des autres, c’est là qu’il commence à vivre pour lui et à se sentir heureux. Je pense que beaucoup de gens vont se reconnaitre dans le personnage de Robert. Il est un gars simple, pris dans un métier qu’il n’aime pas. Et cela va rejoindre beaucoup de gens dans cette même situation, qui ne poursuivent pas leur passion et qui travaillent pour survivre simplement.»

Quel a été votre principal défi? «Pour moi, le défi principal se situait dans ma dernière scène du film. Sans vouloir vendre le punch du film, je dirais que cela a été une scène très difficile à jouer, car ce qu’on m’a demandé de faire, ce n’est pas mon métier et je n’avais pas les capacités de le faire. J’ai demandé à un professionnel son opinion et il a effectivement confirmé mes doutes que ce serait très difficile pour moi de le faire. J’ai donc fait de mon mieux. Je me suis pratiqué, mais j’ai averti Jean-François que ce ne serait pas formidable. Mais au final, le résultat est très convaincant. La manière dont Jean-François a choisi de présenter le tout, je crois que ça fonctionne. Et ce que j’ai accompli pour montrer mon savoir-faire, ça semble fonctionner.»

Hier c’était la première à Montréal. Quelles ont été les réactions? « Oui, on présentait le film dans le cadre de Cinémania. Il y avait plusieurs personnes de l’industrie, et des gens du public. Le film a été très bien reçu. Ce n’est pas le genre de film qu’on est habitué de voir au Québec. Mais si tu te questionnes sur ta vie ? tes choix de carrières ? tes passions ? Va voir ce film. »

Vous avez d’autres projets ? «Je poursuis la tournée de mon spectacle d’humour. Pour la suite, bien on verra. En espérant que ce film me permettra d’avoir accès à d’autres auditions pour pouvoir jouer encore. Car j’aimerais vraiment ça, continuer à jouer.»  

Pour voir la bande-annonce, visitez

http:/NousSommesLesAutres.com/

DISTRIBUTION

Frédéric Venne Émile Proulx-Cloutier

Myriam Lambert Pascale Bussières

Robert Laplante Jean-Michel Anctil

Danielle Laplante Valérie Blais

Jacques Morin James Hyndman

Geneviève Gabrielle Forcier

Carlos Ramirez Marcelo Arroyo

Réal Cousineau Alex Bisping

Martin Venne Benoit Finley

Jean-Claude Lespérance Michel Forget

Coline Amante Marie-France Lambert

Père de Frédéric Raymond Cloutier

Mère de Frédéric Marie-Ginette Guay

ÉQUIPE

Réalisateur et co-scénariste Jean-François Asselin

Coscénariste Jacques Drolet

Producteur Pierre Even

Productrice déléguée Nicole Hilaréguy

Productrice associée Jeannette Garcia

Directeur photo Mathieu Laverdière

1er Assistant réalisateur Brigitte Goulet

Concepteur artistique Jean-Marc Renaud

Monteur Simon Sauvé

Compositeur Mathieu Vanasse

Son Simon Sauvé, François Grenon, Pierre-Jules Audet,

Luc Boudrias

Costume Julie Bécotte

Maquillage Marlène Rouleau

Coiffure Anne-Marie Lanza

Distribution Isabelle Thez-Axelrad Brigitte Viau

Directeur de postproduction Érik Daniel

Photographe de plateau Sébastien Raymond

Distributeur Les Films Christal

Crédit photos : Shirley Noel

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