La comédie musicale «Les Misérables»: une oeuvre magistrale qui retrouve sa jeunesse

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La comédie musicale «Les Misérables»

La comédie musicale «Les Misérables» est une oeuvre magistrale et grandiose qui joue depuis plus de 30 ans. Présenté par Evenko et Broadway Across Canada, une nouvelle production s’arrête à la Place des Arts de Montréal du 7 au 11 février pour 8 représentations seulement. Les billets se faisant rares, je vous recommande de faire vite pour réserver, car cette nouvelle mouture est à voir absolument. Cette mise en scène moderne et la scénographie ajoutent au spectacle un réalisme qui fait penser à un film qu’on verrait se dérouler sous nos yeux. Mais c’est surtout la qualité des interprètes, autant par leur voix que par leur jeu qui fait que le spectacle accroche et impressionne. Plus de 130 millions de personnes dans 44 pays ont vu une des productions de Cameron Mackintosh sur des musiques d’Alain Boublil et des paroles de Claude-Michel Schönberg et Herbert Kretzmer. Moi-même j’ai dû voir une dizaine de productions différentes, dont l’orignal de Broadway, l’original et la reprise francophone de Montréal, et celle du West End de Londres. Celle qui arrive à Montréal cette semaine se classe certainement dans mon top-trois.

Matt Shingledecker (Enjolras) avec les compagnons du ABC café

Sur des thèmes de justice sociale, de passion et de rédemption, l’histoire se déroule en France au début 19e siècle, tout juste avant la grande révolution française. S’inspirant des faits de l’époque qui donnent au récit un sens plus réel, les personnages tournent autour de Jean Valjean à sa sortie de prison dix-neuf ans après avoir volé un pain pour nourrir sa famille. Le policier Javert qui se résigne à le libérer sera son ennemi juré tout au long du récit. Une multitude de personnages croisent la route de Valjean pendant plusieurs années, suivant la trame connue du roman de Victor Hugo.

Cette nouvelle production brille pour plusieurs raisons. La mise en scène renouvelée avec des décors imposants plus réalistes est au coeur de ce vent de fraicheur qui souffle sur une histoire qu’on connaît à fond. Toute la scénographie, basée sur des toiles de fond inspirée de peintures de Victor Hugo, combinée à de superbes éclairages complètent le meilleur visuel de toutes les productions de cette comédie musicale. J’ai apprécié beaucoup le réalisme de la scène dans les égouts de Paris. On sait qu’à la salle Wilfrid-Pelletier c’est extrèmement difficile d’avoir un bon son pour ce genre de spectacle, mais je lève mon chapeau à la sonorisation de la production car on entend clairement chacun des mots pendant les 2h55 de spectacle (20 minutes d’entracte). Surtout qu’avec un grand orchestre assez puissant, on apprécie la balance entre les voix et la musique.

Josh Davis (Javert) et Nick Cartell (Valjean)

Nick Cartell dans le rôle de Valjean est magnifique. En plus d’un jeu bien poli, sa voix est parfaite avec des aigus puissants et juste, sans compter un falsetto à toute épreuve. Son «Bring Him Home» est très émouvant. Josh Davis en Javert est tout aussi brillant. Une interprétation intense combinée à une voix grave et solide nous font apprécier son personnage. Sa chanson «Stars» a été très applaudie, à mon avis la meilleure performance de cette chanson de toutes les productions que j’ai vu en 30 ans. On aime son interprétation finale et la mise en scène dans «Javert’s Suicide». On sent le conflit dans chaque scène qui implique Valjean et Javert, mais surtout j’ai adoré la différence des timbres de voix bien distincts de ces deux interprètes dans leurs duels, comme dans «The Confrontation».

«Master of the House»

J Anthony Crane (Thénardier) et Allison Guinn (Mme Thénardier) deviennent l’aspect comique du spectacle, même dans les moments les plus critiques, grâce à leur jeu rusé. Ils livrent un brillant «Master of the House» et se font remarquer dans le mariage de second acte. Joshua Grosso (Marius) est crédible avec sa belle voix solide de jeune premier. On accroche à son histoire d’amour avec Cosette jouée par Jillian Butler. Sa petite voix de tête nous montre une jeune fille ingénue qu’elle campe bien. Leur duo «Heart Full of Love» est exquis. Ashley Dawn Mortensen (Éponine) vient compléter le trio grâce à une belle voix en belting, mais son jeu tombe à plat et on s’y attache peu. À sa défense, il faut noter qu’elle était un remplacement pour celle qui joue ce rôle.

Melissa Mitchell (Fantine)

Melissa Mitchell (Fantine) chante d’une bonne voix de poitrine puissante son succès «I Dreamed a Dream». Sa petite fille jouée par Sophie Knapp charme le public avec sa petite voix juste et délicate. Julian Emile Lerner (Gavroche) est un petit garçon attachant par son jeu et impressionne par son jeu solide pour son jeune âge. Les compagnons de l’ABC sont tous excellents, particulièrement Matt Shingledecker dans le rôle de Enjolras.

Le choeur est bien équilibré, varié et puissant, ce qui donne des scènes de groupe solides, particulièrement lors des batailles. L’enchaînement des scènes est très rythmé au point de sentir parfois une trop grande précipitation. Malgré cette imperfection, je recommande fortement cette nouvelle version de «Les Misérables» à voir pour tous ceux qui aiment les grands spectacles musicaux.

Les bons coups: voix et jeu, mise en scène, scénographie et décors, éclairages, sonorisation, orchestre

Les moins bons coups: quelques scènes sont précipitées

Équipe de création
Mise en scène: Laurence Connor, James Powell
Décors: Matt Kinley
Costumes: Andreane Neofitou, Christine Rowland
Éclairages: Paule Constable
Sonorisation: Mick Potter
Chorégraphies: Michael Ashcroft, Geoffrey Garratt

Joshua Grosso (Marius), Phoenix Best (Eponine) et Jillian Butler (Cosette)

Distribution
Nick Cartell (Valjean), Josh Davis (Javert), J Anthony Crane (Thénardier), Allison Guinn (Mme Thénardier), Melissa Mitchell (Fantine), Matt Shingledecker (Enjolras), Joshua Grosso (Marius), Jillian Butler (Cosette), Ashley Dawn Mortensen (Éponine), Danielle J. Summons, Talia Simone Robinson, Mike Schwitter, Zoe Glick, Sophie Knapp (petite Cosette), Jordan Cole, Julian Emile Lerner (Gavroche), Jonah Mussolino, John Ambrosino, Robert Ariza, Daniel Barryman, Felipe Barbosa Bombonato, Gabriel Sidney Brown, Julie Cardia, Sarah Cetrulo, Amelia Cormack, Steve Czarnecki, Julia Rose Di Piazza, Nicholas Edwards, Caitlin Finnie, Michelle Beth Herman, Monté J. Howell, Andrew Maughan (Bishop), Maggie Elizabeth May, Matt Moisey, Mary Kate Moore, Mike Schwitter, Liz Shivener, Brett Stoelker, Kyle Timson et Christopher Viljoen.

Présenté en anglais à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts du 7 au 11 février 2018.
Billets (61$-145$) disponibles sur https://placedesarts.com/fr/evenement/les-misérables et au 1-866-842-2112.

Photos: Matthew Murphy