Dada Masilo en « Giselle » au théâtre Maisonneuve à Montréal

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Giselle © John Hogg
Giselle © John Hogg

En ouverture de sa 21e saison, Danse Danse a choisi de présenter Giselle, le ballet classique et romantique par excellence. Créé à Paris en 1841, l’œuvre mise en musique par Adolphe Adam, raconte l’histoire d’une jeune paysanne qui perd la vie par amour et se transforme en willi, une créature de l’au-delà issue des légendes de Bohême (à peu près l’équivalent des nymphes pour la mythologie grecque), c’est-à-dire une jeune vierge condamnée à danser toutes les nuits jusqu’à l’aube, après sa mort…

C’est Théophile Gauthier qui en écrivit le livret et Giselle constitue sans doute la plus ancienne chorégraphie du genre. La jeune fille est alors une paysanne qui, contre l’avis de sa mère, danse par amour avec un jeune homme nommé Albrecht. Hilarion, le garde-chasse éconduit par Giselle s’aperçoit qu’Albrecht est un noble déjà fiancé à la fille d’un duc, et il révèle la vérité à celle qu’il aime. Giselle en perd la raison et meurt. Sur sa tombe, les deux jeunes hommes viennent se recueillir et Albrecht est entrainé par les nouvelles compagnes de Giselle, les willis, et en particulier leur reine Myrtha, à danser jusqu’à sa propre mort. Giselle s’arrangera finalement pour que le jeune homme qu’elle a aimé ne meurt pas.

Giselle © John Hogg
Giselle © John Hogg

Or les choses se modifient quelque peu sous la gouverne de la grande danseuse et chorégraphe Sud-Africaine Dada Masilo. Dans un décor, constitué des œuvres projetées de l’artiste William Kentridge, et sur une musique de Philip Miller, Giselle, interprétée par Dada Masilo reconnaissable à son crâne rasé, vit dans un village africain où elle travaille dans les champs pour des maîtres. Un jeune homme la remarque et se fait passer pour un villageois alors qu’il appartient à la classe dirigeante, et il séduit la jeune Giselle. Un villageois qui n’intéresse pas Giselle lui révèle la vérité et celle-ci en meurt mais ne pardonne pas et se venge de la trahison qu’elle a subi.

Et tout le ballet, magnifique dans son exécution, l’énergie, la souplesse et la vélocité de ses danseurs, est emprunt d’une certaine violence, parfois même inquiétante, mêlée à de l’exubérance, de la joie, du bavardage, des rires qui plongent le spectateur dans l’atmosphère du continent africain. Les corps cambrés sont d’une élasticité irréelle, les mouvements coordonnés s’accomplissent à une allure folle. Dada Masilo dans son travail de chorégraphe ne néglige pas le ballet classique que l’on retrouve dans certaines séquences, mais les mouvements sont le plus souvent constitués de danses rituelles qui semblent aller parfois jusqu’à la transe. Une bagarre dansée s’engage entre les deux rivaux. Dada et le jeune homme qu’elle aime exécutent en duo des danses qui ressemblent à quelque merengue et l’ensemble des artistes semble inspirés par la street dance africaine.

Dans sa révision du livret, Giselle se transforme en un être de l’au-delà effrayant gouverné non par une reine mais par un Sangoma, un guérisseur traditionnel africain. Tous de rouges vêtus avec des jupes longues rehaussées d’une sorte de tutu à l’arrière qui augmente encore la cambrure des corps, ces créatures de la nuit semblent loin des willis inoffensives du ballet romantique original. La deuxième partie du ballet qui les met en scène est encore plus saisissante que la première, plus intense et spectaculaire.

Giselle n’en n’est pas à sa première réinterprétation. Mais avec Dada Masilo la dimension africaine plonge le spectateur au cœur des croyances des êtres inquiétants qui garnissent l’au-delà africain. Pour ma part, et le ballet de Dada Masilo en offre une sorte de démonstration, j’ai toujours pensé que les danseuses en tutu blanc sur leurs pointes qui les font ressembler à des oiseaux ou à des anges, représentaient au sens figuré mais aussi au sens propre des êtres de l’au-delà, des artistes capables de prouesses impensables et irréalisables pour le commun des mortels et en particulier pour les spectateurs qui les admirent.

Giselle, du 25 au 29 septembre 2018 au théâtre Maisonneuve à Montréal

Danse Danse

Chorégraphe Dada Masilo.
Musique Philip Miller.
Dessins projetés William Kentridge.
Assistant Directeur David April.
Éclairages Suzette le Sueur.
Costumes David Hutt (Act 1), Songezo Mcilizeli, Nonofo Olekeng (Act 2).
Interprètes Dada Masilo (Giselle), Xola Willie (Albrecht), Tshepo Zasekhaya (Hilarion), Llewellyn Mnguni (Myrtha), Liyabuya Gongo (Bathilde), Khaya Ndlovu (Mère de Giselle).
Hommes/Willis Thami Tshabalala, Tshepo Zasekhaya, Thami Majela.
Femmes/Willis Ipeleng Merafe, Khaya Ndlovu, Zandile Constable, Liyabuya Gongo, Nadine Buys.
Chanteurs Ann Masina, Vusumuzi Nhlapo, Bham Maxwell Ntabeni, Tumelo Moloi.

Cordes Waldo Alexande, Emile de Roubaix, Cheryl de Havilland.
Cor Shannon Harmer.
Percussion Tlale Makhene, Riaan van Rensbur.
Arrangement final Gavan Eckhart.

Informations : https://www.dansedanse.ca/fr/dada-masilo-dance-factory-johannesburg-giselle