« Fiel » au théâtre aux Écuries à Montréal

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Fiel © Eugene Holtz
Fiel © Eugene Holtz

Il y a des œuvres de théâtre pleines de promesses, dans lesquelles le spectateur perçoit immédiatement l’énorme travail de construction, de scénographie, de chorégraphie, de décors, de vidéos et j’en passe. Les acteurs de Fiel sont très bons et savent non seulement interpréter leurs rôles mais aussi danser en agrémentant leurs pas d’acrobaties intéressantes. Ce sont encore eux qui transforment les décors dans l’obscurité de la scène pendant qu’un écran géant donne à lire aux spectateurs des phrases pleines de suspens. Par moments, ce même écran géant reprend vu de dessus ce qui se passe sur scène par un habile dispositif de caméra qui transforme parfois par de beaux ralentis la scène vue sous un angle différent. Le tout est aussi accompagné d’une musique bien choisie.

La pièce écrite et mise en scène par Marilyn Perreault est ainsi pleine de promesses. On sait dès le début que quelque chose de grave va survenir parmi ce groupe de jeunes adultes réunis par hasard dans la même classe de cours de chimie et sur le point de participer au bal de fin de session. Les objets du décor – chaises, table, terre, vêtements, chaussures, barrières rétractables… – sont ingénieusement utilisés pour modifier les lieux et les situations mais aussi comme symboles. Il y a ainsi énormément de travail – et de réussites – dans cette œuvre Fiel, et pourtant la pièce m’a laissé un goût d’inachevé sinon amer.

Fiel © Eugene Holtz
Fiel © Eugene Holtz

Si tout le début est vraiment excellent, la suite ploie sous des longueurs pénibles qui n’aident pas à ressentir l’émotion de la situation, au contraire. Dans le texte qui se veut explicite par moments, suggestifs à d’autres, l’émotion n’apparaît pas vraiment dans la mesure où elle est surtout basée sur les longs silences, les non-dits des victimes, la gêne des complices, on ne sait pas trop.

Quelque chose fonctionne mal. Peut-être y a-t-il trop d’écart entre la première partie de l’œuvre, celle qui tambour battant prépare le spectateur au drame qui surviendra (et dont on se doute un peu), et ce qui arrive qui demanderait à être davantage travaillé, et raccourci à coup sûr? Peut-être est-ce l’histoire qui est un peu « cliché » également? D’évidence portée par le mouvement « moiaussi » à quoi s’ajoute le supposé rejet de l’autre généralisé et les rencontres en ligne, elle montre une élève immigrante d’Argentine, belle et gentille, maltraitée par les jeunes (sans défauts apparents également) de son établissement. Cela arrive sans doute et Marilyn Perreault explique que l’idée de la pièce lui est venue en écoutant une infirmière lui confier que Noël, le Jour de l’An et les week-ends des bals des finissants étaient souvent suivis de l’arrivée de jeunes aux urgences de l’hôpital où elle travaille. Le sujet mérite à coup sûr d’être traité même s’il n’y a pas de bons ou de mauvais sujets. Le traitement de Fiel est loin d’être inintéressant, c’est sûr. Mais la pièce, telle qu’elle est écrite ne m’a pas permis d’être sensible au drame qui s’y jouait, et j’aurais bien aimé l’être.

 

Fiel du 9 au 27 octobre 2018 au théâtre aux Écuries à Montréal

Texte et mise en scène Marilyn Perreault
Assistance à la mise en scène et régie Amélie-Claude Riopel
Avec Harou Davtyan, Marie Fannie Guay, Nora Guerch, Xavier Malo, Marc-André Poliquin et Lesly Velásquez
Décor Patrice Charbonneau-Brunelle
Conception vidéo HUB Studio / Antonin Gougeon Moisan
Éclairages Stéphane Ménigot
Costumes Marjolaine Provençal
Musique Laurier Rajotte
Direction de production Maude St-Pierre
Direction technique Mélanie Whissel
Production Théâtre I.N.K.

Informations http://auxecuries.com/projet/fiel/