BEEF à Premier Acte, une comédie à la fois tragique et hilarante qui peut même choquer!

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Nathalie Séguin, Dayne Simard

Pour leur deuxième pièce à Premier Acte, la compagnie de théâtre La Brute qui pleure présente, jusqu’au 9 février prochain,  la pièce BEEF, une comédie hilarante et choquante, voire même frustrante par moment, sur la masculinité, dans le milieu rural.

Résumé : Dans un village rural fictif à la population homogène, où les préjugés font loi et où il fait bon vivre pour les radios poubelles, Michel(Dayne Simard) n’est pas considéré comme un homme. Il ne va pas dans les arénas hurler des obscénités aux arbitres. Il ne passe pas ses journées au gym à regarder dans un miroir ses muscles enflés. Il n’est pas alcoolique. Il n’est pas misogyne. Il n’aime pas la viande. Il réussira néanmoins à séduire Manon (Nathalie Séguin), la barmaid, une femme très prisée au village. Elle l’aime parce qu’il est sensible, il l’aime parce qu’elle est forte. Malheureusement pour Michel, l’entourage de sa bien-aimée – sa mère (Nancy Bernier), qui chasse les panaches, le policier mégalomane (Eliot Laprise) et le voisin mésadapté (David Bouchard) – ne cesse de lui rappeler son manque de virilité. Si bien que Michel finira par tout faire pour devenir l’homme qu’on veut qu’il soit.

 On dit parfois qu’une situation qui nous faire rire peut également nous faire fâcher. Et c’est exactement ce que fait cette pièce de Dayne Simard. Autant ses personnages colorés sont extrêmes dans leurs agissements, accablants dans leurs propos et ridicules dans leurs préjugés, autant ils nous font rire, mais avec un fond de rage par rapport à leur ignorance et leur peur de la différence. Avec des répliques punchées et rythmées, Dayne Simard nous sert un humour noir pour aborder le sujet de la virilité.

Dayne Simard,  qui a grandi sur une ferme à Saint-Elzéar de Beauce s’est nourri de son histoire personnelle, alors que son amour des arts de la scène était plutôt mal vu par les gens autour de lui, pour créer cette pièce. C’est une pièce forte, où les personnages sont stéréotypés pour mieux faire rire, mais le propos est totalement accrocheur et actuel qu’il nous rentre dedans. Un sujet qui existe depuis toujours, le gars viril, le vrai mâle versus le comportement plus «fif» dans le sens de différent de la norme.

Nancy Bernier, Nathalie Séguin, Dayne Simard

Anne-Marie Olivier qui signe la mise en scène de la pièce y est allée d’une proposition très originale. Comme décor, il n’y a qu’un grand champ de terre entouré de billots et de gros buckets blancs qui servent tour à tour de banc pour s’asseoir, de téléphone ou de comptoir du bar du coin. La terre est utilisée comme accessoire à toutes les sauces. Il y a même un boyau d’arrosage qui devient la bouteille d’alcool à ingurgiter. Bref, on est dans l’abstrait, la crasse, la noirceur dans le décor, pour aller avec le trash et la saleté des mots utilisés. Cela ajoute au sentiment de dégoût, tout en mettant l’accent sur l’agriculture et la ferme du milieu rural. J’adore!

Pour ce qui est des comédiens et des personnages qu’ils incarnent, ils sont tous géniaux! Chacun pousse à fond l’excentricité de son personnage. Manon la belle pitoune du bar sur qui tous fantasme et qui a de la gueule et ne se laisse pas marcher sur les pieds, est interprétée par Nathalie Séguin que je découvre avec cette pièce. Dayne Simard, est Michel, qui arrive de la ville. Tout de suite, on le trouve attachant et on a mal pour lui quand il se fait démolir au sens propre et figuré par la communauté du village. David Bouchard est ce voisin mésadapté. Il l’incarne avec soin et on est rapidement ému par sa fragilité et son désarroi, tout au long de la pièce. Éliot Laprise incarne le policier qu’on adore haïr. Il le joue à merveille! Gros personnage colon, borné, frustré, au membre plus gros que son intelligence! Il est adorable à nous faire crouler de rire, malgré qu’on le déteste d’emblée.

Eliot Laprise et David Bouchard

Mais c’est Nancy Bernier qui remporte la palme d’or du personnage extrême, qui nous fait rigoler à chacune de ses présences et de ses répliques! Elle est méconnaissable dans le rôle de la belle-mère! Tout un rôle de composition qui nous reste gravé en mémoire bien après la fin de la représentation. Elle est hilarante et choquante à la fois. On en a peur, même si elle nous fait rire…

Au final, cette pièce est très drôle et nous fait réfléchir également sur notre vision de la virilité, les préconceptions de la masculinité, et la peur de la différence.

Présenté jusqu’au 9 février

HEURE : 20h
Sauf le samedi 9 février : 15h

DURÉE APPROXIMATIVE :  1h10 sans entracte

Vendredi le 25 janvier , soirée débat-causerie :

Après la représentation, il y aura une discussion entre les créateurs et le public, avec la participation spéciale de madame Lili Boisvert, auteure, chroniqueuse et animatrice en rapport avec le sujet abordé pendant la pièce.

Production :     La Brute qui pleure

Texte :              Dayne Simard

Mise en scène :           Anne-Marie Olivier

Assistance à la mise en scène :           Shanya Lachance Pruneau

Direction de production :        Delphine Quenneville

Concepteurs :  Martien, Bélanger, Delphine Quenneville, Cécile Lefebvre, Guylaine Petitclerc

Distribution :   Nancy Bernier, David Bouchard, Eliot Laprise, Nathalie Séguin, Dayne Simard

Billets en vente sur premieracte.ca ou sur lepointdevente.com

Au coût de 28 $ (courant), 21 $ (30 ans et -), 24 $ (60 ans et +) et 18 $ (groupe de 12 personnes et +)  taxes et frais de service inclus.

Achat par téléphone et information : 418 694-9656

https://www.premieracte.ca/

crédit photos :  Cath Langlois Photographe