Un printemps de rock progressif

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Un printemps prog

Le vendredi 22 mars Québec a reçu la visite de deux groupes rock progressif qui n’avaient pas mis les pieds dans la capitale depuis quelque temps, à savoir quatre ans dans le cas des Québécois qui forment Mystery, et ou même pas encore, dans le cas des Britanniques qui forment Frost. Cette longue soirée magique, présentée par JLC Musik à la salle Jean-Paul Tardif, a fait le bonheur des fans conquis d’avance.

Mystery fait dans le prog ambiant, ou le néo-prog d’après les connaisseurs, alors la prestation commence plutôt doucement, sans surprise ni artifice, avec « Delusion Rain ». Avant même de commencer, Jean Pageau (voix, claviers) sourit aux spectateurs assis à l’avant, qu’il semble connaître. La soirée s’annonce certainement amicale et sympathique. Après quelques commentaires sur la longue absence du groupe dans la ville, il offre de nous réchauffer avec « Something to Believe In », une des pièces sur lesquelles il joue de la flûte traversière. C’est à ce moment que je le vois : Jean Pageau est un sosie de Peter Gabriel contemporain, inspiré par Ian Anderson. Et la musique suit, inspirée par tous les groupes de prog depuis les années 1970 jusqu’aux plus récents du nouveau millénaire, avec beaucoup de claviers et des envolées de guitares claires et nettes.

Le public ne se laisse pas prier et se lève pour applaudir presque à chaque fois. Pendant « Through Different Eyes », une pièce d’une vingtaine de minutes, le chanteur laisse la place à ses comparses, Michel St-Père toujours souriant et Sylvain Moineau aux guitares, François Fournier à la basse, Jean-Sébastien Goyette à la batterie et Antoine Michaud aux claviers. Mais c’est après « Chrysalis », une pièce en deux parties, qu’il fait les présentations d’usage, avant d’enchaîner avec une autre pièce très douce, « Song For You », et ses claviers typiques à la Yes version 1983. Antoine Michaud en profite alors pour descendre la salle et filmer le public pour saisir le moment.

Là où Mystery versait dans les ballades, Frost fait plus de vagues avec son prog à la limite du jazz fusion. Le groupe démarre toutes voiles dehors avec « Hyperventilate » une pièce instrumentale qui secoue ceux qui s’attendaient à naviguer encore paisiblement. L’effet est immédiat : c’est comme si on avait bu la tasse et qu’il fallait alors rester les yeux grands ouverts pour ne rien manquer. Après « Numbers », interprétée à trois voix, l’ambiance est encore à la camaraderie, Jem Godfrey (voix, claviers) présentant ses compagnons avec humour, chacun avec son thème musical, dont ??Gangam Style pour Craig Bundell, le batteur. Les pièces qui déferlent sont plus courtes (pour le genre) et à une ou deux reprises, c’est John Mitchell (guitare) (Arena) qui prend la barre pour chanter. Avec Nathan King à la basse, les musiciens ont un plaisir manifeste à être sur scène, à jouer ensemble et à échanger avec le public. Vers la fin, on a droit à un intermède « Every Breath You Take » juste avant (ou pendant?) « The Other Me » et, en rappel, à un solo de batterie extraordinaire, pendant lequel John Mitchell vient tout bonnement s’asseoir parmi les spectateurs pour regarder. La démonstration de Craig Bundell est énergique, et c’est peu dire, car le but était de « get 5 cars shunted », comme c’est écrit sur la setlist, mais elle se termine trop vite à mon goût. Étrangement, Frost aura joué moins longtemps que Mystery, contrairement à ce qu’on peut s’attendre d’un programme double. Dans ce cas-ci, je pense que l’idée était plutôt d’offrir aux deux groupes tout le temps qu’il leur fallait. Et ils l’auront pris, ce temps, puisqu’il était presque minuit après ce beau voyage transatlantique.

Mystery sera en tournée en Europe en avril et en octobre 2019 (https://www.therealmystery.com/tour).

Galerie de photos Mystery
Galerie de photos Frost

Texte et photos par Julie Voyer