Tous des oiseaux – une pièce qui remue nos idées préconçues

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3 juin – Grand Théâtre – 4h00 (avec entracte)

En allemand, anglais, arabe, hébreu, surtitré en français

Des textes forts avec une finale surprenante, des comédiens exceptionnels, une mise en scène ingénieuse avec les murs qui se déplacent facilement, la table qui sert autant pour manger que de civière ou  lit d’hôpital.  Pour ce qui est de la sonorité, elle est  impeccable avec des bruits d’avions qui ferait rougir les cinémas IMAX.

 

La pièce défile en 4 tableaux : 

Les oiseaux de la beauté

Les oiseaux du hasard

Les oiseaux de malheur

Les oiseaux amphibies

 

Voici l’histoire :

« Tout commence dans une bibliothèque new-yorkaise. Eitan, jeune universitaire juif allemand d’ascendance israélienne, tombe amoureux de Wahida, Américaine aux origines arabes palestiniennes et musulmanes. Elle prépare une thèse portant sur la question de l’attachement aux identités perdues. Lui, chercheur en génétique, ne jure que par l’ADN et assure que l’identité d’une personne est simple : « 46 chromosomes », rien de plus.

Ils partent ensemble au Moyen-Orient.  À Jérusalem, les bombes et bientôt les secrets éclatent, bouleversant la trajectoire du couple. La famille d’Eitan, venue spécialement de Berlin, apprend l’existence de Wahida, ce qui déclenche un drame où la violence des attentats se mêle à la colère paternelle et aux histoires familiales les plus intimes.

Les êtres et les identités s’affrontent ici dans leur vérité brute. Chacun défend passionnément ses certitudes dans sa propre langue, hébreu, allemand, arabe, anglais. Un retour aux sources et au souffle de Incendies et du cycle Le Sang des Promesses ; une somptueuse tragédie, signée Wajdi Mouawad ».

Une pièce qui nous laisse réfléchir sur plusieurs sujets à la fois :

Est-ce possible de vivre ensemble malgré les blessures du passé?

Est-ce qu’on apporte nos secrets dans notre tombe ou vaut-il mieux se libérer et tout dévoiler?

Est-ce que notre éducation, ou nos souvenirs de notre passé peuvent modifier notre perception des événements?

Comment devient-on son propre ennemi ? Ou, pour le dire autrement, comment devient-on « oiseau amphibie»?

Sommes-nous tous à la recherche de notre ident

Texte et mise en scène Wajdi Mouawad
Interprétation Darya Sheizaf, Jalal Altawil, Jérémie Galiana, Judith Rosmair, Leora Rivlin, Rafael Tabor, Raphael Weinstock, Victor de Oliveira, Nelly Lawson
Assistanat à la mise en scène Valérie Nègre
Dramaturgie Charlotte Farcet
Conseil artistique François Ismert
Conseil historique Natalie Zemon Davis
Musique originale Eleni Karaindrou
Scénographie Emmanuel Clolus
Lumières Éric Champoux
Son Michel Maurer
Costumes Emmanuelle Thomas assistée d’Isabelle Flosi
Maquillage, coiffure Cécile Kretschmar
Traduction hébreu Eli Bijaoui
Traduction anglais Linda Gaboriau
Traduction allemand Uli Menke
Traduction arabe Jalal Altawil
Production La Colline – théâtre national

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Le spectacle a été créé le 17 novembre 2017 à La Colline – théâtre national.

La production a reçu le Grand Prix 2018 du Syndicat de la critique en France.

À l’origine, le titre était Le chant de l’oiseau amphibie.

Tous des oiseaux est édité aux éditions Actes Sud/Léméac

Spectacles de Wajdi Mouawad présentés au Carrefour

1998 – Création de Willy Protagoras enfermé dans les toilettes

2000 – Ce n’est pas de la manière qu’on se l’imagine que Claude et Jacqueline se sont rencontrés

2006 – Incendies

2010 – Le Sang des promesses (LittoralIncendies et Forêts)

2010 – Ciels 

2012 – Seuls

2012 – Des Femmes (Les TrachiniennesAntigoneÉlectre)


La légende de l’oiseau amphibie par Wadji Mouawad

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Un jeune oiseau prend son envol pour la première fois au-dessus d’un lac. Apercevant les poissons sous l’eau, il est pris d’une curiosité immense envers ces animaux sublimes, si différents de lui. Alors qu’il plonge pour les rejoindre, la nuée des oiseaux, sa tribu, le rattrape aussitôt et l’avertit : « Ne va jamais vers ces créatures. Elles ne sont pas de notre monde, nous ne sommes pas du leur. Si tu vas dans leur monde, tu mourras ; tout comme eux mourront s’ils choisissent de venir vers nous. Notre monde les tuera et leur monde te tuera. Nous ne sommes pas faits pour nous rencontrer.» Les années passant, une mélancolie profonde le gagne, observant ces poissons sans pouvoir les atteindre. Par une sublime journée où il se rend au lac pour les admirer, un vertige le saisit : « Je ne peux pas vivre ainsi ma vie durant, dans le manque de ce qui me passionne. Je préfère mourir que de vivre la vie que je mène. » Et il plonge. Mais son amour pour ce qui est différent est si grand, qu’à l’instant même où il traverse la surface de l’eau, des ouïes poussent et lui permettent de respirer. Au milieu des poissons, il leur dit :« C’est moi, je suis l’un des vôtres, je suis l’oiseau amphibie. » La légende persane de l’oiseau amphibie me faisait rêver lorsqu’on me la racontait petit. Cette histoire de mutation me bouleverse aujourd’hui dans ce qu’elle raconte de notre époque, de notre monde et de notre rapport à l’Autre, à l’ennemi, pour ainsi dire

Texte et contexte

Le texte du spectacle qui s’écrit au fil des répétitions place au cœur du projet les questions géographiques et linguistiques. Géographique car l’histoire se déploie principalement en Israël, terre de déchirements portant l’histoire du Moyen-Orient et de l’Europe. Linguistique, car il s’agit de respecter les langues de la fiction et de les faire entendre : allemand, anglais, arabe, hébreu, ces langues qui précisément se croisent en Israël. Faire entendre les langues ensemble pour révéler les frontières et les séparations et tenter de remonter le fleuve du malentendu, de l’incompréhension, de la colère, de l’inadmissible. Les comédiens et concepteurs qui participent à ce projet portent cette géographie éclatée, tous issus de différents pays (Allemagne, États-Unis, Israël, Portugal, Suisse, Syrie, France, Grèce, Québec) et de langues maternelles différentes.

Wajdi Mouawad

Né au Liban en 1968, l’auteur, comédien et metteur en scène a passé son enfance en France et sa jeunesse au Québec. Il signe des adaptations et mises en scène de pièces contemporaines, classiques et de ses propres textes, publiés aux éditions Leméac/Actes-Sud. Il écrit également des récits pour enfants et les romans Visage retrouvé en 2002 et Anima dix ans plus tard. Traduits en vingt langues, ses écrits sont édités ou présentés à travers le monde.

EN SAVOIR PLUS SUR LE SPECTACLE

«Une puissante tragédie familiale et politique, incarnation de l’inextricable conflit israélo-palestinien, jouée en allemand, en anglais, en arabe et en hébreu et signée Wajdi Mouawad.» 

 Marie Gignac

Spectacle présenté avec le soutien de l’Institut français et du Service de coopération et d’action culturelle du Consulat général de France à Québec.

Spectacle présenté en collaboration avec le Festival TransAmériques (FTA).

Wajdi Mouawad (aujourd’hui directeur artistique du Théâtre national La Colline à Paris).

Photo: Simon Gosselin