Sabine Lecorre-Moore, une artiste francophone en Alberta

CHRONIQUE SUR LA FRANCOPHONIE DANS LES ARTS VISUELS AU CANADA

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Les artistes en arts visuels francophones sont présents a mari usque ad mare. Cette série sur la réalité quotidienne des créateurs en arts visuels francophones vivant dans un milieu à prédominance anglophone se poursuit.

Quelle est leur réalité au quotidien ?

Sabine Lecorre-Moore a baigné dans le milieu artistique très tôt dans sa vie, puisqu’elle a grandi dans un village médiéval en France, entourée d’antiquités et d’oeuvres d’art. A l’âge de six ans, au Centre Georges Pompidou à Paris, en voyant une jeune artiste avec son carton à dessin sous le bras, elle a su qu’elle en ferait un jour son métier. Une passion, très présente, qui a débuté par des cours de peinture à l’huile et des études dans un Lycée à Annecy avec une option en arts plastiques. Finalement, elle a étudié à l’Institut Supérieur de Peinture de Bruxelles. C’est en effet à la Van Der Kelen Logelain qu’elle a étudié les techniques classiques de la peinture à l’huile qui lui a valu une médaille de bronze. Cette femme, née à Montréal, a grandi dans un milieu francophone et a vraiment appris l’anglais en Alberta.

Sa réalité d’artiste en arts visuels, à Calgary, se fait constamment dans les deux langues. «Je dirais qu’en Alberta, nous avons les pieds dans les deux mondes. Nous nous identifions comme francophones quand on travaille avec les galeries anglophones et nous proposons nos textes dans les deux langues». Une grande partie de son travail est d’ailleurs de faire connaître la culture des Franco-Albertains. «Il y a beaucoup d’espaces pour montrer notre travail, mais les institutions n’ont pas assez de fonds pour avoir un avenir garanti». Bien qu’il y ait de plus en plus d’évènements francophones en Alberta, Sabine Lecorre-Moore fait partie d’un collectif nommé «Devenir», composé de 5 artistes francophones qui s’entraident pour faire connaître leur travail. Les initiatives collectives ont toujours pour but de mettre en commun les efforts, mais force est de constater qu’il est plus facile d’être artiste francophone grâce aux actions et au soutien des grandes associations comme le Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA) ou, encore, la Société des arts visuels francophones de l’Alberta (SAVA).

«Quand je suis devenue membre du RAFA, Regroupement artistique francophone de l’Alberta, je suis devenue une artiste francophone. Avant j’étais «seulement» une artiste. Depuis, je suis une porte-parole pour la communauté et je suis la représentante depuis 4 ans des artistes visuels sur le Conseil d’Administration du RAFA. Mon but est d’aider d’autres artistes à devenir membre. Cette organisation, le RAFA, m’a énormément aidée». Grâce à des ateliers avec divers centres et associations, dont le Centre des arts de Banff et l’Association des groupes en arts visuels francophones (AGAVF), l’artiste a obtenu de l’aide pour avoir de vrais outils professionnels pour se présenter et pour promouvoir son travail.

Malgré cela, les subventions sont rares. Il y a une nette diminution des bourses aux associations. «Le manque de fonds est un grand problème», insiste l’artiste francophone. Elle porte d’ailleurs un regard sur les artistes du Québec qui, selon elle, ont un plus grand marché, plus de subventions et plus d’évènements. Toujours selon l’artiste, il y a de plus en plus d’enfants et plus d’écoles francophones: «La population de diverses origines francophones augmente chaque année». Le français est donc bien présent au quotidien, seulement «il n’y a pas de prof d’art ni de musique dans l’école francophone de mon fils. Pour la même taille, les écoles anglophones ont les deux». Les besoins se font sentir jusque dans l’éducation.

Au niveau des arts visuels, les besoins sont aussi pressants: «Nous aurions besoin d’avoir des agents qui connaissent notre milieu car nous recevons des renseignements contradictoires quand on dépose une demande. Aussi, il faudrait ouvrir des relations entre les institutions du Québec et de l’ouest canadien, comme des échanges d’expositions ou des échanges d’artistes». Les mentors et/ou les commissaires d’exposition francophones en Alberta sont également des personnes-ressources nécessaires pour aider au développement et au rayonnement artistique. Resserrer les liens entre les artistes francophones à travers le pays pourrait certainement aider les artistes en arts visuels à s’ouvrir de nouvelles possibilités. «Cela enrichirait tout le monde», avoue l’artiste qui a un message à faire passer, tel un cri du coeur: «On existe ! On veut vivre et créer dans notre langue, le français. On veut se faire connaître à travers le Canada et promouvoir la culture francophone d’ici !»

L’angle de vue selon les chiffres

Selon le Recensement de 2016 [1], les données exactes, concernant la langue maternelle en Alberta des 4 026 650 personnes recensées, démontrent que 2 991 480 d’entre elles ont l’anglais comme langue maternelle, comparativement à 72 155 qui ont le français. Les gens ayant grandi dans les deux langues officielles sont 10 225. Les allophones sont au nombre de 870 945. Les gens pour qui l’anglais et une langue non officielle sont leur langue maternelle sont de l’ordre de 77 520, tandis que les gens pour qui le français et une langue non officielle se chiffrent à 2685. Ceux qui ont, pour langue maternelle, l’anglais, le français et une autre langue non officielle sont, quant à eux, 1640 personnes.

Déjà, en 2001, dans le rapport [2] intitulé «Les arts visuels dans les communautés francophones vivant en milieu minoritaire», qui avait été réalisé selon une étude pour le Conseil des Arts du Canada et le ministère du Patrimoine canadien par Rachel Gauvin et Marc Haentjens, on mentionnait qu’il «existe, compte tenu de cet environnement, des difficultés propres aux artistes francophones vivant en milieu minoritaire qui invitent à imaginer des actions ou des initiatives particulières». Six besoins avaient alors été suggérés: Des lieux (ou des occasions) de regroupement, l’accès aux lieux d’exposition, des possibilités de commercialisation, des occasions de visibilité, des occasions d’échanges et une structure de représentation. Bien que ces besoin sont, grosso modo, les mêmes pour tous les artistes en arts visuels, les besoins des francophones dans un milieu majoritairement anglophone sont plus spécifiques pour le rayonnement de leur culture.

Pour retrouver l’artiste Sabine Lecorre-Moore sur Internet:
https://sabine-lm.com/fr/

Les images illustrant cet article sont diffusées avec la permission de l’artiste.


Sources:

[1] Le Recensement 2016 – voir le site

[2] Les arts visuels dans les communautés francophones vivant en milieu minoritaire – rapport final – étude réalisée pour le Conseil des Arts du Canada et le ministère du Patrimoine canadien – par Rachel Gauvin et Marc Haentjens, septembre 2001 – voir l’étude


Crédit images: Courtoisie Sabine Lecorre-Moore

« Backbone », aquarelle sur papier, 30×44 pouces, 2015
« Les larmes pour mon père », aquarelle sur papier, 44×30 pouces, 2015