Danièle Petit, une artiste francophone de l’Alberta

Cette série d’articles sur la réalité quotidienne des créateurs en arts visuels francophones et francophiles vivant dans un milieu à prédominance anglophone se poursuit. Cette chronique est une initiative personnelle d’HeleneCaroline Fournier, experte en art et théoricienne de l’art, rédactrice spécialisée et journaliste indépendante, qui a à coeur la francophonie pancanadienne et le marché de l’art du pays.

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Qui sont ces artistes francophones et francophiles et quelle est leur réalité au quotidien ?

Danièle Petit est une artiste d’origine française qui s’est installée dans l’ouest canadien, dans les années 1970. Son quotidien est donc totalement francophone à la maison sauf en présence d’amis anglophones. Elle a fait carrière dans les médias en tant que recherchiste, animatrice, réalisatrice et productrice, notamment à Radio-Canada Edmonton. Le questionnement face aux enjeux sociaux sont d’ailleurs souvent au coeur de ses toiles. Elle a étudié en administration hôtelière et touristique en France avant d’étudier en littérature (rédaction créative, dramaturgie, création littéraire, littérature canadienne française) à l’Université de l’Alberta à Edmonton. En art, elle a fait plusieurs ateliers de développement et de perfectionnement, en Alberta et en Colombie-Britannique. Elle a aussi écrit pour le théâtre. En 2011, elle a été en nomination pour le « Sutton Place People’s Choice Award » lors du Mayor’s Celebration of the Arts. Ses expositions sont multiples dans l’ouest du pays depuis 2005. Son travail s’articule principalement autour de l’acrylique et des techniques mixtes, suivant le courant de l’expressionnisme abstrait. On retrouve néanmoins, lors de quelques projets, du figuratif dans son travail. Pour l’artiste, la peinture doit d’abord interpeler, d’une manière ou d’une autre. L’art sert à poser des questions, à séduire, à suggérer une ambiance et une énergie. L’art est un lieu d’échange, un lieu de rencontre.

Malgré les nombreuses années passées dans un milieu majoritairement anglophone, Danièle Petit a continué d’utiliser le français à la maison. Le fait d’être une artiste francophone dans ce milieu n’est pas vraiment un obstacle pour elle, bien que, selon elle, les contacts sont sans doute moins évidents. « Il existe, outre la langue, la différence de culture artistique. Par exemple, nos références aux artistes plus ou moins contemporains sont souvent très différentes. Lors d’une récente discussion avec des artistes bilingues de l’Alberta, je faisais référence au peintre et sculpteur Jean Dubuffet, mais personne ne le connaissait. Même chose avec Niky de Saint Phalle !». Les références sont souvent américaines « mais cela donne lieu à des échanges intéressants », affirme Danièle Petit qui note que les nus artistiques se font plus rares dans le Canada anglophone. A part quelques exceptions comme le CAVA (Centre d’art francophone de l’Alberta) et le RAFA (Regroupement des artistes francophones de l’Alberta), tout se fait en anglais dans le milieu des arts. L’artiste préfèrerait vraiment utiliser le français dans les salons, les symposiums, les festivals ou les concours, mais « la plupart du temps, ce n’est pas un choix, ça se passe en anglais ». L’artiste qui fait partie du collectif francophone DEVENIR (composé de Sabine Lecorre-Moore, Doris Charest, Karen Blanchet et Patricia Lortie) utilise l’anglais à 80 % dans sa communication, mais « il arrive qu’on nous laisse faire des invitations bilingues ». La proportion de l’utilisation du français ou de la présence du français dans le marché de l’art de l’Alberta est très faible même si certaines galeries commerciales proposent de plus en plus d’artistes québécois. Selon une discussion entendue tout récemment, l’artiste raconte: « Deux de mes collègues voulant tenter leur chance auprès du Conseil des Arts du Canada pour obtenir une bourse pour un projet précis se sont renseignées auprès d’un conseiller à savoir s’il était préférable de rédiger la demande en français ou en anglais ». La réponse reçue a décontenancé les deux artistes: « Vous pouvez la faire en français, votre demande sera traduite », leur a-t-on répondu. Au final, les artistes francophones ont décidé de déposer leur demande en anglais. Or, au hasard d’un atelier pour le développement des artistes en arts visuels, l’un des mentors raconte que rien ne l’horripile plus que lorsqu’il fait partie d’un jury pour le Conseil des arts du Canada de tomber sur des artistes francophones qui font leur demande en anglais. « Voilà qui ne facilite guère le cheminement de l’artiste francophone », remarque Danièle Petit.

Y a-t-il une solution ?

Selon Danièle Petit, pour améliorer la situation du français dans les arts visuels, il faudrait premièrement « faciliter la visibilité des artistes francophones, peut-être en créant des expositions ambulantes ou encore des festivals ». Encourager des échanges entre artistes et galeristes serait aussi l’une des solutions. Les artistes anglophones ont vraisemblablement plus de services et plus d’aides que les artistes francophones. « L’importance d’un Canada définitivement bilingue, même si cela coûte cher ! » serait le premier pas vers une éventuelle équité entre les artistes canadiens dont le schiste linguistique est bien réel. « L’ouverture et les échanges sont toujours porteurs de découvertes et d’aide à l’évolution de son art », affirme l’artiste qui souhaiterait plus d’échanges entre les diverses communautés artistiques francophones du Canada et plus d’aides financières pour voyager ou pour faire voyager les oeuvres.

A l’heure actuelle, on reconnaît la musique francophone et la littérature francophone. Or, véhiculer une autre vision des choses, notamment celle d’une culture francophone dans les arts visuels, cela ne semble pas évident pour tout le monde. Même les divers réseaux sociaux vers lesquels on encourage les artistes à se « vendre » favorisent l’utilisation de l’anglais. « On construit souvent son site web en anglais avant de penser à le rendre bilingue ».

L’angle de vue selon les chiffres

Près de 100 000 personnes francophones vivent actuellement en Alberta sur 4 026 650 habitants [1]. Selon la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada (FCFA), il y a 10 millions de personnes qui parlent français au pays, dont 2,7 millions d’entre elles habitent ailleurs qu’au Québec [2]. Il existe d’ailleurs une carte interactive très utile pour retrouver toutes les ressources francophones au pays [3].

 

Pour retrouver l’artiste Danièle Petit sur Internet: voir le site

Les images illustrant cet article sont diffusées avec la permission de l’artiste.
Les oeuvres présentées sont: Comme une muraille, acrylique sur toile, 30 x 30 pouces et Crow, crow, crows, acrylique sut toile, 24 x 24 pouces.

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Sources:

[1] Le Recensement 2016 – voir le site
[2] Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada – voir le site
[3] Les communautés francophones du Canada – voir le site