« Eugène Onéguine » : une ouverture de saison sans faute à l’Opéra de Montréal

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Eugène Onéguine © photo de courtoisie

Code de l’honneur, différences de classes sociales, jalousie, égoïsme et rendez-vous manqués : la Russie romantique de Pouchkine, adaptée pour l’opéra le plus célèbre de Tchaïkovski, dévoile une réalité qui nous est finalement familière, celle de la vie qui passe et qui est parfois gâchée par des décisions prises pour de mauvais motifs.

Eugène Onéguine est non seulement un opéra magnifique du point de vue musical. Il est aussi une œuvre théâtrale qui plonge au fond des sentiments humains à travers des personnages pour la plupart bien campés et très proches – en dépit de la différence d’époque et de culture (la Russie du XVIIIe siècle) – de ceux que nous sommes ou qui nous entourent.

Eugène Onéguine © photo de courtoisie

Marqués d’une grande nostalgie, les amours manqués de Tatiana et d’Eugène, le gâchis de la mort de l’idéaliste Lensky dont le drame se répercute sur la bien innocente Olga, le destin peu brillant de la nourrice ou celui plein de regrets de la mère des deux sœurs… Tout respire la mélancolie, la tristesse mais aussi la beauté dans cette œuvre construite sous forme de sept tableaux, facile à suivre, superbe à écouter, et durant laquelle on ne s’ennuie pas une seconde.

En ouverture de sa saison, l’opéra de Montréal fait vraiment honneur à cette œuvre superbe en présentant des chanteurs excellents, des rôles secondaires aux principaux, en passant par les chœurs magnifiques.

Impossible de reprocher aux artistes lyriques de ne pas être aussi des acteurs remarquables : ils dansent, ils se battent, ils feignent de mourir, ils expriment leurs sentiments de manière totalement crédible. Dans leurs costumes somptueux, harmonisés de couleurs élégantes, les artistes évoluent dans des décors sobres et très raffinés, avec un jeu subtil entre les intérieurs et les extérieurs particulièrement efficace. La mise en scène est brillante. Au tout début, l’arrivée des premiers chœurs de paysans donne la chair de poule après l’ouverture qui présente les deux sœurs et leur mère, et qui donne le ton à tout ce qui va suivre.

Eugène Oneguine et le poète Lensky sont amis, Tatiana et Olga sont sœurs. Lensky et Olga s’aiment, Eugène et Tatiana aussi. Les quatre jeunes gens avaient tout ce qu’il fallait pour être parfaitement heureux. Mais par ennui, par bêtise et par jalousie… tout bascule.

Au centre de l’action, ce sont bien sûr les amours manqués d’Eugène et de Tatiana qui sont présentés. Interprétés par deux magnifiques chanteurs, le baryton Étienne Dupuis et la soprano Nicole Car, le spectacle prend encore plus de relief lorsque l’on sait que ces deux-là forment un vrai couple dans la vie. C’est un peu ce que la mise en scène a essayé de rendre au début, en offrant un double silencieux à Tatiana. Comme si en arrière-plan de l’histoire, il permettait aux spectateurs d’imaginer ce qui aurait pu advenir si les choses ne s’étaient pas passées fâcheusement comme la réalité les a imposées aux différents protagonistes.

 

Eugène Onéguine, du 14 au 22 septembre à la salle Wilfried Pelletier de l’opéra de Montréal

Eugène Onéguine, de Piotr Illitch Tchaïkovski (Livret Tchaïkovski et Chilovski d’après Pouchkine)

Mise en scène Tomer Zvulun

Avec Étienne Dupuis (Onéguine), Nicole Car (Tatiana), Stefania Toczyska (Filipievna), Carolyn Sproule (Olga), Christianne Bélanger (Larina), Owen McCausland (Lenski), Denis Sedov (Grémine), Spencer Britten (Triquet), Jean-Philippe Mc Clish (Capitaine), Brenden Friesen (Zaretski), Simon Chaussé (M. Guillot)

Chef d’orchestre : Guillaume Tourniaire

Orchestre Métropolitain et chœur de l’Opéra de Montréal

Informations : https://www.operademontreal.com/programmation/eugene-oneguine