L’Antigone du siècle

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Antigone et ses frères Polynice et Étéocle

Une fratrie unie malgré la tragédie. Une intervention qui tourne mal. Un cœur qui bat très fort pour l’amour et la justice.

C’est la trame de fond de la transposition extraordinaire d’Antigone, film scénarisé et réalisé par Sophie Deraspe, mettant en lumière une jeune femme convaincue et convaincante, qui n’hésitera pas à défier l’autorité pour sauver ses proches. C’est une histoire qui se répète souvent : la situation irrégulière et précaire des immigrants qui, malgré tout, arrivent à s’intégrer même si leur cœur et leurs racines sont ailleurs.

Dès l’ouverture, on sait qu’on aura affaire à une Antigone rebelle et déterminée. Nahéma Ricci incarne entièrement son personnage, qui montre « de la résistance dans l’intelligence », comme l’explique Sophie Deraspe. Même si Antigone semble douce et réservée, son regard est lucide, transparent. Habitée par ses morts, Antigone ne veut pas les oublier et cherche à sauver ceux qui restent.

Sophie Deraspe ©P.J. Dufort

Ce n’est pas une simple adaptation, même que quiconque n’a pas lu ce classique de Sophocle n’en sera nullement dépaysé. C’est un drame choral urbain ou, comme le dit la réalisatrice, « en quelque sorte un conte qui s’inscrit dans un réalisme social », dans lequel les personnages antiques trouvent écho dans une société moderne qui se dit ouverte, mais qui doit marcher droit. Un pas de travers et c’est la chute. On assiste alors à une bavure policière, un dérapage social et une dérive médiatique qui emportent tout, ou presque, sur leur passage. Même si le film de Sophie Deraspe est unique et se tient seul, les allusions à la tragédie grecque sont là : la cour d’école nommée « Chœur 1 » et l’autobus sur lequel on annonce « Œdipe Roi », entre autres. Les silences intimes sont nombreux et éloquents, et les compositions musicales originales viennent animer, comme des vidéoclips, les scènes de vie en extérieur, plus souvent publiques.

Nahéma Ricci ©Adèle Foglia

Comptant quelques acteurs qui en sont à leur première apparition au cinéma, la distribution est parfaite : Nahéma Ricci en Antigone est le choix sans équivoque, sa grand-mère Ménécée (Rachida Oussaada) est la matriarche qui garde la famille tissée serré, sa sœur Ismène (Nour Belkhira) est son alter ego terre-à-terre, et ses frères Polynice (Rawad El-Zein) et Étéocle (Hakim Brahimi), malgré leur présence furtive, sont ses piliers. Les autres personnages qui l’accompagnent dans son combat, soit son copain Hémon (Antoine Desrochers) et le père de celui-ci, Christian (Paul Doucet), et son avocat seront ses bouées de sauvetage. Mais parviendront-ils à la sauver? Voudra-t-elle se sauver elle-même?

Dans le contexte politique actuel, cette Antigone du 21e siècle frappe fort et fera parler d’elle peut-être aussi longtemps que son ancêtre.

Crédit photo : Réjeanne Bouchard

Synopsis

En aidant son frère à s’évader de prison, Antigone confronte les autorités : la police, le système judiciaire et pénal ainsi que le père de son ami Hémon. L’adolescente brillante au parcours jusque-là sans tache voir l’étau se resserrer sur elle. Mais à la loi des hommes, elle substitue son propre sens de la justice, dicté par l’amour et la solidarité.

Antigone prend l’affiche le vendredi 8 novembre. Le film a remporté la palme du meilleur long métrage canadien au Festival international du film de Toronto et représentera le Canada aux Oscars pour le prix du meilleur film étranger.