| Compter
jusqu’à cent, c’est l’ordre
que la narratrice a reçu de son agresseur après
un viol. Sans doute le temps qu’il faudra pour que
ce dernier disparaisse dans la nuit noire. Puis, survient
une tragédie inoubliable : les attentats du 11
septembre 2001. C’est le choc de ces images qui
a fait naître le récit de son 11 septembre
à elle, survenu 10 ans plus tôt et qu’elle
avait enfoui bien loin au fond d’elle-même.
Pour arriver à écrire son histoire et à
raconter l’innommable, la narratrice s’est inventé
un double, Anaïs, du nom du parfum qu’elle portait
ce soir d’hiver de ses 19 ans.

Compter
jusqu’à cent se subdivise en 100 courts
chapitres où le drame personnel d’Anaïs
est mis en parallèle avec le drame collectif du 11
septembre. Le rythme est rapide, saccadé, comme s’il
y avait l’urgence de vivre et de raconter, d’une
plume alerte, sensible et toute en profondeur.
Compter
jusqu’à cent est un livre dur, troublant,
qui vous hante longtemps après en avoir terminé
la lecture. Le lecteur se trouve parfois dans une position
de voyeur, qui peut s’avérer inconfortable.
L’auteure aborde avec aplomb le traumatisme psychologique
et l’émotion est à couper au couteau.
Un livre fort, très particulier et complexe.
Le seul
bémol est la postface que l’auteure a cru bon
d’ajouter, où elle explique sa démarche
d’écriture en mélangeant l’analyse
littéraire et les théories du philosophe Jacques
Derrida. Cela n’était pas nécessaire,
le livre est suffisamment puissant en lui-même.

Publié
dans la nouvelle collection « Première
impression » destinée à la relève
des Éditions Québec Amérique, Compter
jusqu’à cent est le premier roman
de Mélanie Gélinas. Née
en 1975, elle a étudié la littérature
à l’Université de Montréal. Elle
enseigne maintenant de jour au Collège Jean-deBrébeuf
et elle écrit la nuit. C’est une jeune auteure
prometteuse à surveiller.
Compter
jusqu’à cent de Mélanie Gélinas
Roman
344 pages, 17.95 $
Les Éditions Québec Amérique
À
visiter sur le web : www.quebec-amerique.com
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