Le lundi, 4 août 2008


La Corde au Cou
Marie-moi (c’est l’été)

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Trois amies d’enfance. Une future mariée et deux demoiselles d’honneur (pas toujours honorables) en robe citron. Retrouvailles de jolies trentenaires qui se sont éloignées pour mieux se rapprocher. Empêtrée sous un bouquet de superstitions, Julie (Louise Cardinal) se meurt de dire « Oui, je le veux ! » à son gaffeur de chum Sylvain (Félix Beaulieu-Duchesneau). Sissi (Julie Ménard) a fait le voyage de Chicago et délaissé les partys branchés où elle prétend côtoyer George Clooney pour l’occasion, tandis que Marie (Stéphanie Blais) a pu se libérer (une liberté conditionnelle, entendons-nous) de ses 3 enfants pour un week-end. Dernier personnage du tableau, le prof intello et garçon d’honneur, François (Luc Bourgeois), dont le passé de lifeguard menace de créer quelques vagues à la veille de la cérémonie.

Hormis l’année de sa fondation il y a 11 ans, la gang du Petit Théâtre du Nord (PTDN) a commandé chaque année un texte original à un jeune auteur québécois. Il va sans dire que les François Archambault, Simon Boudreault, François Létourneau, Stéphane Hogue, Nico Gagnon, Julie Deslauriers, Marie-Christine Lê-Huu et autres Dominick Parenteau-Lebeuf qui s’y sont prêtés ont eu à se frotter à la comédie. Car la tradition du théâtre estival au Québec coule depuis longtemps des jours heureux sous l’égide de l’humour. Mais en analysant bien la liste des auteurs qui ont offert une de leurs créations au PTDN, on comprend vite fait qu’on ne nous y présentera surtout pas un univers « juste pour rire ». La dramaturge Fanny Britt, qui avait signé un segment du Semi Détaché de l’an dernier, n’est pas non plus reconnue pour provoquer les rires gras. Au contraire, l’écriture de Britt ne tourne pas les coins ronds et fait la part belle aux figures névrosées qui ont le cœur lourd et parfois le remords léger. Si l’on rit dans les éclaircies de son écriture mordante et tantôt effrénée, il y a de bonnes chances que ce soit jaune, vu le malaise drolatique de se reconnaître dans les bêtises ou les angoisses d’humains finement dépeints.

 

 

Mais voilà, comme il s’agit d’une commande d’été, on sent bien que l’auteure, sans trahir ses envies de passer nos travers à la moulinette, a voulu tirer sur le jaune ensoleillé. À l’inverse de sa pièce Couche avec moi (c’est l’hiver), où la basse température était prétexte à des jeux de séduction et de pouvoir malsains, on devine aisément que la saison chaude sera le cadre guilleret d’une romance d’aujourd’hui, comme le chanterait Fugain au milieu de l’autoroute. Donc pas de grincements de dents ni de provocations à l’horizon. Pas plus qu’une rate dilatée à force de blagues à la mitrailleuse. La comédie demeure sage même si complètement échevelée, en ce sens que ses personnages ont plus d’un (dé)tour dans leur trousseau. Un sourire s’installe en permanence à la découverte de leurs maladresses, de leurs désillusions qui voisinent l’espoir, de leur ivresse circonstancielle et de leurs sucrés souvenirs de jeunesse. D’ailleurs, si les retours en arrière n’étaient pas nécessaires à la compréhension de l’intrigue, le metteur en scène Sébastien Gauthier a su les intégrer rondement pour en extraire toute l’innocence et la fraîcheur d’un amour adolescent. Le décor campagnard en deux dimensions conçu par Émilie Prenoveau évoque également en un clin d’œil un passé naïf. En contrepartie, la musique de René Cardinal, par son omniprésence et son caractère presque trop jovial, tend par endroits à transposer les scènes dans l’esprit d’une sitcom préenregistrée. C’est dommage, car il est parfois inutile d’appuyer sur la légèreté quand on peut l’attraper au vol.

Cela dit, La corde au cou – on l’aura compris, le titre évoque la peur universelle de l’engagement – n’a pas à rougir de la qualité de sa distribution. En bon québécois, on peut dire que Louise Cardinal « déménage » en mariée à l’aura troublée et aux ondes brouillées. Point d’équilibre à cette énergie surnaturelle, Félix Beaulieu-Duchesneau est le parfait pendant cool du couple. Toutes deux servies par de belles répliques fort révélatrices de la psyché féminine, Stéphanie Blais et Julie Ménard se moulent à l’univers de Britt en un rien de deux, pendant que leur partenaire Luc Bourgeois, même affublé d’une perruque qu’on jurerait empruntée au Félix Leclerc de Daniel Lavoie, leur en fait baver par son sens inné de la comédie.

Une alternative bienheureuse et délurée aux cocus placardés.

 

 

La Corde au Cou, une production du Petit Théâtre du Nord présentée au Centre communautaire de Blainville, du 26 juin au 23 août 2008. Un texte de Fanny Britt dans une mise en scène de Sébastien Gauthier. Distribution : Félix Beaulieu-Duchesneau, Stéphanie Blais, Luc Bourgeois, Louise Cardinal et Julie Ménard. Assistance à la mise en scène et régie : Maryline Gagnon. Direction de production : Emmanuelle Nappert. Scénographie : Émilie Prenoveau. Costumes : Hélène Marchand-Lavoie. Éclairages : Marie-Ève Rochon. Musique originale : René Cardinal. Conception vidéo : Alexis Côté.

 

Lien: http://www.petittheatredunord.com

 

Crédit photos : François Larivière

 

 

 

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½ ; pas du tout ; un peu ; assez ; beaucoup ; passionnément