La Corde au Cou
Marie-moi (c’est l’été) |
  
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Trois
amies d’enfance. Une future mariée et deux
demoiselles d’honneur (pas toujours honorables)
en robe citron. Retrouvailles de jolies trentenaires qui
se sont éloignées pour mieux se rapprocher.
Empêtrée sous un bouquet de superstitions,
Julie (Louise Cardinal) se meurt de dire «
Oui, je le veux ! » à son gaffeur
de chum Sylvain (Félix Beaulieu-Duchesneau).
Sissi (Julie Ménard) a fait le voyage de
Chicago et délaissé les partys branchés
où elle prétend côtoyer George Clooney
pour l’occasion, tandis que Marie (Stéphanie
Blais) a pu se libérer (une liberté
conditionnelle, entendons-nous) de ses 3 enfants pour
un week-end. Dernier personnage du tableau, le prof intello
et garçon d’honneur, François (Luc
Bourgeois), dont le passé de lifeguard menace
de créer quelques vagues à la veille de la
cérémonie.
Hormis l’année de sa fondation
il y a 11 ans, la gang du Petit Théâtre
du Nord (PTDN) a commandé chaque année
un texte original à un jeune auteur québécois.
Il va sans dire que les François Archambault,
Simon Boudreault, François Létourneau, Stéphane
Hogue, Nico Gagnon, Julie Deslauriers, Marie-Christine
Lê-Huu et autres Dominick Parenteau-Lebeuf
qui s’y sont prêtés ont eu à
se frotter à la comédie. Car la tradition
du théâtre estival au Québec coule
depuis longtemps des jours heureux sous l’égide
de l’humour. Mais en analysant bien la liste des
auteurs qui ont offert une de leurs créations au
PTDN, on comprend vite fait qu’on ne nous y présentera
surtout pas un univers « juste pour rire ».
La dramaturge Fanny Britt, qui avait signé un segment
du Semi Détaché de l’an
dernier, n’est pas non plus reconnue pour provoquer
les rires gras. Au contraire, l’écriture
de Britt ne tourne pas les coins ronds et fait la part
belle aux figures névrosées qui ont le cœur
lourd et parfois le remords léger. Si l’on
rit dans les éclaircies de son écriture
mordante et tantôt effrénée, il y
a de bonnes chances que ce soit jaune, vu le malaise drolatique
de se reconnaître dans les bêtises ou les
angoisses d’humains finement dépeints.

Mais voilà, comme il s’agit d’une
commande d’été, on sent bien que l’auteure,
sans trahir ses envies de passer nos travers à
la moulinette, a voulu tirer sur le jaune ensoleillé.
À l’inverse de sa pièce Couche avec
moi (c’est l’hiver), où la
basse température était prétexte
à des jeux de séduction et de pouvoir malsains,
on devine aisément que la saison chaude sera le
cadre guilleret d’une romance d’aujourd’hui,
comme le chanterait Fugain au milieu de l’autoroute.
Donc pas de grincements de dents ni de provocations à
l’horizon. Pas plus qu’une rate dilatée
à force de blagues à la mitrailleuse. La
comédie demeure sage même si complètement
échevelée, en ce sens que ses personnages
ont plus d’un (dé)tour dans leur trousseau.
Un sourire s’installe en permanence à la
découverte de leurs maladresses, de leurs désillusions
qui voisinent l’espoir, de leur ivresse circonstancielle
et de leurs sucrés souvenirs de jeunesse. D’ailleurs,
si les retours en arrière n’étaient
pas nécessaires à la compréhension
de l’intrigue, le metteur en scène Sébastien
Gauthier a su les intégrer rondement pour
en extraire toute l’innocence et la fraîcheur
d’un amour adolescent. Le décor campagnard
en deux dimensions conçu par Émilie Prenoveau
évoque également en un clin d’œil
un passé naïf. En contrepartie, la musique
de René Cardinal, par son omniprésence
et son caractère presque trop jovial, tend par
endroits à transposer les scènes dans l’esprit
d’une sitcom préenregistrée. C’est
dommage, car il est parfois inutile d’appuyer sur
la légèreté quand on peut l’attraper
au vol.
Cela dit, La corde au cou
– on l’aura compris, le titre évoque
la peur universelle de l’engagement – n’a
pas à rougir de la qualité de sa distribution.
En bon québécois, on peut dire que Louise
Cardinal « déménage » en
mariée à l’aura troublée et
aux ondes brouillées. Point d’équilibre
à cette énergie surnaturelle, Félix
Beaulieu-Duchesneau est le parfait pendant cool du
couple. Toutes deux servies par de belles répliques
fort révélatrices de la psyché féminine,
Stéphanie Blais et Julie Ménard
se moulent à l’univers de Britt en un rien
de deux, pendant que leur partenaire Luc Bourgeois,
même affublé d’une perruque qu’on
jurerait empruntée au Félix Leclerc de Daniel
Lavoie, leur en fait baver par son sens inné de
la comédie.
Une
alternative bienheureuse et délurée aux
cocus placardés.

La Corde au
Cou, une production
du Petit Théâtre du Nord
présentée au Centre communautaire
de Blainville, du 26 juin au 23 août 2008.
Un texte de Fanny Britt dans une mise
en scène de Sébastien Gauthier.
Distribution : Félix Beaulieu-Duchesneau,
Stéphanie Blais, Luc Bourgeois, Louise Cardinal
et Julie Ménard. Assistance à la
mise en scène et régie : Maryline
Gagnon. Direction de production : Emmanuelle
Nappert. Scénographie : Émilie
Prenoveau. Costumes : Hélène
Marchand-Lavoie. Éclairages : Marie-Ève
Rochon. Musique originale : René
Cardinal. Conception vidéo : Alexis
Côté.
Lien:
http://www.petittheatredunord.com
Crédit
photos : François Larivière
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