Chaque automne j’ai envie de mourir

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Chaque automne j'ai envie de mourir

C’est en mai 2009, que Le Carrefour international de théâtre Québec a présenté pour la première fois « le parcours », spectacle déambulatoire extérieur et gratuit, Où tu vas quand tu dors en marchant… ? Le premier arrêt du trajet, intitulé « Jardins Secrets » se situait au parc Lucien-Borne, où des lits avaient été installés et où des acteurs de Québec racontaient une courte histoire à quelques spectateurs, autour de son lit, sous forme de confidence personnelle.

Je me rappelle à cette époque, j’avais assisté à l’écoute de deux de ces textes (le projet a eu lieu deux années de suite), et je me suis dit que j’aurais aimé cela pouvoir me faire raconter toutes les histoires. Et bien, mon désir a été exaucé en un sens, puisque ce livre contient les 37 histoires, monologues (visions, rêves, fantasmes, confidences, hallucinations, secrets) qui ont été racontés par des comédiens pendant l’été 2009 et l’été 2010 dans le parc Lucien-Borne de la ville de Québec. 

À travers ces trente-sept secrets qui nous sont confiés, Véronique Côté et Steve Gagnon nous offrent une langue brute et colorée ­derrière laquelle se cachent toute la force et la fragilité du monde. 

Chaque histoire est courte, avec à peine de 3 à 5 pages. Pour bien apprécier ces histoires, il faut prendre le temps de lire chacune d’elle, lentement, pour en savourer chaque parole, pour en découvrir tout le sens. Il faut se rappeler que ce sont des propos qui nous sont livrés en toute intimité, sous forme de secret.  De plus, plusieurs de ces récits sont écrits de manière très poétique, ou avec un rythme qui nécessite une pause, pour donner toute l’ampleur au texte. (Glaces, Missiles..) 

Certaines histoires parlent de nostalgie, d’amour perdu, de la douleur de la perte. D’autres recèlent de la rage, de la hargne, de l’amertume aussi. Quelques-unes renferment de la peur ou du désespoir, tandis que plusieurs démontrent de la tendresse, de l’affection et de l’amour inconditionnel.  

Elles sont toutes très différentes par leurs propos, mais semblables par leur forte charge émotive et leur vive sensibilité. On ne peut qu’être charmé et touché profondément par ces humanités bouleversantes et hymnes à la vie éclatants. 

En lisant ces histoires, c’est certain qu’il y en a qui m’ont plus affecté que d’autres, probablement car elles résonnent et réveillent en moi des thèmes ou des vérités qui me sont chers. Par exemple :

La cabane « J’aimais mieux avant. Quand la maison était en vie. J’aimerais ça que mes parents reviennent ensemble. C’était eux, la maison. » 

Gâteau « J’ai décidé de manger les deux gâteaux, de ne pas les mettre à la poubelle, parce que je voulais avaler un peu d’elle, par compassion… pis c’était correct qu’ils soient pas bons. »

Lapin « La lumière, elle vient de mon fils. Je sais pas comment j’ai fait pour arrêter de la voir. »

La Lutte (entre un père et son fils) « On a donc jamais eu besoin des mots pour se dire l’essentiel, se dire qu’on s’aimait, on avait d’autres coutumes… La lutte » 

D’autres histoires m’ont particulièrement plus, car elles surprennent par leur finale qui nous atteint en plein cœur. Par exemple : Langue : « L’enfance, c’est la guerre que tu perds le jour où tu perds tes frères. » Cette phrase prend un tout autre sens lorsqu’on apprend ce qui est arrivé à cette jeune fille.

Et cette triste histoire que l’ont m’a raconté ce premier soir de 2009 et qui m’est resté accroché au cœur pendant très longtemps. Panda « Un jour je ferai un documentaire sur les pandas. Pis ça parlera de bipolarité, d’abandon, d’habitudes perdues, de plus jamais pareil comme avant pis d’infinie tristesse. » 

Maintenant, il ne me reste qu’à souhaiter qu’un deuxième volume fasse l’objet des histoires racontées lors de la «Vente de garage» du spectacle déambulatoire de 2011, «Où tu vas quand tu dors en marchant 2 …? »

 

Véronique Côté

Véronique Côté, qui a étudié au Conservatoire d’art dramatique de Québec, est comédienne et metteure en scène. Elle a la chance de jouer de beaux rôles à Québec ou en Europe et de mettre en scène des spectacles qui lui font battre le coeur. Chaque automne j’ai envie de mourir est sa première publication. 

 

 

 

Steve Gagnon

Originaire du Saguenay, Steve Gagnon est diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Québec en interprétation. Comédien et auteur, sa pièce La montagne rouge (SANG) (L’instant même, 2010) a reçu la bourse Première oeuvre en 2008 et a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général en 2011. 

 

 

 

195 pages

Prix : 19.95$

Éditeur Septentrion

http://www.hamac.qc.ca/