Entrevue avec Chico Bouchikhi: dans la cour des grands…

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Chico sur la Place Jean-Paul-Riopelle à Montréal
Photo: Jean-François Frappier

Avant même que Chico Bouchikhi ne soit le voisin en Provence et l’ami personnel de Charles Aznavour, il faisait partie de la cour des grands. Tout comme le chanteur français d’origine arménienne, sa vie a commencé bien modestement. De son vrai nom Djalloul Bouchikhi, son père marocain et sa mère algérienne s’étaient installés à Arles en France où il est né.  Tout à côté des roulottes de roms, Chico allait se faire des frères de sang auprès de la famille Reyes dont le père José Reyes était un guitariste reconnu. Bien que Chico n’ait pas été gitan, les Reyes étaient devenus une famille pour lui; il épousera même une des soeurs Reyes, raconte-t-il en entrevue lors de son deuxième passage à vie au Québec.

Los Reyes

La première fois qu’il est venu à Montréal il y a 30 ans, il était avec le groupe qu’il avait fondé, les Gipsy Kings. Brin de nostalgie, quelques regrets, certes, l’idée même des Gipsy Kings ravive chez  l’homme charismatique de 58 ans, une profonde blessure. À l’époque, voyant le talent à la guitare et celui à la voix de ses amis les frères Reyes, il leur propose de créer un groupe qu’il nomme Los Reyes en hommage au paternel qui jouera avec eux. «Je voyais la réaction du public devant cette musique et ces voix uniques qui appellent à la fête. Il y avait la possibilité d’une expansion à l’international mais je ne croyais pas qu’avec le nom Los Reyes on aurait pu aller au-delà des frontières. Alors j’ai proposé le nom Gipsy Kings, ce qui n’a pas fait l’unanimité. On me reprochait l’anglais et la difficulté à prononcer. Il faut se replacer dans le contexte de cette époque,» raconte ce visionnaire.

Les vers d’oreille

Naquirent des chansons multimillionnaires, de véritables vers d’oreille, Bamboléo et Djobi Djoba sous la plume de Chico Bouchikhi, co-auteur avec certains des frères Reyes aussi auteurs et compositeurs. Le succès des Gipsy Kings fut rapide et planétaire dans les années 80.«Ni la langue, ni la classe sociale, ni l’âge ne faisaient obstacle à la musique des Gipsy Kings, une musique décloisonnée qui agit comme trait d’union entre les gens et au-delà des frontières», explique l’Arlésien. Mais le comte de fée que vivaient les membres des Gipsy Kings allait prendre une tournure inattendue. Chico avait remarqué une incohérence entre les revenus du groupe et leurs nombreuses activités professionnelles. Il ira chercher l’appui de ses frères de sang pour que leur gérant de l’époque ouvre les livres. Des histoires de ce type sont fréquentes dans le showbusiness. À l’apogée de leur succès en 1991, l’ultime trahison aura raison de Chico qui se voit répudier par le groupe sous l’emprise du gérant du moment.

La déception

«J’ai osé demander des comptes. J’ai été tellement déçu, répétera-t-il à plusieurs reprises au cours de notre entretien. Les Reyes étaient la moitié de ma famille. Je me suis senti très seul quand c’est arrivé». Pendant un an, déstabilité par l’épreuve, il deviendra producteur d’un nouveau groupe. Puis au fur et à mesure qu’il reçoit des encouragements pour reprendre le métier, l’appel devient plus fort encore. «Au début on a ri de moi quand j’ai reparti un groupe. Mais le succès a été si rapide avec Chico et les Gypsies que le bonheur et la passion sont venus tout effacer. Il y a cette magie dans notre musique et dans notre façon de chanter qui apporte le bonheur et rend heureux,» raconte ce père de 4 enfants et grand-père de 5 petits-enfants.

La résilience

Si la question des Gipsy Kings et de sa séparation demeure flottant encore aujourd’hui c’est que le deuil reste inachevé à force des guéguerres qui se poursuivent depuis 20 ans. Au début ce furent les traques judiciaires à cause de la ressemblance des noms des deux groupes. Puis on se questionne: est-ce une coïncidence que les Gipsy Kings viennent faire un spectacle, fort agréable du reste, à Montréal ce mois-ci, au moment même où Chico fait la promo de son album au Québec. Ça force Chico à devoir ressasser et à s’expliquer devant une vieille histoire. Dommage! Mais Chico Bouchikhi est aussi de la race des résilients.

Duos pour les 20 ans

Pour fêter le 20e anniversaire de Chico et les Gypsies, il a eu la brillante idée de faire des duos avec des amis et des jeunes chanteurs. Sur l’album Chico and the Gypsie and Friends sorti en France il y a un an, on retrouve des duos avec l’ami Charles Aznavour bien entendu, Nana Mouskouri, Gérard Lenorman, Patrick Fiori, Florent Pagny, Daniel Guichard… aussi avec sa fille Sanaï. Mais sur l’album destiné au Québec, tout frais sorti des presses  il y a une prestation de notre Ginette. «Je vois ces participations comme une reconnaissance du travail que je fais depuis 20 ans. Pour Ginette Reno, on l’aimait déjà et quand on s’est rencontrés à Paris il y a quelques mois, il y a eu la chimie. On a alors décidé d’enregistrer une chanson sur notre album mais on s’entend si bien qu’on a de grands projets ensemble,» explique le leader de Chico et les Gypsies.

Amitié et fidélité

La leçon de vie aura été énorme pour Chico dont le groupe est composé de jeunes gitans qu’il a vu grandir et dont il connaît par coeur le talent: Mounin, la belle voix gitane, Joseph, une voix de ténor, Kema, guitariste virtuose, Babato, le nouveau venu, Tane, mordu de salsa et Rey, l’acteur. Mais il faut en plus être capable de fidélité et d’une amitié réelle pour se joindre aux Chico et les Gypsies.  «Je ne regarde pas la méchanceté. Je fais mon chemin,» dira Chico.

Être dans la cour des grands n’a rien de l’euphémisme pour expliquer le travail de Chico Bouchikhi puisqu’il était nommé, Envoyé spécial pour la paix de l’UNESCO et parrainé par Jacques Cousteau en 1996. Il donne des spectacles autant en Palestine, qu’en Israël, qu’en Algérie, qu’en Bosnie. Et bien qu’il ne suffit pas de serrer la main de leaders tels Yasser Arafat, le Dalai Lama, l’Abbé Pierre comme il l’a fait pour se qualifier, c’est le parcours de l’homme et sa résilience face à l’adversité, comme dans le cas Aznavour, qui le fait entrer dans une ligue d’êtres humains à part.

http://chico.fr/chi 

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