« Chute! On tombe!» à l’Édifice Wilder, dans le cadre du Festival Montréal complètement cirque

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Chute © Vasil Tasevski
Chute © Vasil Tasevski

Exercer son corps, pendant des centaines d’heures et des années durant, à réaliser des prouesses acrobatiques qui n’ont d’autre objectif qu’émerveiller ceux qui n’en sont pas capables : il y a quelque chose de dérisoire voire même de gratuit dans l’art circassien. Les artistes de cirque m’ont toujours donné l’impression d’être de grands enfants qui ne pensent qu’à jouer et passent la plus grande partie de leur temps à réaliser des exploits quelque peu inutiles en regard de ce qu’on estime utile dans notre société.

C’est justement pour ne pas en rester à cet aspect ludique et aussi esthétique que Matthieu Gary et Sidney Pin ont créé le spectacle Chute! On tombe! Sans doute leur entrainement physique est-il aussi l’occasion pour eux de réfléchir aux enjeux et conséquences de ce qu’ils font. Et ce sont ces réflexions physico-philosophiques que les deux artistes ont décidé d’intégrer à leur spectacle, et de partager avec le public.

Dans une relative petite salle (on voit les artistes de très près), où les spectateurs entourent la scène sur ses quatre côtés, un tapis noir recouvre ce qui doit ressembler à un tatami fait pour amortir autant que possible la chute des corps. Et des chutes de leurs corps, les deux artistes nous en servent, dans toutes leurs variantes imaginables. Après une heure de spectacle, les deux hommes ont vraiment l’air épuisés par tous ces jeux extrêmement physiques qui consistent à se lancer seul ou à deux dans les airs, dans des positions aussi extravagantes que possible, et à retomber seulement mus par la gravitation universelle.

Chute © Vasil Tasevski
Chute © Vasil Tasevski

Tel est le combat de l’humanité face à la gravité. Après chaque série de chutes, les artistes, dans un dialogue assez amusant, se confient sur la douleur qu’ils ont éprouvé, réfléchissent sur la simultanéité de la douleur et du son émis par leur corps sur le sol – y aurait-il un rapport entre son et douleur? –, expliquent au public la différence qu’il y a entre la masse d’un corps et son poids, évoquent la résistance et le désir des humains de s’élever tandis que la gravitation les attire irrémédiablement vers le centre de la terre, vont jusqu’à mettre ces réflexions en parallèles avec la vie et la mort. Même s’ils ont fait l’effort de rechercher quelques références savantes – comme la théorie du clinamen chez Lucrèce – leur discours ne va pas très loin et sert plutôt à divertir le public qu’à le faire réellement réfléchir. Il possède aussi la fonction essentielle de permettre aux artistes de récupérer physiquement.

Le spectacle et ses deux artistes ont quelque chose de touchant. Ils m’ont davantage permis de réfléchir à la difficulté de proposer à un public de plus en plus exigeant voire blasé par les exploits, un spectacle original qu’à l’aspiration qu’il y aurait pour l’humain de s’élever et de résister à la gravité qui lui permet quand même, aussi, de garder les deux pieds sur terre…

Chute! On tombe! du 11 au 15 juillet 2018 à l’Édifice Wilder à Montréal

La Volte (France)

De et Par Matthieu Gary et Sidney Pin – Compagnie La Volte
Regards extérieurs Marc Vittecoq
Création lumière Clément Bonnin
Régie générale Julien Lefeuvre
Administration Anne Delepine
Production Porte27
Diffusion Elsa Lemoine / L’Avant Courrier
Remerciement à Thomas Laigle, Pauline Dau, Lawrence Williams, Suzanne Sebö, Fanny Sintès et Marion Collé
Coproductions Le Théâtre de la Madeleine – Scène conventionnée de Troyes, l’Espace Périphérique (Mairie de Paris – Parc de la Villette)

Informations : https://montrealcompletementcirque.com/fr/programmation/spectacles/chute/