La comédie musicale «Salut Claude!» : la vie et les chansons de Claude Léveillée revivent à Eastman

MauvaisAcceptableCorrectTrès bienExcellent (Donnez votre avis)
379
«Salut Claude!»

Le théâtre La Marjolaine de Eastman présente jusqu’au 26 août une nouvelle création de théâtre musical : «Salut Claude!». En plus de nous raconter la vie Claude Léveillée avec ses chansons mises en contexte, le lieu choisi est le même décor enchanteur où il a écrit plusieurs de ses premières comédies musicales dans les années 60. Hier soir, j’ai assisté à une représentation à la fois intime et touchante, tout en étant divertissante par les multiples anecdotes et faits marquants de sa vie tumultueuse. Ils sont trois interprètes sur scène, mais on a l’impression qu’ils sont toute une équipe en jouant plus d’une douzaine de personnages. Avant et après le spectacle, on a aussi droit à des chanteurs invités qui utilisent le même piano rouge que Léveillée jouait, ce qui ajoute à l’expérience.

Simon Fréchette-Daoust et Émilie Allard

L’histoire débute avec le premier chagrin d’enfant de Claude et «Le petit cheval de bois». S’enchaîne une suite de scènes d’événements importants, avec la chanson qu’il a ou aurait pu composer pour s’exprimer. Son premier amour provoque un merveilleux duo avec «Emmène-moi au bout du monde», puis on s’amuse avec son personnage pour enfants Cloclo (1957-59). Suit la boîte à chanson Chez Bozo qui nous amène dans le monde d’Édit Piaf à Paris et à la naissance de son unique fils. De retour au Québec, l’histoire s’enchaîne sur les comédies musicales qu’il a écrites dans les années 60 à La Marjolaine et la Comédie Canadienne. La mort de son fils à 20 ans montre un moment dramatique qui nous entraîne vers la fin de sa vie dans les années 2000, avec la chanson «Quand le rideau tombe». Pour actualiser et expliquer certains éléments, les comédiens décrochent de leurs personnages pour s’adresser directement au public, ce qui apporte des bons moments amusants.

Simon Fréchette-Daoust dans le rôle de Claude Léveillée est tout simplement brillant. Il est touchant et intense, et son timbre de sa voix chantée rappelle celui de Léveillée. D’une belle voix profonde et avec du caractère, il insuffle une histoire aux mots de chaque chanson et l’émotion passe. J’ai bien aimé les succès comme «Frédéric» en l’honneur de son frère et «Taxi» qui est entraînant et superbement chanté, tout comme les chansons moins connues qu’il nous fait découvrir. Mais c’est la scène de la mort de son fils avec «Le grenier fantastique» qui met son jeu en valeur en montrant sa fragilité et son désespoir.

Andréanne Marchand-Girard

Émilie Allard et Andréanne Marchand-Girard jouent à merveille tous les autres personnages. Elles se transforment rapidement et enchaînent les voisines de Léveillée, Clémence Desrochers, son premier amour, et plein d’autres. On apprécie beaucoup la Piaf de Andréanne, la couleur de sa voix chantée lui donne vie, sans tomber dans le piège de l’imitation. Andréanne a une voix toute puissante pour «La légende du cheval blanc». Le duo de Léveillée avec Émilie dans «Emmène-moi au bout du monde» est très touchant. Toutes les deux ont de belles voix expressives, et quand elles chantent ensemble ou avec Léveillée, les harmonies sont superbes. Pour compléter l’équipe, le pianiste Marc-André Perron se plonge dans les mélodies et accompagnements complexes de Léveillée comme s’il avait trois paires de mains. Les 90 minutes du spectacle (sans entracte) sont sans temps mort, grâce à une mise en scène ingénieuse et bien centrée sur son sujet.

Avant le spectacle, j’ai discuté avec Jacinthe Gilbert (metteure en scène) qui m’explique que l’auteure, Andréanne Marchand-Girard, a eu son inspiration en voyant des acteurs chanter avec le piano rouge de Léveillée. Son âme flotte à La Marjolaine, il était naturel de faire ce spectacle à cet endroit. «Andréanne a écouté toutes les chansons pendant plus qu’un an, puis elle a choisi des chansons des années 50 à 70 parce que c’était une période assez productive et intéressante» me confie-t-elle.

Marc-André Perron

J’ai demandé à Jacinthe ce qu’elle a apprise sur Léveillée, et elle confesse «Tout! J’ai trouvé une grande profondeur mais en même temps beaucoup de nostalgie dans son oeuvre. Comme il venait passer ses étés à la Marjolaine, les gens d’ici l’ont connu et il nous racontent une partie de lui qui nous montre un être complexe qui réussissait à s’exprimer par ses chansons». Elle ajoute qu’à chaque entrée en scène, il se demandait s’il était digne de recevoir cette attention et qu’il se sentait incompris. «Cette complexité m’a donné du jus pour l’acteur principal, on pouvait travailler sa fragilité pour découvrir l’homme derrière la chanson» avoue-t-elle. Elle termine en mentionnant que la fierté que Léveillée avait pour le Québec et son message rassembleur font revivre nos racines culturelles québécoises.

À 1h15 de route de Montréal, je recommande ce spectacle à tous, vous passerez une excellente soirée. Les aînés redécouvriront un grand homme, les plus jeunes apprendront l’origine et la richesse d’une partie de notre culture. En arrivant tôt, vous pourrez profiter de la région qui offre plusieurs activités et des paysages merveilleux.

Équipe de création
Production: Théâtre Omnivore
Chansons: Claude Léveillée
Texte: Andréanne Marchand-Girard
Mise en scène: Jacinthe Gilbert
Arrangements vocaux: Jason McNally
Basé sur la biographie de Marie-Josée Michaud

Distribution
Simon Fréchette-Daoust, Émilie Allard, Andréanne Marchand-Girard et Marc-André Perron.

Émilie Allard, Simon Fréchette-Daoust, Andréanne Marchand-Girard et Marc-André Perron

Présenté en français du 9 au 26 août 2018 (jeudi au dimanche) à 20h (16h30 le dimanche) au Théâtre La Marjolaine (55 Chemin du Théâtre, Eastman).

Billets disponibles (38$) sur www.lamarjolaine.info ou par courriel à info@lamarjolaine.info ou par téléphone 450-297-0237.

Forfaits Souper-Théâtre disponibles avec tables d’hôte et menus variés.

Photos: Gilles Motard