La grande noirceur de Maxime Giroux au FCVQ, fable déroutante et percutante et phénoménal jeu de Martin Dubreuil!

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La grande noirceur (The Great Darkened Days ) de Maxime Giroux

En cette 2e journée du festival de cinéma de la ville de Québec, plusieurs événements intéressants étaient au programme.  En autres le CinéConcert Metropolis de Fris Fritz Lang mettant en valeur une quinzaine de talentueux musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec dirigés par Gabriel Thibaudeau, sommité mondiale en composition pour film muet et en accompagnement musical était présente une seule fois, le vendredi 14 septembre, à 20 h, à la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm. Pour ma part, j’ai préféré aller voir un des films québécois présentés dans le festival.

À 19 h, au Conservatoire d’art dramatique, on pouvait voir le documentaire L’amour à la plage de Lessandro Sócrates et Judith Plamondon. Tandis qu’au Musée national des beaux-arts du Québec, on nous présentait un des films en compétition La grande noirceur (The Great Darkened Days ) de Maxime Giroux, fraichement arrivé du TIFF. Ce dernier a retenu mon intérêt par sa bande-annonce perturbante et sachant que Martin Dubreuil en était la vedette principale.

Lauréat du prix du meilleur film canadien il y a quatre ans grâce à Félix et Meira, Maxime Giroux a renoué pour ce film-ci, avec l’acteur principal Martin Dubreuil. Ce film sera à nouveau présenté dans le cadre du festival, le samedi le 22 septembre à 13h au Palais Montcalm.

Synopsis :Pendant la deuxième guerre mondiale, Philippe, un déserteur québécois, se réfugie dans l’Ouest américain en survivant grâce à des concours d’imitation de Charlie Chaplin. Durant son retour vers le Québec, il fait la rencontre de plusieurs individus sous l’emprise d’une folie destructrice.

Il est certain que cette œuvre est complexe, étrange, violente même, avec plusieurs anachronismes. On est rapidement déstabilisés et certaines scènes sont remplies de malaises et parfois même une petite frayeur nous fait regarder ailleurs. C’est du moins une partie des émotions par lesquelles j’ai passé en regardant ce film. Au final, bien que j’en suis sortie complètement dérouté, j’en ai surtout retenu la phénoménale performance de jeu de Martin Dubreuil qui s’est à nouveau surpassé et les paysages à couper le souffle du désert qui contrastaient amplement avec les moments plus sombres et la violence parfois grotesque du film.

À nouveau, comme dans tous ses films, Martin Dubreuil relève un défi de taille avec ce personnage de déserteur, imitateur de Charlie Chaplin perdu dans le désert des États-Unis. Il porte le film sur ses épaules, car il est de toutes les scènes, de tous les plans, de toutes les tortures. Il excelle autant dans ses pas de danse à la Chaplin, que dans le désarroi et la peur que l’on perçoit dans son regard. Sa colère contre cette guerre le pousse à préférer tenter de survivre dans un bled perdu des États-Unis, plutôt que d’aller combattre au front. Mais son combat dans le désert est, à mon avis, tout aussi terrifiant et dévastateur.

Maxime Giroux et Olivier Bilodeau

À la fin du film, les artisans de cette fable déroutante et perturbante ont répondu aux questions des gens dans la salle. Il y avait le producteur Sylvain Corbeil, le comédien Martin Dubreuil, Maxime Giroux un des scénaristes et le réalisateur, ainsi que les deux autres scénaristes Simon Beaulieu et Alexandre Laferrière. Voici ce que j’en ai retenu. 

Maxime Giroux parle du tournage et du film en général : «La grande noirceur, a été tourné en Californie, au Nevada et à Montréal, dans le sous-sol de l’impérial qui est un vieux cinéma. On a tourné en dessous du cinéma. On a eu 18 jours de tournage. Ce film a été réalisé très rapidement, sans aide des institutions vraiment. On l’a écrit, produit, tourné et monté en un an seulement. 

Il y a 3 références marquantes au film américain Le Dictateur (The Great Dictator en anglais), de type satirique, réalisé en 1940 par Charlie Chaplin. IL y a l’allocution au début du film. Il y a aussi la danse de Martin dans le désert, avec le mouvement de caméra qui est le même que dans The Great Dictator. Et il y a la boue, mais Chaplin ne s’y retrouve pas pour les mêmes raisons que Philippe.» 

le producteur Sylvain Corbeil, le comédien Martin Dubreuil, Maxime Giroux, scénaristes Simon Beaulieu et Alexandre Laferrière

Un des scénaristes renchérit sur ce qu’est le film :« Ce film est une allégorie sur la perte d’identité au sein de l’Amérique. Ici, on a un québécois qui imite une figure emblématique des États-Unis, perdu aux États-Unis, dont on essaie de le violenter, de l’exploiter, de le torturer. C’est donc une image assez éloquente de ce qui est en train de se passer dans notre réalité. Pour moi, Chaplin représente le côté positif de l’Amérique qui s’est battu contre le Nazisme. Le discours du grand dictateur qui en est un d’espoir. On a aussi ce québécois qui est pris dans cette identité américaine et qui essaie de se sauver d’une sorte d’apathie généralisée. La terreur est en train de se mondialiser et on voulait le montrer dans le film. Ce symbole-là de l’Amérique positive qui est en train d’être trainé dans la boue. Donc, oui, c’est une fable et on dénonce surtout la montée de la droite dans le monde, et le capitalisme extrême. On a aussi voulu montrer le contraste entre la nature qui est généreuse et belle dans l’Ouest Américain et les humains eux sont plus sombres, violents et en perte de morale. La nature, elle est bienveillante. » 

Martin Dubreuil

Martin Dubreuil parle aussi du défi de son personnage : « C’était un tournage pas mal difficile. Le tournage dans la neige a été très exigeant. J’avais les pieds gelés, mais en même temps, j’étais tout en sueurs parce que je cours sans arrêt. Quand on tourne, on doit faire les scènes plusieurs fois. Donc, je courais de longues distances, puis je revenais et je devais le refaire une dizaine de fois. Après le premier 4 ou 5 jours, j’avais le corps fini. Je commençais un rhume. J’étais brûlé. Et ensuite, à Montréal, on a tourné genre 2 mois plus tard. Et là, il fallait que je me replonge dans le personnage, en partant de chez moi le matin, laissant ma famille pour me remettre chaque matin dans le mood du personnage, c’est plus difficile que lorsque j’étais au Nevada, dans la nature, imprégné du personnage constamment. Et c’est à Montréal aussi qu’on a tourné les scènes dans la boue. Je restais pris dans cette boue pendant des heures pour tourner. C’était vraiment exigeant, mais un plaisir à faire. »

Aucune date de sortie n’est encore fixée pour l’instant.

MAXIME GIROUX :Maxime Giroux a réalisé plusieurs courts métrages, dont Le Rouge au sol et Les Jours. Ces films ont été projetés dans plus d’une cinquantaine de festivals et se sont mérités une quinzaine de prix internationaux, dont le prix du meilleur court métrage au Festival international du film de Toronto et celui du Festival du nouveau cinéma à Montréal. En septembre 2018, le tout nouveau long-métrage de Maxime, La grande noirceur (The Great Darkened Days) a été sélectionné pour être présenté en Première mondiale au célèbre TIFF.

MONTAGE

Mathieu Bouchard-Malo

PHOTOGRAPHIE

Sara Mishara

INTERPRÉTATION

Martin Dubreuil
Sarah Gadon
Reda Kateb
Romain Duris

Durée 94 minutes

Lange : anglais et français

Sous-titre : français et anglais

Titre original : LA GRANDE NOIRCEUR

Titre en anglais : THE GREAT DARKENED DAYS

Également, avant chaque long métrage, durant le festival, il y a également la présentation d’un court-métrage. Cette fois-ci, c’est SKUGGDJUR (les ombres) qui nous a été présenté.

SYNOPSIS :Marall accompagne ses parents à une soirée où ils lui demandent de bien se tenir. Plus le temps avance et plus elle trouve la conduite des adultes étrange. Les invités essaient de s’intégrer, mais ils n’y parviennent pas tous et Marall semble être la seule à voir l’ombre qui rôde dans la maison. Shadow animals est un drame dansé portant sur la découverte du comportement humain.

Je trouve que ce court-métrage a été très bien choisi pour accompagner La grande noirceur, car on reste dans le même ton, le même ambiance.  Le public voit à travers les yeux de la jeune Marall, le comportement bizarre des adultes autour d’elle. Ils agissent différemment de ce qu’on est habitué dans la vie. Leur poignée de main est différente, leurs salutations aussi, la manière de marcher et danser également sont étranges. À cela s’ajoute une ombre qui rôde que personne sauf la jeune fille ne peut voir. C’est intriguant et déroutant. J’ai bien aimé.

Jerry Carlsson a gradué à l’École des beaux-arts de Valand, en Suède, en 2015. Ses courts-métrages primés ont été projetés dans plusieurs festivals de films internationaux, dont Locarno et Tribeca. En 2015, Jerry fut sélectionné pour participer au programme de promotion de films européens « FUTURE FRAMES : Dix cinéastes à suivre » à Karlovy Vary.

Présenté avec par Jerry Carlsson

Durée 21 minutes

Langue : Suédoise

Sous-titre français et anglais

Année 2017

MONTAGE

Philip Bergström
Jerry Carlsson

PHOTOGRAPHIE

Marcus Dineen

INTERPRÉTATION

Peter Melin
Cecilia Milocco
Zana Penjweni
Ayla Turin

Titre original :SKUGGDJUR

Titre français :LES OMBRES

Titre anglais :SHADOW ANIMALS

http://www.fcvq.ca/

Crédit photos : Shirley Noel