Les 7 jours du Talion

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Entrevues avec les acteurs / Appréciation du film

J’ai vu, en grande première, sur invitation de presse, le film Les 7 jours du Talion. C’est un thriller de tension extrême qui soulève la question de la vengeance lors d’un crime sordide. Martin Dubreuil déchire l’écran avec ses cris d’agonie, dans la peau de l’ignoble meurtrier. Claude Legault se trempe à fond dans son personnage de père éploré qui se noie dans la rage de sa vengeance. Je vous en donne mon appréciation plus détaillée à la fin de cet article.
Entrevues :
J’ai rencontré, au Château Frontenac, l’auteur du livre et scénariste du film Patrick Senécal, le réalisateur Podz (Gabriel Grou), la productrice Nicole Robert et les acteurs du film Claude Legault, Rémi Girard et Martin Dubreuil. Ce film sortira en salle le 5 février 2010.
Questions pour Daniel Grou alias Podz :J’ai remarqué qu’il n’y avait pas vraiment de musique stressante comme on a l’habitude d’en avoir dans ce genre de films. Et même, il n’y a pas de musique du tout au début et à la fin du film. Pourquoi?
Podz « «Dans la vie de ces gens, dans l’atrocité de ce qui leur arrive, il n’y a pas de musique. Et on ne voulait pas non plus influencer le spectateur dans ses émotions. On a essayé de mettre une musique dans le générique de fin et Patrick et moi avons été d’accord pour dire que cela n’avait pas sa place. »
Question :C’est le premier film que vous réalisez. Passer de la réalisation de séries télé, à la réalisation d’un long métrage. Est-ce difficile, différent? Comment on s’adapte à cela?
Podz : « Pour moi c’est assez similaire. Dans les deux cas, c’est raconter une histoire avec des comédiens et une caméra.  J’ai fait le saut assez facilement. Claude, j’avais déjà travaillé avec et les autres je les connaissais pas mal… À part peut-être dans l’approche plus formelle et fermée d’un film qui dure deux heures tandis qu’une série télé, tu as plusieurs histoires à raconter.   »
Question : Pour le choix de Martin, quelque peu inconnu pour jouer le rôle de Lemaire (le meurtrier), comment cela s’est fait?
Podz : « Je l’avais vu dans des courts-métrages. Mais en fait, c’est Patrick (Senécal) qui m’a dit de le passer en audition, car il savait qu’il serait bon. Et dès les premiers essais, on savait que c’était lui le personnage de Lemaire »
Questions pour Patrick Senécal:Après avoir scénarisé 5150 rue des ormes, et Sur le seuil avec Éric Tessier, comment est-ce différent d’avoir Podz comme réalisateur pour Les 7 jours du talion?
Patrick « «Pour moi, ce n’est pas tellement différent, puisque j’écris une histoire et on la met en image. Ce sont deux réalisateurs qui ont chacun leur façon de voir les choses et qui insistent sur des détails qui ne sont pas toujours les mêmes. Mais pour moi le scénariste, au bout du compte c’est le même travail. Il est important que l’histoire nous plaise à tous les deux. Et dans ce cas-ci, ce thème touchait beaucoup à Podz. Je suis chanceux, car cela fait deux fois que je travaille avec un réalisateur avec qui je m’entends bien. Il faut être sur la même longueur d’onde. Il faut qu’ils partagent mon univers…sombre quand même. Et maintenant j’ai d’autres projets avec Éric et d’autres avec Podz ( Le vide). »
Question : Pourquoi faire un film comme celui-là? :
Patrick : « C’est un film dur, mais quand on regarde le film au complet on comprend que le but n’est pas de faire un gros film d’horreur. Il me semble que c’est clair qu’on voulait, oui, faire un électrochoc auprès des gens, mais surtout pour les obliger à affronter leurs propres questionnements moraux.  »
Question : Dans le livre, on a le chien comme symbole, avec le bruit dans la tête de Bruno, qui l’obsède de plus en plus, à mesure qu’il s’enfonce dans sa folie. Pourquoi l’avoir remplacé par un chevreuil dans l’adaptation pour le film ?
Patrick : « On a essayé deux ou trois fois d’intégrer le chien au scénario. Mais cela ne fonctionnait pas. Dans le livre, on peut expliquer beaucoup l’analogie du chien, mais dans un film, c’est moins évident de le faire comprendre. C’était un flashback et on coupait le beat du film pour retourner en arrière. Bref, on a trouvé quelque chose dans le présent de Bruno, pour démontrer l’intériorité de son personnage.  »

En entrevue: Daniel Grou alias Podz le réalisateur, Patrick Senécal auteur et scénariste.
Questions pour Claude Legault:
Question : Un homme qui parle peu et qui doit faire passer ses émotions par le regard. C’est difficile à jouer ?
Claude : « C’est comme demander à un joueur de hockey, si c’est difficile pour lui de marquer un but. Oui c’est difficile parce qu’il y a toujours des gros gars qui essaient de m’en empêcher. Mais c’est ma job… Pour le faire, je pense à mon personnage, à ce qu’il vit. Je pose constamment des questions à Podz sur mon personnage. Comment il vit sa relation amoureuse depuis douze ans avec sa femme? Et sa  job, aime-t-il toujours cela ? Et quelle relation il a avec sa fille? Avec toutes ces références, je peux me mettre dans la peau de mon personnage»
Question : Et les scènes de tortures, comme la flagellation et l’étranglement. Comment on se sent, avant, pendant et après ces scènes ?
Claude : « Encore une fois, à chaque fois que je devais faire une scène et torturer Lemaire, Podz me mettait des images dans ma tête. Il me rappelait ce que Lemaire avait fait subir à ma fille et je laissais alors monter la haine et l’instinct de vengeance pour le reste. Et Martin est capable d’en prendre. Il voulait que je l’étrangle vraiment…. Et pourtant, on est de bons amis… C’est important de créer une amitié pour jouer des moments aussi intenses.  »

En entrevue : Claude Legault
Question à Martin Dubreuil :
Question : D’abord, bravo pour votre performance exceptionnelle. Vos cris m’ont résonné dans la tête longtemps après la fin du visionnement du film. Comment on se prépare pour jouer ces scènes épouvantables? Pour crier ainsi?
Martin : « Enfin une question différente. .. J’ai essayé de le sentir le plus possible. J’y suis allé sans aucune pudeur.  Je me fous que les gens me voient. Entre les prises, s’il faut que je mette dans un état second et même embêtant pour atteindre ce qu’il faut que j’aille chercher, je le fais. Je disais parfois, je suis désolé, mais je ne suis pas prêt. On me laissait prendre mon temps. Un moment donné, je suis suspendu, mais je ne sentais pas le motton venir. Alors, je me suis mis à beugler et cela faisait une vibration et cela me mettait mal à l’aise aussi. Tout cela m’aidait à me mettre dans l’état voulu. Et quand les larmes venaient, alors je disais OK on peut y aller. Et là on tournait et je pleurais… pas de demi-mesure. Je m’abandonnais complètement.  »
Question : Et les scènes de flagellation et d’étranglement? Comment on joue ces scènes ?
Martin : « Je lui avais demandé à Claude de m’étrangler pour vrai, mais il m’a dit »non non Martin. Dans l’état d’esprit dans lequel je me mets pour mon rôle, je ne voudrais pas t’étrangler pour vrai, avec les mains que j’ai ». Mais je me disais ‘Game’ pourtant. On ne m’a pas laissé le choix. »

En entrevue : Martin Dubreuil
Questions pour Rémy Girard:
Question : Vous, qu’on a vu récemment dans le bonheur de Pierre, dans un rôle plutôt drôle, qu’est-ce qui vous a attiré dans ce rôle de l’enquêteur qui vit le deuil de sa femme assassinée?
Rémy : « Justement, le Bonheur de Pierre va sortir à Paris la semaine prochaine et je suis bien content de cela…  Pour le rôle dans le film de Patrick, j’ai dit oui tout de suite. Car cela me permet de jouer autre chose, un personnage plus refermé sur lui-même, plus introverti.  Dans un rôle comme celui-là, il y a beaucoup d’introspection. C’est un gars qui ne parle pas beaucoup. Il est complètement obnubilé par le souvenir de sa femme. Il n’est pas capable de s’en sortir. En même temps, ce que je trouvais d’intéressant dans ce personnage, c’est qu’il a une quête. S’il empêche Bruno Hamel de tuer le meurtrier de sa fille, il va réussir quelque chose pour lui-même aussi. Il va commencer à vivre sa vie à lui
Question : Aviez-vous lu le livre?.
Rémy : « Non, mais j’ai lu la plupart des livres de Patrick, mais pas celui-là. Car lorsque je fais un film, je préfère m’en tenir au scénario. De toute façon, dans le livre ils en couvrent plus large. Il y a des choses qui arrivent au personnage dans le livre, mais n’est pas nécessairement pareil dans le film. »

En entrevue : Rémy Girard
Questions pour Nicole Robert la productrice :
Question : Qu’est-ce qui fait que vous désiriez autant produire ce film basé sur le livre de Patrick Senécal?
Nicole : « Ce film, c’est mon bébé. Quand j’étais sur le plateau de tournage de ‘Sur le seuil’ que je produisais et dont Patrick faisait une première adaptation pour le cinéma de son roman, il était aussi en train d’écrire le roman ‘Les 7 jours du talion’. Il me l’a fait lire. Cette histoire me rejoignait complètement. »
Question : Cela va déjà très bien maintenant pour ce film. Il est retenu pour le festival de Sundance et les Américains sont intéressés par un ‘remake ’. Est-ce que la réponse est bonne au Québec?
Nicole : « On a une réception superbe. On ne s’attendait pas à cela, car on a eu tellement d’adversité pour le faire. Mais on était convaincu. Je croyais à l’écriture et je croyais aussi en Podz. Lors de la première à Montréal, les gens m’ont dit qu’ils avaient besoin de ce genre de film, pour se poser des questions, pour se demander ce qu’ils feraient eux si cela leur arrivait. »

Nicole Robert la productrice.
Synopsis :
Il s’appelle Bruno Hamel, il a trente-huit ans et il est chirurgien. Avec sa petite famille – Sylvie, sa conjointe, et Jasmine, sa fille de huit ans –, il habite Drummondville et, comme tous les gens heureux, il n’a pas vraiment d’histoire. Jusqu’à ce que Jasmine, par un bel après-midi d’automne, soit violée et assassinée. Dès lors, l’univers de la famille Hamel bascule. Lorsque la police arrête le meurtrier, un terrible projet germe dans l’esprit enténébré de Bruno: il va s’emparer du monstre et lui faire payer ce qu’il a fait à sa petite fille. Le jour de la comparution du meurtrier, Hamel, kidnappe le monstre, puis transmet aux autorités policières un message laconique: « celui qui a violé et tué ma petite fille va souffrir pendant sept jours, après quoi il sera exécuté. Ensuite seulement, je me rendrai. »

Ce vidéo n’est pas une propriété d’Info-Culture.Biz.

Mon appréciation :
Ce film, tiré du livre du même nom, entre dans la catégorie des thrillers, films d’horreur, de violence et de tension extrême. Pourtant, ce film mérite d’être vu par tous, car il apporte une série d’émotions et de questionnements très pertinents sur la vengeance, le deuil lors de crimes sordides et les peines associées à de tels crimes. J ’ai d’abord lu le livre, histoire de savoir à quoi m’attendre lors du visionnement du film et pour exorciser ma peur.
Au niveau de l’écriture du scénario, Patrick Senécal a fait un travail remarquable d’adaptation du livre pour le grand écran. Certains aspects ont été modifiés ou coupés au profit de l’histoire. Bien qu’on ne puisse pas lire dans les pensées de Bruno Hamel (Claude Legault), on réussit tout de même à suivre son état d’âme. On compati à sa douleur vive et l’on assiste impuissant à son déroutement au fil du temps. On en vient presque à prendre en pitié le meurtrier et à souhaiter qu’il soit épargné. Également, Podz (Daniel Grou), qui en est à sa première expérience en réalisation d’un film, a démontré une totale assurance et une habileté à faire ressortir les situations horribles ainsi que les moments de tortures pour les rendre extrêmement crédibles et réalistes. Au niveau sonore et de l’éclairage, contrairement à bien des films où ils en font trop, ici, tout est bien calibré pour qu’on y croit vraiment. Dès le début du film, on entre dans l’histoire, sans musique ni fla-fla. Et à la fin, on a droit à un générique silencieux. Un bon choix à mon avis, car on se doit de demeurer dans cet état quelque peu comateux à la sortie de la salle, pour bien digérer ce qu’on vient de vivre.
Au niveau des performances d’acteurs, il faut définitivement applaudir la véracité du jeu du bourreau, père de la fillette (Claude Legault) et du monstre meurtrier (Martin Dubreuil). Dès les premières images, où l’on aperçoit ce violeur d’enfants, on lui découvre un sourire juste assez baveux pour comprendre toute l’envie de vengeance du père de la fillette. Martin Dubreuil se met par la suite, littéralement à nu au profit de son personnage qui agonise. Ses cris m’ont résonné dans la tête longtemps après la fin du visionnement du film.
Pour sa part, Claude Legault, avait comme défi d’incarner un homme dont la carrière et la vie étaient basées sur l’aide à autrui et qui s’est transformée en vengeur obsédé de sa fillette. Comment parvenir à jouer un homme si calme et pacifique qui perd la carte? Claude Legault réussit cet exploit à merveille.
Rémy Girard aussi est excellent dans un rôle tout en retenue et plus effacé de l’inspecteur chargé de l’enquête, mais dont on sent une très grande douleur dans son deuil personnel.
Les 7 jours du talion est un film qui plaira sûrement aux admirateurs des livres de Patrick Senécal ou de thriller et de films d’horreur, mais il peut plaire aussi au public en général pour son intensité psychologique. Si c’est possible, ne lisez pas le livre avant de voir le film, cela augmente l’effet de surprise et de suspense. Et même, je suggère de lire le livre après, pour entrer plus loin dans la psychologie des personnages et voir les divers aspects qui n’ont pas été intégrés au film.


Fanny Mallette et Claude Legault. Alexandre Goyette et Rémy Girard.


Productrice Nicole Robert, réalisateur Podz et scénariste, auteur Patrick Senécal. Martin Dubreuil et Podz (Daniel Grou)

 

Équipe de conception : Fiche technique
Un film  basé sur le roman de Patrick Senécal ‘Les sept jours du Talion’, éditions Alire
Réalisateur PODZ (Daniel Grou)
Scénariste Patrick Senécal
Productrice Nicole Robert
Directrice de production Martine Beauchemin
Directeur de la photographie Bernard Couture
Directeur artistique André Guimond
Créatrice des costumes Brigitte Desroches
Monteur Valérie Héroux
Son Michel Lecoufle ,Pierre-Jules Audet, Luc Boudrias



Rémy Girard et Patrick Senécal. Groupe : Patrick Senécal, Podz, Nicole Robert, Rémy Girard, Martin Dubreuil et Claude Legault
Distribution :
Dr. Bruno Hamel : Claude Legault
Hervé Mercure : Rémy Girard
Anthony Lemaire : Martin Dubreuil
Sylvie : Fanny Mallette
Jasmine :  Rose-Marie Coallier
Diane Masson : Pascale Delhaes
Pleau : Dominique Quesnel
Boisvert :  Alexandre Goyette
Date de sortie en salle: Vendredi 5 février 2010
Alliance Vivafilm
www.vivafilm.com
crédit photos : Lise Breton et Alliance Vivafilm

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