Oscar et la dame Rose

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Entrevues avec les acteurs / Appréciation du film

J’ai vu, en grande première, sur invitation de presse, le film Oscar et la dame Rose. Un film qui porte à réflexion sur l’inconnu et la mort. Comment se débarrasser de cette peur de l’inconnu. Comment vivre pleinement, sachant que la vie est éphémère. Amir Ben Abdelmoumen est un petit garçon extrêmement attachant, au sourire charmeur et au talent immense. Michèle Laroque, sous sa carapace bourrue et mal engueulée se cache un coeur d’or. Une vraie rose qui se protège avec ses épines. Éric-Emmanuel Schmitt réussit à traiter d’un sujet grave sans pour autant déprimer le spectateur. Je vous en donne mon appréciation plus détaillée à la fin de cet article.
Entrevues :
J’ai rencontré, au Château Bonne Entente, l’auteur du livre,scénariste et réalisateur du film Éric-Émmanuel Schmitt, la productrice Denise Robert et les acteurs du film Benoît Brière et Amir Ben Abdelmoumen. Ce film sortira en salle le 26 février 2010.
Questions pour Éric-Émmanuel Schmitt :Une chose qui a capté mon attention tout au long du film c’est le jeu des couleurs avec les lettres et les ballons qui chaque jour sont agencées aux couleurs des vêtements et accessoires. Que veulent dire ces couleurs? Ont-elles un sens chacun?
Éric « Je suis content que vous l’ayez remarqué. L’idée c’est qu’un jour dans la vie d’Oscar égal dix ans. Donc, chaque jour correspond à une décennie. Et j’ai voulu des couleurs dominantes et bien définies pour chacune des décennies qui ne ressemblent à aucune autre. Donc la jeunesse c’est le jaune et le bleu, à vingt ans c’est le rouge… à quarante ans c’est le violet et le marron. Et après, avec le grand âge,  les couleurs s’atténuent et tournent plus autour du bleu plus pâle. Il ne faut pas oublier qu’on voit avec les yeux de cet enfant.  »
Question :Comment avez-vous amené la Mamy Rose à devenir un tout autre personnage, plus jeune et avec une histoire bien à elle, qu’on ne retrouve pas dans le livre?
Éric : « Cela me paraissait important que le film ajoute quelque chose au livre. Dans le livre on sait peu de choses sur la dame Rose, puisque c’est l’enfant qui nous parle d’elle dans ses lettres à Dieu. Mais il ne nous dit pas comment elle est devenue dame Rose. Du coup, le film allait raconter l’avant, c’est-à-dire, comment une femme normale finit par devenir bénévole. Comment une femme qui a ses propres enfants et plein de soucis, finit par s’occuper de ceux qui ne sont pas les siens, qui sont malades à l’hôpital, dans un milieu dont elle a peur. Et c’est tout ce trajet que fait le personnage de Rose dans le film. Et pourquoi elle fait ce trajet? Au contact de cet enfant, elle perd son cynisme et devient aimante et généreuse. En fait, Oscar et Rose sont deux blessés de la vie, deux blessés de l’amour. Lui croit que ses parents ne l’aiment plus et elle est en instance de divorce et ne croit plus aux sentiments. Ce sont deux blessés qui vont se réparer. »
 
 


En entrevue: Éric-Emmanuel Schmitt auteur, scénariste et réalisateur du film.
 
Questions pour Benoit Brière:Pour quelles raisons vouliez-vous faire partie de ce film merveilleux?
Benoit « D’abord quand on t’appelle pour te proposer un rôle et que c’est Éric-Emmanuel Schmitt qui va le réaliser… je me dis que cela devrait être agréable. Ensuite, du fait d’avoir lu le roman et d’avoir eu le bonheur d’assister à la première de la pièce Oscar et la dame Rose, à Paris, je me disais qu’est-ce qu’il va faire avec le film. Il me parle alors du rôle d’un annonceur arbitre de catch (lutte), qui vient de l’imaginaire d’un enfant… on avait alors la possibilité d’aller dans le burlesque, la fantaisie, le vaudeville, à l’intérieur d’un cadre rigoureux par contre. Car il ne faut pas oublier que ce sont des chorégraphies de lutte… On se disait qu’on devait agir comme si on allait raconter une histoire au chevet d’un enfant qui est mourant. Alors l’espace d’un moment, on amène l’enfant dans un univers en folie, pour lui faire oublier son mal.  »
Question :Est-ce que vous avez eu recours à des cascadeurs pour les scènes?:
Benoit : « oui oui, c’était orchestré par Franco Dragone, mais également le tout était assuré par une équipe de cascadeuses et cascadeurs québécois qui avaient le contrôle total du tournage… et une équipe d’acrobates du Cirque du Soleil, ukrainiennes, russes, parlant très peu anglais. Il y avait un grand niveau de sécurité sur le plateau. Ce fut du bonheur pendant les cinq jours de tournage, à s’éclater complètement, à se faire tirer dans les câbles d’acier par les cascadeurs. On était un peu courbaturé, mais après ces cinq jours, je me suis dit… pas déjà fini ?!   »
 
 

En entrevue: Benoit Brière
Questions pour Amir:
Question : Comment as-tu aimé ton expérience de faire un premier grand rôle dans ton premier film?
Amir : « J’ai trouvé cela chouette, formidable. »
Question : Est-ce que c’était la première fois que tu venais au Canada? Aimes-tu le Québec?
Amir : « C’est chouette, je suis allé visiter le Vieux-Québec avec mes parents. J’espère bien revenir un jour. »
Question : Qu’est-ce que tu as trouvé de plus difficile à jouer?
Amir : « Ce sont les scènes d’effets spéciaux, car on doit faire beaucoup de fois la même chose. Par exemple le rêve de la fin où Dieu vient me voir. C’était plus long et plus dur. »
Question : Es-tu resté en contact avec les autres jeunes acteurs du film?
Amir : « Ah oui on reste en contact. On ne se voit pas beaucoup, car on habite tous loin. Mais on reste en contact sur facebook par exemple.  »

En entrevue : le jeune Amir, 10 ans
 
 
Questions pour Denise Robert la productrice :
Question : Pourquoi avez-vous eu envie de produire ce film?
Denise : « C’est moi en fait qui suis allée chercher Éric-Emmanuel. J’avais lu le roman et je trouvais qu’il y avait une magie dans ce roman, qui à mon avis pouvait se traduire au cinéma. Je suis allée voir Éric-Emmanuel à Paris pour lui proposer de faire ce film. Lorsqu’il a finalement dit oui, et comme il travaillait avec Philippe Godeau dans Odette tout le monde alors on a décidé d’en faire une coproduction France-Belgique et Québec. Ainsi, Éric-Emmanuel est venu filmer une partie des scènes au Québec (celles des matchs de catch), avec des acteurs d’ici, dont Benoit Brière qu’Éric-Emmanuel avait découvert dans une pièce de théâtre.  »
Question : Est-ce plus difficile de faire une production en collaboration avec d’autres pays, comme ici avec la France et la Belgique, au lieu d’être entièrement québécois?
Denise : « Cela fait 18 ans que je produis des films et j’ai fait plusieurs coproductions, alors je suis habituée. Il s’agit de savoir comment composer avec des cultures différentes et d’amener cela pour alimenter le film et l’enrichir
 

Denise Robert la productrice.
Pour voir plus de photos prises lors des entrevues, allez sur ce lien : http://espace.canoe.ca/infoculture/album/view/825982
Synopsis :
Oscar, garçon de dix ans, vit à l’hôpital. Ni les médecins ni ses parents n’osent lui parler de l’imparable vérité. Seule Rose, venue livrer ses pizzas à l’hôpital, communique avec l’enfant sans détour. Rose propose un jeu à Oscar : chaque journée qu’il vivra comptera pour dix ans, elle lui offre ainsi une vie entière en quelques jours. Une amitié singulière naît entre Oscar et Rose. Tous deux sont loin d’imaginer à quel point cette complicité va bouleverser leur destin.
 

 

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Mon appréciation :
Éric-Emmanuel Schmitt nous transporte dans un univers à mi-chemin entre le conte fabuleux et la bande dessinée. Il y a une minutie dans la représentation des détails.  Par exemple, chaque jour, Oscar écrit une lettre à Dieu sur un papier de couleur différente. Cette lettre est envoyée par ballon vers le ciel. Or chaque jour la couleur de la lettre et celle du ballon sont différentes et les vêtements et accessoires dans le film sont agencés dans les mêmes teintes. Ainsi, le premier jour le ballon est vert et la lettre est rose, le deuxième jour c’est le jaune et le bleu qui sont à l’honneur. Le jour de Noël, on a doit au vert et rouge. Ces petits détails créent une ambiance et donnent de l’éclat qui contraste bien avec les couloirs gris et les sarraus bleu pâle de l’hôpital.
De plus, les prises de vues dans les diverses scènes sont à couper le souffle. Que ce soit lorsque l’hiver tourne au printemps, lorsqu’Oscar sent que Dieu vient le visiter, ou bien quand les fantômes semblent prendre d’assauts le sommeil des malades, on a droit à une merveille cinématographique, une belle imagerie du rêve. Et certains procédés comme les images floues, les gros plans, les jeux de lumière, permettent de bien mettre en valeur et de donner une autre dimension aux émotions ressenties par les divers personnages. La musique de Michel Legrand vient également amplifier les moments tragiques, paisibles, féériques ou explosifs, selon le besoin.
Au niveau des sentiments, les spectateurs passent par un l’arc-en-ciel d’émotions. Les répliques de la dame Rose (Michèle Laroque) déclenchent le rire par son ton bourru et pince-sans-rire. Elle n’y va pas par quatre chemins et ne se gêne pas pour dire ce qu’elle pense. Une performance magistrale de cette grande dame du cinéma français. Les matchs de lutte eux, qui ressemblent plus à des numéros de cirque, avec un Benoit Brière en pleine forme comme arbitre dans l’arène, transporte le public dans un monde imaginaire où tout est possible et se termine bien. Naturellement, cette mort annoncée et ce petit gamin chétif, mais lucide nous émeut grandement. La complicité entre Oscar (Amir) et Rose (Michèle Laroque) est la plus grande force de ce film. Oscar parle sans détour de ses maux, de sa mort, tandis que les adultes autour, tentent d’éviter le sujet douloureux. Rose pour sa part, est comme une rose avec ses épines. Elle ne se laisse approcher par personne de peur de développer des sentiments pour eux. Au contact d’Oscar, elle réapprend à vivre et à aimer, tandis que lui apprendra à accepter sa mort et à vivre pleinement sa vie éphémère qui s’achève.
Il y a aussi les personnages secondaires, mais essentiels, qui viennent pimenter l’histoire. Comme ce médecin dont l’approche semble dure, par sa carrure et son air sévère, mais dont on découvre la très grande douceur, car il se laisse attendrir par le courage et le sourire d’Oscar. Max von Sydow est sublime.  Et que dire de ces jeunes enfants qui jouent des malades plutôt excentriques, qui permettent au public de ne pas les prendre en pitié, juste les admirer pour leur force de caractère.
Bref, je m’attendais à un drame très triste, vu le sujet traité. Cependant, j’en ressors plutôt le cœur léger et apaisé par toutes ces belles paroles d’espoir, d’amour et de paix qui sont véhiculés dans le film. En voici quelques-unes que j’ai retenues:
« Il faut faire une différence entre la souffrance physique et morale. À l’idée de mourir, tu n’es pas obligé d’avoir mal… la peur de la mort c’est souvent la peur de l’inconnu. Il faut avoir confiance en l’inconnu.»
« Regarde chaque jour comme si c’était la première fois »


Amir Ben Abdelmoumen et Éric-Emmanuel Schmitt.


Michèle Laroque et Amir Ben Abdelmoumen À gauche : Benoit Brière

 

Équipe de conception : Fiche technique
Un film  basé sur le roman d’Éric-Emmanuel Schmitt ‘Oscar et la dame rose’, édition Albin Michel
Réalisation ÉricEmmanuel Schmitt
Scénario ÉricEmmanuel Schmitt
Produit par Philippe Godeau
Coproduit par Denise Robert, Daniel Louis, Olivier Rausin, Bruno Metzger, Arlette Zylberberg
Image Virginie SaintMartin
Décors JeanJacques Gernolle, Emmanuel Fréchette
Costumes JeanDaniel Vuillermoz
Maquillage Emmanuelle Velghe, Micheline Trépanier
Coiffure José Luis Casas, Réjean Goderre
Montage Philippe Bourgueil
Musique originale Michel Legrand
Son Patrick Rousseau, Louis Gignac
 


Amir à la fenêtre. Groupe : Éric-Emmanuel Schmitt, Amir, Denise Robert et Benoit Brière
 
 
Distribution :
Rose : Michèle Laroque
Oscar : Amir Ben Alm
Mme Gommette : Amira Casar
Lily : Mylène Demongeot
Dr Düsseldorf : Max von Sydow
L’annonceur : Benoît Brière
Mère d’Oscar : Constance Dolle
Père d’Oscar : Jérôme Kircher
Victor : Thierry Neuvic
Peggy Blue : Mathilde Goffart
Père de Peggy : Bruno Metzger
Mère de Peggy : Catherine Israel
Pop Corn : Éric Remi
Einstein : Jonas Wertz
Bacon : Martin Nissen
 
 
 
Date de sortie en salle: Vendredi 26 février 2010
Alliance Vivafilm
www.vivafilm.com
 
crédit photos : Lise Breton et Alliance Vivafilm
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