Les années-Tennis

Le 13 février 2010

 

 

Le recueil de récits que nous offre Normand Corbeil ressemble étrangement à un recueil de nouvelles. Les années-tennis nous fait pénétrer dans un univers à la fois familier et étrange. Familier en ce que qui a trait à la description intime des personnages. Étrange en ce qui concerne leurs comportements, leurs interactions et leur attitude envers la société voire même la vie en général.

Dans Les années-tennis, il y a l’été, mais ensuite l’automne, la jeunesse et la mort après la jeunesse ; il y a aussi l’amour et les troubles de l’amour, l’amitié et la solitude malgré l’amitié ; il y a finalement les années qu’on possède et qui nous possèdent, l’aspiration vers on ne sait quoi, le comique à travers le tragique ; et il y a le tennis : En blaguant, c’est-à-dire sérieusement, Bob associait tennis et absolu. Mathématiquement, moralement, esthétiquement. On pouvait sur un court contempler toutes les courbes de l’univers comme toutes les vertus de l’âme, les ruses de l’intelligence comme celles des passions, le pape lui-même y perdrait sa sainteté. Pour ne rien dire du destin : « Mon vieux, lança-t-il un jour, chaque balle a sa trajectoire, comme chaque vie. » Les belles balles sont immortelles, et mourir sur le terrain, il en était persuadé, c’était revoir son coup gagnant pour l’éternité, contre un « pelleteux de fond de court » de préférence. Qu’importe la crise cardiaque si on voit sa volée flotter au ralenti le long de la ligne, flotter, flotter… pendant que saint Pierre ouvre la porte : « Partie, jeu et match ! Bob Wilson, mon fils, come on, come to Wimbledon Paradise… »

Les personnages dominants qui considèrent l’ascension sociale comme une fin en soi, qui voyagent tout en détestant voyager, qui enseignent l’histoire tout en se cherchant des histoires ou encore subjugué par l’homme parfait et humble ressemblent tous à des joueurs de tennis qui n’ont finalement qu’un mur comme opposant.

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Normand Corbeil est né à Montréal où il vit et enseigne la philosophie. Il a déjà fait paraître trois romans, Un congé forcé en 1996, Voix en 2004 et, plus récemment, Ma reine.

Prix suggéré : 24.95 $
208 pages

www.edvlb.com

 

 

 

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