Le laboratoire Labo M

Dans le cadre de ce 12e carrefour international de théâtre, et pour la 4e année consécutive, les chantiers – constructions artistiques présentent 10 projets, sous forme de lectures, laboratoires ou spectacles, où le public est convié à donner ses impressions, à participer à une discussion qui permettra ensuite à l’équipe de création de faire évoluer et finaliser leur œuvre.

Présentés à Premier Acte, ces chantiers sont une initiative de tectoniK – compagnie de création. Une contribution volontaire est grandement appréciée (montant suggéré de 10$, à déposer dans le petit camion à l’entrée de la salle).

C’est un moment privilégié, autant pour le public que pour les créateurs, que de pouvoir, pour l’un, de voir une pièce en pleine évolution et possiblement aider à sa progression, pour l’autre d’avoir le pouls de gens et discuter avec eux de ce qu’ils ont accompli et ce qui leur reste à travailler. En trois ans, il y a eu 31 chantiers de présentés et de ceux-là, 16 d’entre eux ont été joués dans des saisons officielles par la suite.

Les laboratoires, au nombre de 5, se sont des œuvres en cours de création, qui seront présentées les 30 mai 5-6-7 et 9 juin.

C’est ainsi que le 6 juin à 21 h, le public a assisté au laboratoire de Labo M, dans une mise en scène d’ Alexandre Fecteau.

Résumé de l’histoire : Officiellement, le public vient assister à une adaptation des Scènes de la vie de Bohème de Henri Murger. Ces scènes nous montrent des jeunes artistes passionnés, mais coincés dans des boulots alimentaires sécurisants, qui font le pacte de vivre selon les principes de la bohème du XIXe siècle : ils abandonnent leur emploi pour se consacrer désormais – et exclusivement – à leurs ambitions artistiques pendant 2 ans, au bout duquel, ils devront chacun, avoir réalisé un de leur rêve le plus cher.

Mais avant même que le spectacle commence, les acteurs annoncent au public l’annulation de la représentation en raison du manque de fonds pour jouer la pièce. Les comédiens livrent alors un manifeste dans lequel ils détaillent leurs revendications et demandent d’être rémunérés de façon équitable. Comme le spectacle est offert sous forme de contribution volontaire, après le décompte des recettes de la soirée, les acteurs ont déterminé que seulement 2,7 acteurs pourront jouer les scènes. À moins que le public décide d’augmenter leur contribution. Ainsi, suite à un tour de chapeau, c’est finalement 4 acteurs qui joueront sur les 8 et c’est le public qui doit décider à l’aide de textos sur leurs téléphones cellulaires qui joueront. Les acteurs ont alors une minute pour se vendre au public. Et ensuite, la pièce débute, mais comme il manque des comédiens, alors certaines personnes jouent deux rôles, et parfois ne connaissent pas trop le texte de l’autre. Ou à d’autres moments, ils choisissent de lire le texte des autres ou de raconter des bouts de pièces vu qu’il manque trop de monde. En parallèle de cette pièce à divers tableaux, le public peut voir dans les coulisses les acteurs qui n’ont pas été choisis qui y vont de leurs réflexions et se demandent pourquoi ils n’ont pas été choisis.

En plus de ces vidéos en coulisse, présentés sur un écran en fond de scène, d’autres vidéos sont également projetés, mais cette fois-ci avec de véritables artistes de Montréal qui disent vivre vraiment la vie de Bohème et voudraient bien vivre de leur art, mais doivent avoir un boulot alimentaire pour combler leur manque à gagner. 

Suite à la présentation de ce laboratoire d’environ 1 h 30, le public fort nombreux a été appelé à donner ses impressions et ses commentaires face à ce qu’il a vu. D’emblée, les gens ont vraiment apprécié le propos de ces artistes, qui décrit la réalité de notre théâtre québécois. Bien peu d’artistes vivent de leur métier d’acteur et le peu de budgets qu’ils ont fait qu’ils doivent parfois sacrifier des décors, des idées de mise en scène ou faire tout eux-mêmes.

Le public a été ambivalent par rapport aux vidéos documentaires sur ces réels artistes bohèmes. Tout d’abord, les gens pensaient que c’était des acteurs, puis ils ont trouvé ces vidéos un peu longs et plusieurs trouvaient qu’ils ne servaient pas le propos du reste de la pièce et ne pourraient que mélanger le public.

Tous ont été d’accord pour dire que cette façon d’interpeller le public est vraiment géniale et cela permet de faire voir au public leur réel impact sur les artistes. Bien que cela a créé des malaises et des rires jaunes dans le public, le fait de pouvoir agir pour faire changer le cours du spectacle a bien plu à ce dernier.

Finalement, les vidéos en coulisse ont bien été appréciées, dans la mesure où ces acteurs ne semblaient pas savoir qu’ils étaient filmés. Et l’idée qu’ils appellent les gens dans la salle était très bonne, pourvu que les gens ne soient pas avertis d’avance qu’ils seront appelés.

Il reste maintenant à l’équipe de création de travailler les textes et étoffer les scènes de la Bohème qu’ils joueront à personnel réduit.

Pour ma part, j’ai réellement apprécié tout le processus de la démarche. Je trouve que c’est une idée géniale. Cela permet de bien démontrer au public l’impact qu’ils ont sur un spectacle et les difficultés que rencontrent ces artistes québécois. Et dans le contexte politique actuel où les subventions à la culture sont sous la loupe des gouvernements fédéraux, ce spectacle prend tout son sens.

De plus, j’adore la signature d’Alexandre Fecteau, qui avait utilisé dans sa dernière pièce Changing-Room le procédé du vidéo et du documentaire mi réel mi-fiction pour illustrer ses propos et c’est toujours très efficace.

Au niveau des acteurs, on sent une réelle complicité, amitié conviction et fougue qui fait que le public embarque aisément dans leur jeu et apprécie la démarche.

 

Texte Alexandre Fecteau et les acteurs du spectacle
Mise en scène Alexandre Fecteau
Assistance à la mise en scène Stéphanie Hayes

Direction technique  François Leclerc et François Bernier

Direction de production  Raymond Poirier, Hubert Lemire et Anne-Valérie Bouchard


Avec Francesca Bárcenas, François Bernier, Frédérique Bradet, Anne-Marie Côté, Israël Gamache, Eliot Laprise, Hubert Lemire,  Sophie Thibault

Production Nous sommes ici (Québec) et DuBunker (Montréal)

Durée: 1 h 30 + 30 minutes de discussion

Voici les prochains chantiers disponibles :

Que l’inoubliable se pende
Laboratoire / mardi 7 juin

La Maladie de la mort
La Tarte aux plumes
Laboratoire / jeudi 9 et vendredi 10 juin

Batailles sans guerre
Théâtre de l’Urd
Performance in situ (à l’extérieur) / vendredi 10 juin

Déluge
Le Théâtre du Trillium
Lecture / samedi 11 juin

http://www.carrefourtheatre.qc.ca/

http://www.premieracte.ca/

 

 

Crédit photo : Gracieuseté du Carrefour International de Théâtre

 

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