Le Théâtre Saint-Sauveur ose un classique avec Présence d’esprits

Théâtre Saint-Sauveur
Théâtre Saint-Sauveur

Je ne peux qu’applaudir au virage entrepris par le Théâtre Saint-Sauveur qui nous propose pour la saison estivale une pièce drôle, bien jouée et  particulièrement originale, en ce sens qu’elle ne ressemble en rien à ce qu’on a présentée durant les dernières années. Il faut reconnaître au propriétaire Philippe Riopelle et surtout à sa fille Ginette, le mérite d’avoir osé choisir un classique du théâtre anglais de l’auteur Noël Coward dont le titre Blithe Spirit, indique déjà qu’il s’agit d’une pièce sur le spiritisme. C’est de la comédie évidemment mais nous sommes bien loin des portes qui claquent, des maris trompés et des amants cachés dans la garde-robe. Je n’ai rien contre les bonnes comédies de Feydeau ou de Ray Cooney mais Présence d’esprits tranche avec ce qu’on présente habituellement en été alors qu’on pénètre dans le salon d’un romancier qui voit réapparaître sa première femme disparue depuis sept ans et puis, sa femme actuelle qui devient un esprit et qui le hante à son tour.

Cette comédie est magnifiquement écrite par Noël Coward qui nous propose des dialogues savoureux, intelligents avec un humour anglais particulièrement raffiné. Ne vous attendez pas à vous taper les cuisses et à rire gras, cet été à Saint-Sauveur, c’est une comédie de haut niveau qu’on vous présente et qui devrait intéresser un public plus jeune et plus large. Notons en passant que cette pièce créée en 1941 et adaptée pour le cinéma en 1945, a gagné un oscar pour les effets spéciaux.

Et malgré le passage du temps, on pourrait croire que la production du Théâtre de Saint-Sauveur traite d’un sujet actuel et a été écrite récemment. Jean-Guy Legault a réussi une très bonne adaptation dans un français international, presque parisien parfois. Ce qu’on pourrait lui reprocher mais en oubliant que le décor est d’une autre époque et qu’on le situe nettement dans un contexte anglais. En somme, je ne verrais pas l’utilisation d’un langage de ti-coune dans ce spectacle.

Une distribution chevronnée
Une distribution chevronnée

Et puis, ce serait nous  priver de la caricature complètement folle que nous sert la comédienne Sophie Faucher avec son personnage de madame Arcati, une spécialiste en ésotérisme qui fait parler les tables et qui entre en transe pour communiquer avec l’au-delà. C’est à se tordre de rire. On devine qu’elle nous jette de la poudre aux yeux et que ce n’est pas sérieux son manège. Mais c’est quand elle réussit bien malgré elle, à faire revivre la première femme de Charles Condomine (Steve Laplante/Bruno Marcil), Elvira (Brigitte Paquette), que l’histoire prend une autre allure. Charles peut la voir, lui parler, mais les autres ne la voient pas. Surtout pas sa femme actuelle, Ruth (Isabelle Brouillette). Imaginer l’émoi dans le salon du couple Condomine quand le mari discute avec une femme invisible qui cherche à le séduire. Ça se corse encore plus quand Ruth,  est transformée en esprit elle aussi.

Les quatre comédiens dégagent beaucoup d’énergie sur scène et les femmes sont particulièrement en évidence dans cette production avec Sophie Faucher parfois délirante, Isabelle Brouillette très fluide, très juste dans son jeu et Brigitte Paquette, toujours aussi sexy, et envoutante même en esprit.

Steve Laplante, Isabelle Brouillette et Brigitte Paquette
Steve Laplante, Isabelle Brouillette et Brigitte Paquette

Chapeau à la scénographie de Mario Bouchard, à la direction technique de Francis Hamel parce que le décor et les effets visuels sont remarquables dans cette production qu’il faut voir jusqu’à la fin. Parce qu’au début, le rythme est lent et il faut s’ajuster. C’est mon seul bémol pour un spectacle de grande qualité qui rehausse le prestige du Théâtre Saint-Sauveur.

Note : Comédie présentée au Théâtre Saint-Sauveur pendant tout l’été, au 22 rue Claude , Saint-Sauveur, sortie 60, autoroute 15 nord. Réservations au 450.227.8466 ou 514.990.4343.

http://www.theatrestsauveur.com