Vinci renoue avec le Périscope!

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Vinci
Vinci

Une page d’histoire hier s’est tournée alors qu’on célébrait le 30e anniversaire du Théâtre Périscope de Québec, créé sous le nom de l’Implanthéâtre, en 1985. Une génération complète plus tard, l’équipe du Périscope déroge heureusement de son mandat principal de diffusion en produisant pour la toute première fois une pièce emblématique de la dramaturgie québécoise : Vinci. Cette pièce presque solo, jouée à l’époque par son auteur, Robert Lepage, avait étrenné les planches de l’Implanthéâtre et aujourd’hui, elle renaît de ses cendres grâce au souffle nouveau du metteur en scène Frédéric Dubois et des interprètes Olivier Normand (alter ego de Lepage) et Pierre Philippe Guay. La tournée de représentations commencent à Québec, du 8 au 26 septembre 2015 et se termine à Lévis, le 10 décembre 2015.

Philippe, un photographe icarien qui a le vertige, peine à se remettre de l’échec de sa dernière exposition. Il cherche la vérité, sa vérité, dans l’expression de son art, mais personne ne comprend et les critiques affluent. Il n’a personne vers qui se tourner pour tenter de comprendre puisque son ami de toujours, son guide artistique et son reflet de lui-même est mort. Las d’errer sans réponse, il part vers l’Europe, où il découvrira Léonard de Vinci et ses œuvres, sa science. Philippe s’inspirera de son génie pour trouver sa voie, calmer ses peurs…

Olivier Normand
Olivier Normand

Olivier Normand incarne plusieurs personnages que Philippe rencontre pendant son pèlerinage artistique. D’un tableau à l’autre, il prend des accents différents, se travestit, change de vêtements.  On peut facilement imaginer Lepage, 30 ans auparavant, se métamorphoser avec fluidité de scène en scène. Pierre Philippe Guay, pour sa part, personnifiait un aveugle qui éclairait Philippe de ses paroles sages (souvent en italien). Un long trou de mémoire a plongé les spectateurs dans un long malaise dès le début de la représentation, mais Guay a su reprendre sa concentration et continuer de donner la réplique à Normand.

Côté décor, l’éclairage fait ressortir plusieurs éléments de la mise en scène dont des installations vitrées qui réverbèrent le reflet des personnages qui s’y mirent et du texte rédigé en écriture spéculaire, utilisée par Vinci dans ses notes. Le jeu de miroir, très présent dans Vinci, met en gros plan le détachement de soi et la vie prismatique d’un égaré. Une mise en scène qui évoque la réflexion de l’artiste confronté à lui-même et la distanciation de l’art et l’âme. Des clins d’œil à Léonard de Vinci et à ses œuvres ponctuent la pièce. Entre autres, Philippe monologue en regardant son bras illuminé pointant vers le ciel, tout comme le faisait Salai sur le portrait de Saint-Jean-Baptiste sur la toile éponyme que le peintre a créée à la Renaissance. L’homme de Vitruve est aussi effleuré dans la gestuelle des interprètes. L’auteur du superbe texte, Lepage, a bien sûr aussi inspiré la mise en scène avec la symbolique des objets : un simple gallon à mesurer se transforme à la suite de plusieurs manipulations habiles de Pierre Philippe Guay. Des trouvailles intéressantes!

Vinci nous transporte dans les univers de Lepage et de Léonard de Vinci,  mais avec les yeux nouveaux de Frédéric Dubois, le metteur en scène. Une pièce aux thématiques subtiles, simples en surface, qui fait revivre l’inauguration du Périscope à ceux qui s’en souviennent. Un texte qui gagne à être lu.