« Manifeste de la jeune fille » au théâtre Outremont puis en tournée au Québec

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Manifeste de la jeune fille © Valérie Remise
Manifeste de la jeune fille © Valérie Remise

L’être humain est un drôle d’animal. À la fois grégaire – il tend sans s’en apercevoir à suivre docilement les impulsions du ou des groupes auxquels il ne peut s’empêcher d’appartenir – et aussi se voulant libre et non-conformiste, convaincu que les idées qui lui traversent l’esprit et qu’il exprime à voix haute sont totalement originales, certainement pas inspirées par son environnement et encore moins télécommandées par son groupe. À ce paradoxe, il faut ajouter que l’humain a un besoin insatiable d’amour, qu’il se questionne sa vie durant sur le sens de son existence, et que l’enthousiasme et l’optimisme qu’il ressent spontanément dans sa jeunesse, convaincu qu’il est alors que le monde lui appartient, le quittent bien souvent avec le temps et au fur et à mesure des épreuves qu’il traverse…

Dans un décor de boutique de mode de luxe, le texte d’Olivier Choinière développe le concept de « Jeune Fille » qui représente nous tous, hommes et femmes de tous âges confondus – l’être humain en somme – qui partageons l’innocence et la naïveté de nous croire possiblement distingués des autres, alors que nous nageons dans un monde d’indifférence où nous comptons pour rien ou presque.

Le concept de « Jeune Fille », qui rendrait compte du capitalisme (cela reste à voir), est inspiré des magazines censés s’adresser d’abord aux jeunes filles, dont on admet qu’elles consacrent un budget conséquent à se faire belles à coup de vêtements et de maquillages tendances, qui n’ont de cesse de vouloir « changer le monde » avec toutes sortes d’ambitions écologiques, qui se soucient à leur bien-être personnel en renonçant au gluten par exemple et en s’adonnant à la méditation, et qui sont friandes d’horoscopes ou de tests pseudo-psychologiques qui leur permettront, espèrent-elles, de mieux se connaître et de rencontrer l’amour.

Manifeste de la jeune fille © Valérie Remise
Manifeste de la jeune fille © Valérie Remise

Trois hommes et quatre femmes de différents âges, les « Jeunes Filles », sont incarnés par sept artistes brillants dans différentes scénettes qui toutes commencent à peu près de la même manière : « Ça va? Super bien. Et toi? Super bien. À part ça? »…

On reconnaît les paroles creuses que nous échangeons tous et qui nous servent à introduire un contact avec autrui. Et comme il faut à la fois s’agréger et paraître, le geste s’ajoute à la parole. Tous les protagonistes sont constamment en représentation, changent sans arrêt de vêtements et se mirent dans le miroir des spectateurs pour vérifier qu’ils sont au meilleur de leur aspect physique. Après quoi, selon le thème de la scénette, des paroles semble-t-il plus personnelles sont prononcées. Ce sont en fait des lieux communs, que tout le monde partage donc plus ou moins, mais qui finissent par agacer l’entourage quand celui ou celle qui les profère est trop écouté et donc mis en vedette par les autres dont le narcissisme fini par être blessé.

Toute une scénographie très bien orchestrée, faite de costumes abondants et souvent extravagants, de vidéos qui projettent les paroles normées qui sont prononcées ou des courts films d’actions collectives auxquelles les protagonistes participent sans forcément le libre-arbitre auquel ils croient, ajoute à la qualité du texte très drôle, en particulier par son autodérision, abondant, parfaitement rendu par les sept acteurs, et qui donne énormément à penser. La pièce est à la fois intelligente et distrayante (peut-être un peu trop longue par moments, surtout pour la scénette finale), et on en sort la tête pleine de réflexions.

La pièce a été l’objet d’une série de représentations au théâtre Espace Go à l’hiver 2017 où elle a remporté un succès mérité, et elle part à présent en tournée. Je ne crois pas, comme on l’a dit souvent, qu’elle fasse vraiment réfléchir au capitalisme. Elle expose plutôt le caractère sans doute assez pitoyable de notre humaine condition. Ce qui est montré dans la pièce n’est presque pas une caricature. Il suffit d’observer autour de soi, ou d’être honnête avec nous-mêmes, pour s’en apercevoir. Mais dans cet univers de l’avoir pour le besoin du paraître de chacun, on oublie peut-être l’être, le fait d’exister qui est l’aspect probablement le plus surprenant de l’humain et le plus prometteur, non pour changer le monde mais pour l’améliorer un peu.

Manifeste de la jeune fille, le vendredi 5 octobre 2018 au théâtre Outremont à Montréal

 

Texte et mise en scène Olivier Choinière

Assistance à la mise en scène Stéphanie Capistran-Lalonde

Distribution Raymond Cloutier, Stéphane Crête, Muriel Dutil, Joanie Martel, Catherine Paquin-Béchard, Isabelle Vincent, Sébastien René

Scénographie Max-Otto Fauteux

Costumes Elen Ewing

Lumières Alexandre Pilon-Guay

Musique Eric Forget

Accessoires Clélia Brissaud

Vidéo Michel Antoine Castonguay, Dominique Hawry

Maquillages-coiffures Sylvie Rolland-Prévost.

Une coproduction de L’Activité et de l’Espace GO.

Informations : https://www.lactivite.com/en-tourne

La pièce sera en tournée jusqu’au 17 novembre 2018

?Théâtre Outremont (Montréal) 5 octobre
Théâtre Le Périscope (Québec) 9 au 20 octobre
Théâtre Gilles-Vigneault (St-Jérôme) 31 octobre
Théâtre Juliette-Lassonde (St-Hyacinthe) 2 novembre
Théâtre Lionel-Groulx (Ste-Thérèse) 3 novembre
Théâtre du Vieux-Terrebonne 9 novembre
Théâtre de la Ville (Longueuil) 10 novembre
Théâtre Hector-Charland (L’Assomption) 13 novembre
Le Carré 150 (Victoriaville) 15 novembre
Théâtre de la Rubrique – Salle Pierrette-Gaudreault (Saguenay) 17 novembre
Salle J. Antonio-Thomson (Trois-Rivières) 27 novembre
Maison des arts de Laval 29 novembre