Trois temps après la mort d’Anna

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Après un passage remarqué au 45e Festival de Karlovy Vary (classé par la FIAPF parmi les festivals importants du circuit international) le 4 juillet dernier, le film Trois temps après la mort d’Anna de Catherine Martin prend l’affiche au Québec aujourd’hui, le 13 août.
 
C’est la fin de l’hiver. Une jeune violoniste est assassinée par un inconnu dans son appartement. Dévastée par la mort violente d’Anna, sa fille unique, Françoise quitte Montréal et se réfugie seule, en Kamouraska, dans la maison héritée de ses ancêtres maternels. Là-bas, elle tente de reconstruire sa vie intérieure en reprenant contact avec le fleuve, la nature, la maison et quelques objets qui lui rappellent sa fille. Mais son deuil est profond : elle ne veut plus vivre. Dans la forêt, elle est sauvée par un homme alors qu’elle se laissait mourir de froid. Ils se reconnaissent : ils se sont connus adolescents. Édouard est peintre et, depuis quelque temps, il est revenu habiter la maison où il a grandi. Peu à peu, le sentiment amoureux de leur jeunesse refait surface, malgré eux. La présence de cet homme et celles, bienveillantes, de sa grand-mère, de sa mère et de sa fille, toutes trois disparues, aident Françoise à retrouver le désir de vivre.
 
 
Ce film, tout en douceur, en lenteur, en sobriété, en belles imageries est fascinant. L’émotion vive du personnage de Françoise, jouée avec brio par Guylaine Tremblay, est palpable. Pendant une heure et demie, on suit les traces de Françoise dans la neige et l’hiver de Kamouraska. On traverse avec elle ce chemin de croix qui va l’amener au bord du suicide, puis son lent retour à la vie, pour enfin voir l’espoir renaître. Guylaine Tremblay porte ce film d’un bout à l’autre. Une performance magistrale, qui à mon avis devrait lui rapporter à nouveau le Jutra de la meilleure actrice de l’année, comme cela avait été le cas en 2008 pour son rôle de Réjeanne dans Contre toute espérance. Guylaine se donne corps et âme dans la douleur de cette femme. Elle se met littéralement à nue pour incarner cette mère qui a l’impression d’avoir tout perdu.
 
François Papineau, pour sa part, incarne parfaitement, tout en retenu, le rôle de l’ermite peintre, qui voit sa flamme de jeunesse refaire surface dans sa vie et lui redonner le goût de peindre la vie et l’espoir d’un monde meilleur, pendant qu’il sauve Françoise d’une mort certaine.
 
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Catherine Martin a fait un travail fabuleux avec ce film. Tout d’abord, la scène du début, avec l’ouverture sur le concert donné par Anna et son groupe du Quatuor pour cordes no 15 de Beethoven, sous le regard de fierté d’une maman envers l’accomplissement de son enfant, est un moment magique. Cette mère n’a d’yeux que pour sa fille. Puis tout le contraste qui survient tout de suite après avec la tragique mort d’Anna, et le long silence qui s’ensuit, sans musique pour la majorité du reste du film. Aussi, les paysages de la région de Kamouraska sont à couper le souffle. À ces magnifiques images de nature gelée s’ajoutent le bruit du vent qui siffle, le craquement de la neige et de la glace sous le poids des raquettes. Ces images renforcent l’émotion de Françoise qui ne ressent plus rien, qui a l’impression d’être de glace depuis l’évènement tragique. Puis le printemps s’amène avec le fleuve qui se réveille, les oiseaux qui se dégourdissent, tout comme Françoise qui amorce un combat pour tenter de survivre. Une vraie poésie sur écran géant.
 
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Ce film est truffé de moments émouvants, de rencontres avec les êtres chers que Françoise a perdus au fil des ans et qui viennent tenter de l’aider à reprendre goût à la vie. Un moment très touchant et essentiel dans le film m’a marqué, lorsque Françoise fait la paix avec cette tragédie et se donne le droit de revivre, en parlant à sa fille en lui disant ceci : «Ne passe pas à côté de l’amour. L’amour c’est la vie et la vie, il faut la vivre
 
Et moi, je dis à tous, ne passez pas à côté de ce film, car il est rempli de l’amour de Catherine Martin envers l’être humain, ses travers et sa capacité à se dépasser, à se relever, grâce à la beauté de Kamouraska, de la musique de Beethoven et de l’art sous toutes ses formes.
 
 
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Ce film a été sélectionné au festival de Toronto qui se tiendra du 9 au 19 septembre prochain. Il a également été retenu au festival de Haïfa en Israël (du 23 au 30 septembre) ainsi qu’à celui de Vancouver (du 30 septembre au 15 octobre).
 
 
Distribution
Françoise : Guylaine Tremblay
Édouard :  François Papineau
Anna : Sheila Jaffé
Jean-Pierre (le père d’Anna) : Denis Bernard
grand-mère de Françoise :   Denise Gagnon
mère de Françoise : Paule Baillargeon
enquêteur de police : Gilles Renaud
Ghislain :   Gary Boudreault
 
Fiche technique
scénario et réalisation : Catherine Martin
direction de la photographie :   Michel La Veaux
direction artistique : Caroline Alder
création des costumes : Caroline Poirier
distribution des rôles : Marie-Jan Seille
montage : Natalie Lamoureux
direction musicale et musique originale : Robert Marcel Lepage
musique extraits du quatuor nº 15 en la mineur op.132 de Ludwig van Beethoven
prise de son : Marcel Chouinard
montage sonore :   Martin Allard , Simon Gervais
mixage : Bernard Gariépy Strobl
productrice exécutive : Lorraine Dufour
producteur : Claude Cartier
production : Coop Vidéo de Montréal
distribution au Canada : K-Films Amérique
 
 
 
 
 
crédit photos  et vidéo : Kfilmsameriques
 
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