Bonjour là Bonjour à la Bordée

 
  
Pour cette première pièce de la saison 2010-2011, le Théâtre de la Bordée propose Bonjour là Bonjour, de Michel Tremblay, mis en scène par Lorraine Côté.  À la manière d’une tragédie grecque, on revisite les personnages plus grands que nature créés par ce grand auteur québécois, dans un univers des années 70 et joués de main de maître par des acteurs chevronnés de Québec.
 
La pièce
Serge (Éliot Laprise), le cadet d’une famille d’ouvriers, revient chez lui après un voyage de réflexion de 3 mois en Europe, pour retrouver sa famille dysfonctionnelle. Son père sourd, ses deux « matantes » avec leurs bobos et leurs jérémiades quotidiennes, et ses trois sœurs malheureuses en amour (une sœur accro des pilules, une autre boulimique et la snob qui noie son ennui dans l’alcool), s’accrochent tous au petit dernier de la famille comme une bouée de sauvetage. La révélation de son amour interdit pour sa plus jeune sœur, Nicole (Catherine Hughes) marquera la fin de relations familiales envahissantes et le point de départ d’une nouvelle vie. 
 
Comme dans les tragédies grecques, les actrices portent un discret fond de teint blanc qui évoque les comédiens de l’époque. De plus, la scène est transposée dans la période des années 70, avec les costumes et les meubles de cette période colorée. Au niveau de la mise en scène, Lorraine Côté a créé un appartement sur plusieurs paliers, avec chacune des pièces aux couleurs de la personne qui y vit. La sœur boulimique se tient dans la cuisine jaune, vêtue de jaune. Les « matantes » malades dorment dans le lit rose, avec leurs jaquettes aux couleurs de leurs couvertures…
 
 
Également, la metteure en scène a eu la brillante idée d'installer Serge au pied de la scène (très souvent dos au public et face à sa famille) et Nicole en hauteur, dans son lit, à l'arrière-scène, comme un but inaccessible à atteindre et l'ultime tabou à vaincre. Entre les deux, deux autres paliers à franchir. Tout d’abord les 3 sœurs, au même niveau que le jeune homme, qui tour à tour vont chercher à s’approprier de leur bouée de sauvetage, leur frère qu’elles ont tant protégé, catiné et élevé. Puis, au deuxième palier, l’autre étape à franchir, les tantes et le père qui garde l’ultime rempart à franchir. Eliot se débat tour à tour entre ses sœurs et ses tantes, tout en tentant de se rapprocher de son père dont la surdité n’aide pas à les aider à s’entendre.
 
Un texte troublant, drôle parfois, où toute la solitude, le désarroi, la tristesse et le désoeuvrement de ces femmes ressortent à travers leurs tentatives de séduction de rapprochement et d’approbation de leur petit Serge.
 
Ce qui distingue également cette pièce, est la musicalité qui en ressort dans les dialogues entrecroisés et les déplacements des personnages. Tout au long de la pièce, tous les acteurs sont sur scène, mais ils n’interagissent pas toujours. Ainsi, un rythme musical dans les dialogues et la mise en scène s’établit, lors de certaines répliques, qui sont dites parfois en duo, ou en quatuor, avec les acteurs en synchronisme dans leurs mouvements pour la prochaine séquence de confrontation.
 
 
Naturellement, une grande force de cette pièce vient du jeu fabuleux des acteurs. Que ce soit lorsque Serge qui crie son «  Je t’aime » au visage de son père (Patric Saucier, dont on sent sa grande solitude, enfermé dans son univers silencieux), ou quand Denise (Marie-Josée Bastien) se traite de grosse en voulant s’arracher le cœur. On a vraiment droit à une distribution vibrante d’émotion. Tous les rôles sont magnifiquement joués par ces comédiens de grand talent. Une crédibilité, une sensibilité à fleur de peau, que l’on ressent à travers ce merveilleux texte de Tremblay.
 
La musique, bien que discrète, fait son apparition à quelques occasions, pour accentuer une phrase, une émotion, un non-dit. Ce sont surtout des sons modernes, qui contrastent avec l’époque et amènent une note de suspense, d’angoisse à un moment opportun.
 
Une mention doit être faite pour l’éclairage qui accentue au bon moment les scènes jouées et les personnages impliqués. Que ce soit par de lampes suspendues au plafond qui montent et descendent au besoin, ou par le fond de la scène qui s’illumine comme si la lueur du jour tentait de percer derrière la montagne, ou tout simplement de petits faisceaux lumineux qui éclairent le bas de la scène, tout est fait discrètement et efficacement.
 
 
Durée de la pièce : 1h40 sans entracte
 
Présenté au théâtre de la Bordée, jusqu’au 16 octobre 2010 à 20 h, sauf les mardis, mercredis et jeudis à 19 h 30.
Billets : 22$ à 32$
Billetterie : 418-694-9721
 
Texte de Michel Tremblay.  
Mise en scène de Lorraine Côté (assisté d'Alexandre Fecteau).
Avec :
Éliot Laprise : Serge
Patric Saucier : Armand
Marie-Josée Bastien : Denise
Érika Gagnon  : Lucienne
Sylvie Cantin : Monique
Lise Castonguay : Gilberte
Marjorie Vaillancourt : Charlotte
Catherine Hughes  : Nicole
 
Conception :
décor : Élise Dubé
costumes : Julie Morel
éclairages : Sonoyo Nishikawa
coiffures : Dany Lessard
musique : Yves Dubois
 
 
crédit photos : Benoît Roy