Pillowman: histoireS à coucher debout

 

 

 

Katurian K. Katurian écrit des histoires, mais pas de n’importe quel type. Elles font presque toutes référence à des enfants qui ont une fin tragique et violente. Or, des événements similaires à ceux qui sont imaginés par le personnage principal se produisent dans sa ville, qui se trouve à être sous l’influence d’un régime totalitaire. Katurian est donc arrêté et placé dans une salle d’interrogatoire où deux policiers le questionnent d’une façon assez musclée. Katurian, un personnage paradoxalement candide qui ne sait pas vraiment pourquoi il est arrêté, finit par rejoindre son frère mentalement handicapé qui se trouve de l’autre côté de la salle d’interrogatoire, lui aussi arrêté, et qui aurait déjà fait quelques aveux à la police.

Martin McDonagh, l’auteur de Pillowman, pièce noire mais brillante qui a fait le tour du monde, a créé un univers dans lequel il invente des personnages qui, à leur tour, inventent des histoires. Des histoires que Katurian lit à son frère Michal, «débile» pour les policiers, «qui apprend lentement» pour l’aîné. Pour la deuxième partie de la pièce, les frères se rejoignent donc pour un dialogue entre le toujours excellent Antoine Bertrand (Katurian) et  Frédéric Blanchette (Michal), qui joue à la perfection et avec respect le rôle du frère handicapé. Les deux personnages essaient alors de trouver solution à l’énigme entourant leur arrestation, tout en se racontant les histoires que Katurian écrit dans ses temps libres et se remémorant du même coup leur passé trouble. Un passé dans lequel le public remonte de temps en temps grâce à une intéressante mise en scène de Denis Bernard, qui transforme à certains moments les faux miroirs de la salle d’interrogation en vitrines qui laissent voir l’autre côté de la scène qui représente alors le passé.

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A près une heure de discussion et différents types de souvenirs qui leur reviennent à la mémoire, les deux frères sont rejoints par les deux policiers qui les avaient arrêtés au début. Tupolski d’un côté, un détective à ses affaires joué par Daniel Gadouas, arrogant et sérieux à la fois, tout en étant drôle pour le public. Ariel de l’autre côté, joué par David Boutin, est constamment énervé et n’attend pas qu’on lui dise pour faire mal à ses victimes. On découvre aussi que finalement, les deux policiers ont eux aussi un passé trouble. Enfin, pour jouer les différents enfants qui se trouvent dans la pièce, c’est Audrey Rancourt-Lessard qui assure la tâche.

Mais cette pièce quelque peu sombre (mais parfois drôlement absurde grâce à la direction artistique!), ne laisse personne indifférent, non seulement pour l’intrigue générale assez rocambolesque ainsi que les histoires qui y sont racontées, mais aussi pour les réflexions plus globales qui peuvent et qui y sont apportées. Qu’est-ce que la mort, par exemple? Katurian dira que ce n’est pas vraiment l’essentiel, puisque «l’important est ce que tu laisses derrière toi». Il préfère en effet mourir que perdre ses histoires, puisque c’est «tout ce qu’il a». Quel est le rôle de la censure? Et l’impact des mots? Qui est le coupable entre un auteur et quelqu’un qui est influencé par ses écrits? Plusieurs questions que Martin McDonagh fait poser à ses personnages, au public.

Pillowman est une pièce intelligente qu’on veut revoir. Elle est donc à voir.

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Site web officiel: rideauvert.qc.ca/2010-2011/Pillowman.php

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Une production du Théâtre de La Manufacture en codiffusion avec le Théâtre du Rideau Vert

Une pièce de MARTIN MCDONAGH
Traduction FANNY BRITT

Mise en scène DENIS BERNARD
Assistance à la mise en scène MARIE-HÉLÈNE DUFORT 

DISTRIBUTION
Antoine Bertrand + Frédéric Blanchette + David Boutin + 
Daniel Gadouas + Audrey Rancourt-Lessard

CONCEPTEURS
Décors Olivier Landreville Costumes Marc Senécal 
Éclairages André Rioux Musique originale Ludovic Bonnier Accessoires Patricia Ruel Maquillages 
Suzanne Trépanier