Boulevard du mélodrame à la Maison Jaune

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Denis Marcotte,Caroline Gignac,Joelle Déry,Louis Fortier

Alors que des préparatifs de mariage ont lieu à l’auberge des Adrets pour l’union de Clémentine et de Charles, le père de ce dernier avoue au jeune homme qu’il n’est pas son géniteur.  En effet, il l’a trouvé, tout enfant, abandonné dans les rues de Grenoble.  Désespéré, Charles ne sait comment avouer cette terrible nouvelle à sa future épouse et à la mère de celle-ci et envisage même d’annuler le mariage.  Pendant ce temps, arrivent à l’auberge, Robert Macaire et son complice Bertrand.  Évadés du bagne de Toulon, les deux hommes cherchent un endroit pour se cacher.  À l’auberge, durant la nuit, ayant entendu parler de la dot remise par la mère de la jeune mariée au père de Charles, les bandits tentent d’assassiner la belle-mère et s’emparent de l’argent.  Arrive la pauvre Marie qui sera accusée du meurtre de Mme Vermeil…  Cette femme n’est autre que la mère de Charles, abandonnée jadis par son mari, Robert Macaire, qui est le vrai père de Charles.

 

 

Tonny Poirier-Pelletier,Joel Fillion,Lucie Laliberté

À la lecture de ce résumé, on peut aisément penser que cette pièce est complexe et remplie de revirement. Effectivement, des rebondissements, il y en a à tout moment, mais la complexité vient surtout du fait que les personnages se multiplient (surtout en deuxième partie) et que les situations invraisemblables s’accumulent au point où on se rend compte qu’il vaut mieux en rire et s’amuser.

À mon avis, c’est un grand défi que s’est lancé Matieu Gaumond de mettre en scène ces quinze acteurs dans une pièce au style mélodramatique. Ce genre théâtral dramatique se caractérise par une succession de malheurs, où les sentiments sont exagérés pour accentuer les effets de pathétique et de sentimentalisme. Ce type de théâtre réunit des personnages de tout acabit, comme les brigands, les traitres et maîtres odieux, ainsi que des rois, dames, nobles, barons et servantes. Et bien ce défi, il l’a brillamment relevé en présentant cette adaptation du boulevard du mélodrame de Juan Pineiro, inspirée de la pièce L’Auberge des Adrets dans les années 1830.

 

 

Joelle Déry,Tonny Poirier-Pelletier

Tous les éléments du mélodrame y sont présents dans cette pièce. On y retrouve du chant a capella interprété en autres merveilleusement par Joëlle Dery (Clémentine, la fiancée de Charles), de l’action dramatique découpée en tableaux successifs marquant d’une façon tranchée les situations et les péripéties et de la musique en trame de fond pour accentuer les états d’âme des personnages et les angoisses qui se multiplient. De plus, chaque aveu ou révélation compromettante est accompagné d’un gong retentissant, pour donner l’effet escompté. Et comme le metteur en scène l’a si bien expliqué avant la levée du rideau, « Le mélo c’est avec ça qu’on joue… (En se frappant fortement le cœur) le cœur ». Donc les comédiens y ont mis beaucoup de cœur, de sentiments, de grands gestes exagérés, de trémolo dans la voix, de mimiques grandioses pour donner le ton dramatique à la limite du burlesque provoquant ainsi le rire général.

 

 

 

 

 

 

Joel Fillion ,Michel Blackburn et Caroline Gignac

Tous les comédiens ont été savoureux dans leurs rôles aux costumes savamment pensés pour les mettre en valeur. Joël Fillion (Robert Macaire) a su rendre très crédible ce vil personnage, verbeux, pervers, immoral et avec une absence totale de remords ou de bonté. Un vrai vilain que l’on aime bien détester. Accompagné de son fidèle comparse Bertrand (Michel Blackburn), ce duo n’hésite pas à voler, bafouer et déshonorer tous ceux qu’ils croisent. Michel Blackburn démontre à nouveau son talent de comédien physique par ses culbutes et son sens du comique très marqué. Lucie Laliberté dans le rôle de Marie, la pauvre femme, défend habilement cette mère démunie, pitoyable et trop bonne. Tonny-Poirier-Pelletier dans le rôle de Charles, fiancé de Clémentine, incarne savamment ce jeune amoureux, timide et surtout dévoué et naïf personnage. Le regard presque toujours dans l’eau et accroché à sa belle, il est mignon à voir, tenter de réparer les pots cassés.  Caroline Gignac, qui interprète Nanette la servante de l’auberge, amène un vent de fraicheur à chacune de ses interventions. Une âme pure, légère et aimant la vie, Nanette sème la gaieté autour d’elle. Je pourrais continuer comme cela de parler de chacun des interprètes, qui ont su captiver le public pendant les deux heures de spectacles.

Hélène Dubois, la dame aux Camélias

Au niveau de la mise en scène, il est intéressant de voir que l’espace de jeu ne s’est pas limité à la scène centrale. Les personnages se sont promenés dans les escaliers, à travers les sièges du public, bref, l’intimité ainsi créée avec le public a su intégrer ce dernier plus profondément dans la pièce.

Le seul bémol que j’ai par rapport à la pièce, c’est qu’en deuxième partie (qui est plus courte), le public perd tous ses repères. La majorité des personnages du premier acte ne sont plus présents et plusieurs autres personnes arrivent à l’auberge, au point que le public ne sait plus vraiment qui fait quoi et pourquoi ils sont là. Est-ce parce que la pièce a été écourtée pour ne pas dépasser les deux heures? En tout cas, pour moi, j’étais un peu confuse. Le style aussi de la deuxième partie semblait différent. Le rythme s’est accéléré, les situations loufoques se sont multipliées, et, telle une cacophonie, la finale surprenante, m’a décontenancée.

 

 

Léane Gagnon,James Maranda

 

Mais au final, je pense que cette pièce est agréable, divertissante et il fait bon de voir que le genre mélodrame peut encore être exploité en 2011.

 

Pour la galerie de photos : http://espace.canoe.ca/infoculture/album/view/856982

 

 

Mise en scène  
Matieu Gaumond

Scénographie 
Guylaine Petitclerc assistée de Valérie-Anne Fiset

Costumes
Daphnée B. Athanassiou

Bande sonore (montage)
Tony Poirier-Pelletier

Éclairage et régie
Simon Nicole

Les quinze interprètes

Interprètes          
André Beaupré
Michel Blackburn
Lorraine Daigle
Joëlle Déry
Hélène Dubois
Joël Fillion
Louis Fortier
Léane Garon
Caroline Gignac
Gérard Laliberté
Lucie Laliberté
Denis Marcotte
James Marenda
Pascal Migué
Joey Poirier-Pelletier
Tonny Poirier-Pelletier
Marianne Tremblay-Bluteau

Cette pièce est présenté à la Maison Jaune, du 26 au 29 octobre 2011 à 19h30 et le 30 octobre 2011 à 16h

Coût d’entrée: Adultes, 18 $. Étudiants, 13 $.

206, rue Christophe-Colomb Est
G1K 3S7

Information, réservation: Téléphone : (418) 521-5343

Liens : www.lamaisonjaune.com/

Crédit photos : Lise Breton