Le bonheur a la queue glissante

MauvaisAcceptableCorrectTrès bienExcellent ( 5,00 étoiles sur 5) - 1 avis
582
Le bonheur a la queue glissante

«Je veux mourir là où mes enfants sont heureux », dit Dounia, une Libanaise d’origine installée au Québec. La femme de 75 ans ne sait ni lire ni écrire et ne parle que l’arabe. Avec cette vieille dame attachante, on se laisse bercer par les proverbes libanais, on questionne la vie et la mort, on rit et on pleure. 

C’est le deuxième livre de Abla Farhoud que je lis et tout comme le premier (le sourire de la petite juive), en seulement quelques pages, j’ai été conquise. Cette auteure écrit avec une très grande sensibilité. Elle sait dépeindre des personnages attachants et nous incite à nous poser des questions. 

Ce livre parle de plusieurs sujets, comme les difficultés liées à l’analphabétisme, l’exil de son pays, l’intégration des immigrants au Canada, la solitude, le vieillissement, la maladie, la violence conjugale, la famille libanaise, bref, tous des sujets qui peuvent porter à réflexion. 

C’est sous la forme d’une narration de la part de Dounia, cette femme de 75, qui, très intimement et simplement, nous raconte sa vie actuelle avec Salim (son mari), et leurs enfants (Abdallah, Farid, Samir, Samira, Myriam et Kaokab) et ses souvenirs, dans son pays, et au Canada, dans le désordre. 

Elle nous fait part de ses réflexions sur sa vie et comment elle aurait voulu intervenir autrement dans la vie de ses enfants. Dounia est très dure envers elle-même. Elle regrette de ne pas savoir lire, de ne pas parler plus souvent, de ne pas s’interposer lorsque nécessaire. Voici ce qu’elle raconte, « Tu m’as vue plier, tout accepter, me taire, est-ce un exemple de vie pour mes filles? On ne met pas des enfants au monde pour les laisser se débrouiller tout seuls. Un animal en cage, voilà ce que tu as eu comme mère… Ignorante, voilà ce que j’ai été, c’est la pire des calamités. Je vivais dans les ténèbres. Je n’ai rien donné à mes enfants. » Son amour maternel, elle le prodigue à grands coups de bons petits plats concoctés avec passion. Au fil des pages, on apprend la vie difficile de cette femme et de cette famille qui a dû quitter son pays pour venir s’installer au Canada et tenter de survivre. Mais on découvre également dans ce livre de magnifiques réflexions sur la mort, la vie, et des histoires comme des paraboles, que son père lui racontait. « Recevoir est beaucoup plus difficile que donner. Donner renferme un brin de vanité quand recevoir demande une grandeur d’âme. Être pauvre dans notre société et de pas se sentir humilié demande déjà une grande force de caractère… Tout est lié et chaque être vivant a sa place et son importance. » Et on retrouve aussi des maximes, proverbes et dictons qui sont très inspirants. Ils sont même tous regroupés à la fin du volume pour qu’on puisse s’y référer au besoin. 

Plus on en apprend sur cette femme et ce qu’elle a vécu, enduré, plus on ressent une grande tristesse, mais également, ce livre nous réconforte par moment, avec des paroles de ce genre « Avec Abdallah, j’apprends le courage, avec Samira, j’apprends l’ordre, avec Farid, j’apprends le silence, avec Samir, j’apprends à penser à moi, avec Myriam, j’apprends à réfléchir, avec Kaokab, j’apprends à rire, avec Véronique, j’apprends l’intelligence, avec David, j’apprends l’amour, avec Amélie, j’apprends l’espérance, avec Julien  j’apprends à jouer, avec Gabriel, j’apprends à vivre. » J’ai eu parfois les larmes aux yeux et à d’autres moments, ce sont de doux souvenirs de mon enfance, de ma propre grand-mère et sa sagesse, qui venaient à moi. Ce n’est pas surprenant que Abla Farhoud ait obtenu le prix France-Québec – Philippe Roussillon pour ce livre en 1998. 

Ce livre est un bel hommage aux femmes qui ont vécu la solitude à l’ombre de leur mari. Ces femmes qui ont quitté leur pays pour prendre mari, qui se sont oubliées pour le bien-être de leur famille.  

Abla Farhoud

BIOGRAPHIE de l’AUTEUR 

Née au Liban, Abla Farhoud immigre au Canada avec ses parents en 1951. Comédienne dès l’âge de 17 ans, elle joue principalement à la télévision de Radio-Canada. En 1965, elle retourne dans son pays d’origine et, en 1969, elle s’installe à Paris. Après des études en théâtre à l’Université de Vincennes, elle revient au Québec en 1973. Elle écrit sa première pièce, Quand j’étais grande, en 1982, lors d’un cours de maîtrise en théâtre à l’Université du Québec à Montréal.
Auteure à temps plein depuis 1990, elle a écrit douze pièces de théâtre dont Les Filles du 5-10-15¢, Jeux de Patience et Les Rues de l’alligator. En plus de  Le Bonheur a la queue glissante , elle est aussi l’auteure de  Splendide Solitude et Le fou d’Omar  ainsi que le sourire de la petite juive.
Les livres d’Abla Faroud ont été traduits en plusieurs langues et ses pièces ont été jouées autant au Canada qu’à l’étranger.

 

Ce livre a été réédité en caractères plus grands pour en faciliter la lecture, dans cette collection FOCUS (romans en grands caractères).

19.95 $ 

222 pages

 http://www.saint-jeanediteur.com/